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 Sujet du message: Les références militaires dans l'oeuvre d'Ammien Marcellin.
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Les références militaires dans les Res Gestae d'Ammien Marcellin.

LIVRE 14 à 25.

Editions des Belles Lettres.


Synthèse et commentaires de Damianus (Damien Deryckère)

Introduction:

Pour mieux étudier l'armée romaine tardive, il nous faut compiler à travers les textes contemporains des IVe, Ve et VIe siècles toutes les locutions, références et analogies relevables d'un auteur à un autre. Ammien Marcellin est certainement la référence la plus riche dans le domaine militaire. Le fait qu'il ait été soldat à l'époque des faits qu'il relate n'y est pas pour rien. C'est un corpus vraiment important et une base de donnés inépuisable pour L'Historien et le Reconstituteur. Ce n'est qu'à cette condition qu'un croisement des sources est sereinement possible. De par ses anecdotes, épisodes et autres allusions, ces œuvres primordiales nous permettent de créer de l'information capable de faire sens…

LIVRE 14.

1 (…)Mais les sons de la trompette n'avaient pas cessé, les troupes n'étaient pas rentrées dans leurs cantonnements.(…)
LIVRE 14, Chapitre 1.

Contexte: Ammien Marcellin nous indique que les péripéties guerrières du règne de Constance II ne finissent pas avec la bataille de Mursa.

Remarque: Les instruments de musiques véhiculent toujours une gamme précise d'ordres généraux pour les armées du IVe siècle.

2 (…)Souvent nos soldats, forcés pour les suivre d'escalader des pentes abruptes, en glissant et en s'accrochant aux ronces et aux broussailles des rochers, voyaient tout à coup, après avoir gagné quelque pic élevé, le terrain leur manquer pour se développer et manœuvrer de pied ferme. (…)
LIVRE 14, Chapitre 2.

Contexte: Ammien Marcellin nous raconte l'épisode de la lutte des troupes romaines provinciales contre une révolte de peuples montagnards Isauriens qui se transforme en piraterie et déprédations.

Remarque: Les troupes romaines ont toujours des difficultés d'évolutions lorsqu'ils sortent des champs de bataille à terrain découvert plat tel que les grandes plaines. Vérifié dans l'extrait suivant.

3 (…)Finalement, on eut recours à une tactique mieux entendue : c'était d'éviter d'en venir aux mains tant que l'ennemi offrirait le combat sur les hauteurs, mais de tomber dessus, comme sur un vil troupeau, dès qu'il se montrerait en rase campagne. (…)
LIVRE 14 Chapitre 2.

Contexte: Solution romaine relaté par l'auteur pour lutter contre les pillard Isauriens.

Remarque: Même remarque que précédemment.

4 (…)les légions, qui hivernaient dans les environs de Sida, se portent en un clin d'œil sur la rive opposée, y plantent résolument leurs aigles, et, improvisant un rempart de leurs boucliers habilement joints, n'eurent plus qu'à tailler en pièces tout ce qui se hasarda sur les radeaux,(…)
LIVRE 14, Chapitre 2

Contexte: Suite des péripéties contre les Isauriens.

Remarque: Les aigles sont encore les étendards des légions au IVe siècle. Les légionnaires pouvaient monter des "camps" en créant des remparts de leurs boucliers plutôt que le camps de campagne classique (peut-être n'avaient-ils pas le temps…)

5 (…)Défenses furent faites néanmoins d'escarmoucher et de sortir des rangs(…)
LIVRE 14, Chapitre 2.

Contexte: Les forces romaines tentent de lever le siège d'une ville attaquée par les Isauriens. Les romains sont en infériorité numérique.

Remarque: Les officiers préconisent la prudence. On garde les rangs, donc on ne quitte pas son enseigne…

6 (…)Toutefois le son lointain des clairons et l'aspect d'une force régulière refroidirent un peu l'ardeur des barbares.(…)
LIVRE 14, Chapitre 2.

Contexte: suite de la levée du siège des Isauriens par les romains.

Remarque: Le rôle prépondérant de la musique dans l'armée romaine du IVe siècle… La forte impression que crée chez les barbares une armée organisée.

7 (…)Les nôtres, pleins de résolution, voulaient marcher à l'ennemi enseignes déployées, et frappaient de leurs piques sur leurs boucliers; moyen d'excitation toujours efficacement employé chez les soldats, et qui déjà produisait l'effet opposé chez leurs adversaires. Mais les chefs arrêtèrent cet élan: ils avaient réfléchi sur l'inconséquence de s'engager à découvert, quand on avait derrière soi l'abri de fortes murailles.(…)
LIVRE 14, Chapitre 2.

Contexte: l'armée romaine dégage la cité mais n'attaque pas de front les Isauriens et préfèrent investir la ville.

Remarque: Evocation du nombre des enseignes. Les légionnaires montrent leur détermination à l'ennemi et s'encouragent au combat en frappant de leurs piques sur leurs boucliers. Les officiers, comme le préconise déjà Frontin s'appuient sur les avantages du terrain et préfèrent l'emploi d'un site potentiellement stratégique (ici la ville et ses murailles) plutôt qu'une bataille ouverte plus meurtrière.

8 (…)A la guerre, un tacticien habile a soin de garnir de soldats pesamment armés tout son front de bataille; mettant en seconde ligne les troupes légères, en troisième les gens de trait, et derrière eux enfin le corps de réserve, qu'on ne fait donner que comme dernière ressource.(…)
LIVRE 14, Chapitre 6.

Contexte: Dans le cadre d'une analogie avec la façon dont les riches romains organise la file de ses "clients" chaque matin pour la sportule; Ammien Marcellin nous révèle l'organisation typique de l'ordre de bataille du bas-Empire.

Remarque: Organisation classique reprise par Végèce. Première ligne; l'infanterie lourde, seconde ligne; l'infanterie légère, troisième ligne; l'archerie et autres, enfin les réserves. Quand vous lisez "lignes", il vous faut comprendre "Acia"; ligne de front [frons] d'une étendue certaine mais surtout déployée en profondeur (Soit 10 hommes de largeur sur 8 hommes de profondeur. Soit 10x10. Soit 16x16. Voir Végèce ou Maurice).

9 (…)"L'esprit turbulent du soldat, qui toujours fermente dans l'inaction, lui faisait appréhender pour César quelque conspiration militaire. Il suffisait d'ailleurs à sa sûreté de la présence des cohortes palatines et des protecteurs, renforcés des scutaires et des gentils"(…)
LIVRE 14, Chapitre 7.

Contexte: Ammien Marcellin nous fait part de son analyse de la mentalité du soldat lors des remous au sein du gouvernement oriental du César Gallus (frère de Julien).

Remarque: Il est commun à l'époque de reconnaître la versatilité des légions. La célèbre insolentia militum du IIIe siècle… Ammien Marcellin nous cite au passage le nom de troupes d'élite plus sûres. Les cohortes palatines et les scholae palatinae (les scutaires et les gentils sont deux de leurs unités).

10 (…)Gallus, outré de ce qu'il appelait une offense à sa personne et à sa dignité, s'assura aussitôt du préfet, en plaçant près de lui un poste de protecteurs choisis parmi ses affidés.(…) Il réunit les chefs des cohortes palatines(…)
LIVRE 14, chapitre 7.

Contexte: Gallus sévit dans la crainte d'une conspiration véhiculée par des rumeurs.

Remarque. Outre la classe de jeunes officiers et d'officiers d'état-major, les Protectores interviennent souvent chez Ammien Marcellin dans des missions qu'on pourrait qualifier de "police politique".

11 (…)Les noms étaient ceux des tribuns des manufactures d'armes(…)
LIVRE 14, Chapitre 7.

Contexte: dénonciation de boucs émissaires dans les mesures de rétorsion de Gallus

Remarque: Signalons la présence au titre des tribuns, du tribun des manufactures d'armes sous la juridiction du Magister Officiorum.

12 (…)Mais, atteint dans sa fuite par un détachement de protecteurs(…)
LIVRE 14, Chapitre 7.

Contexte et remarque: Mission de police politique par les Protectores.

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 Sujet du message: Re: Les références militaires dans l'oeuvre d'Ammien Marcellin.
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LIVRE 15.

13 (…)Ce simple soldat, parvenu aux premières dignités militaires(…)
LIVRE 15, Chapitre 2.

Contexte: Description d'Ammien Marcellin du Magister Arbatio.

Remarque: La possibilité au IVe siècle pour les simples soldats d'accéder aux grades de très haut rang par sa valeur personnelle (contrairement a ce qui est souvent dit car il existe aussi à l'époque beaucoup de recommandations).

14 (…)en firent descendre un certain nombre au rang de simples soldats(…)
LIVRE 15, Chapitre 3.

Contexte: Constance II et ses fonctionnaires d'Etat jugent (de manière expéditive…) les soldats coupables d'exactions du temps de Gallus.

Remarque: la possibilité de dégrader des haut-officiers.

15 (…)Teutomer, protecteur, eut mission, de concert avec un de ses collègues, de se saisir des personnes dénommées, et de les ramener chargées de chaînes.(…)
LIVRE 15, Chapitre 3.

Contexte: Encore une mission de police politique pour les Protectores…

Remarque: Les hommes d'origine barbare (Teutomer) pouvaient accéder aux Protectores.

16 (…)Marin, ancien instructeur militaire, devenu tribun(…)
LIVRE 15, Chapitre 3

Remarque: Dans l'organigramme des grades de l'armée romaine, on peut manifestement passer d'instructeur à tribun. Dans quelle occasion?

17 (…)Arbatio, qui ne manquait pas d'expérience,(…) fit cependant la faute de se porter en avant sans attendre les rapports de ses éclaireurs, et vint donner dans une embuscade.(…)Les nôtres, hors d'état de résister, ne voient de salut que dans une prompte fuite. Chacun ne songe qu'à soi; les rangs ne sont plus gardés, et des masses confuses et dispersées offrent, en tournant le dos, un but plus sûr aux coups de l'ennemi.(…) à la faveur de la nuit, un certain nombre échappa en prenant des chemins de traverse, et, retrouvant enfin le courage avec le jour, rejoignit individuellement ses étendards. Cette fatale échauffourée nous coûta dix tribuns, et des soldats en grand nombre. Les Alamans, enflés de leur succès, se montrèrent plus entreprenants. Chaque jour, profitant de la brume du matin, ils venaient, l'épée au poing, jusque sous nos retranchements, hurler les menaces les plus furibondes. Une sortie tentée par les scutaires, dut s'arrêter devant les masses de cavalerie que lui opposèrent les barbares. Les nôtres tinrent ferme toutefois, et, à grands cris, invitaient tout lé camp à seconder leur coup de main. Mais on était découragé par l'échec éprouvé la veille, et Arbatio voyait peu de sûreté à engager le reste de son monde. Tout à coup trois tribuns, d'un mouvement spontané, vont se joindre aux braves qui étaient dehors. C'étaient Arinthée, remplissant les fonctions de directeur de l'armature; Seniauchus, commandant de la cavalerie des gardes, et Bappo, chef des vétérans,(…) Chez eux point d'ordre de bataille; ils se battent en partisans, et forcent enfin les barbares à la fuite la plus honteuse.(…)
LIVRE 15, Chapitre 4.

Contexte: Constance II envoie Arbatio, Maître de cavalerie en campagne contre les Alamans qui profitèrent de la guerre civile pour ravager les gaules du Nord. Les barbares se cachent dans les forêts et le général en chef n'est pas assez prudent… Sa campagne est un demi-échec.

Remarque: L'importance du rôle joué par les exploratores et des renseignements qu'ils fournissent sur le terrain des opérations. Des troupes romaines, même nombreuses, prisent par surprise sans avoir la possibilité de se mettre en ordre cèdent rapidement à la panique et fuient ses positions. Le plus grand nombre de pertes survient lors de la poursuite des fuyards. L'importance des étendards comme signe de ralliement et pour le positionnement des hommes. L'armée tardive construit encore des camps de campagne. La valeur des hommes, leur courage et la spontanéité peut parfois sauver une situation. Les soldats romains de l'époque étaient encore de bons combattants individuels. Notons le peu de noms latinisés chez les officiers. D'origine barbare ou noms latinisé à consonance orientale, il y a un certain recule de la romanisation des élites militaires. Le nombre important de Tribun. Végèce nous signale qu'à l'époque tardive, Il y a un tribun pour chaque cohorte de la légion, ce qui n'était pas le cas aux siècles précédents…

18 (…)Dynamius, attaché à la direction des équipages de l'empereur, sollicita de Silvanus quelques lettres de recommandation, dont il pût se prévaloir près des amis du général en qualité d'intime.(…)
LIVRE 15, Chapitre 5.

Contexte: Une demande de recommandation auprès du nouveau généralissime des Gaules Sylvanus par Dynamius, un futur comploteur..

remarque: L'importance des recommandations dans l'avancement militaire au détriment des hauts faits personnels

19 (…)Sylvanus, comprit d'abord tout le mystère. Il rassemble aussitôt tout ce qui se trouvait de Francs au palais (ils y étaient nombreux et influents)(…)
LIVRE 15, Chapitre 5.

Contexte: Sylvanus, au courant des machinations des fonctionnaires de la préfecture des Gaules ne trouve le salut que dans l'usurpation. Il rassemble autour de lui des Francs, comme lui, pour annoncer sa décision.

Remarque: la présence au plus haut niveau des Francs dans les arcanes du pouvoir de l'époque.

20 (…)Laniogaise, alors tribun, le même qui, n'étant encore que candidat(…)
LIVRE 15, Chapitre 5.

Contexte: Descriptif d'un personnage par Ammien Marcellin.

Remarque: Il faut d'abord faire parti des 50 candidats (Candidadi) auprès de l'empereur pour pouvoir devenir tribun.

21 (…)et, s'affublant de lambeaux de pourpre arrachés aux étendards et aux dragons, lui-même il se proclame empereur.(…)
LIVRE 15, Chapitre 5.

Contexte: Sylvanus, acculé, prend la pourpre au risque d'une nouvelle guerre civile.

Remarque: Les draco possèdent déjà des "queues" pourpres avant Julien.

22 (…)Ursicin est donc appelé au conseil, et introduit (marque d'honneur spécial) par le maître des cérémonies, et on lui donne la pourpre à baiser, de l'air le plus gracieux qu'on eût encore pris avec lui. Ce fut Dioclétien qui le premier introduisit cette forme d'adoration barbare (…)
LIVRE 15, Chapitre 5.

Contexte: Ursicin est envoyé par Constance II en Gaule pour se débarrasser discrètement de Sylvanus. Ursicin se fait alors passer pour un partisan de Sylvanus et lui marque son respect.

Remarque: Au IVe siècle, pour marquer son respect à la dignité impériale on embrasse le manteau de pourpre (paludamentum) et on pratique la proskynèse. Pratique d'origine oriental qui ne se faisait pas avant le pourtant très romain Dioclétien… C'est aussi la cérémonie d'intronisation des de sous officiers vaillant dans l'ordre des Protectores.

23 (…)Ursicin reçut l'ordre de partir sans délai avec dix tribuns ou officiers des gardes, qu'on lui adjoignit sur sa demande pour l'aider dans sa mission. Mon collègue Vérinianus et moi fûmes de ce nombre;(…)
LIVRE 15, Chapitre 5.

Contexte: Ursicin pousse la soldatesque à rester loyal envers Constance II.

Remarque: Le grade de tribun est très répandu à l'époque. Lors de ces évènements, Ammien Marcellin était déjà soit officier des gardes soit tribun.

24 (…)nous tombâmes d'accord que des émissaires choisis avec grand soin, et dont un serment nous assura la discrétion, tenteraient la fidélité douteuse des Braccates et des Cornutes; milices toujours prêtes à se vendre au plus offrant.(…)
LIVRE 15, Chapitre 5.

Contexte: tentative de corruption contre Sylvanus de la part d'Ammien Marcellin et des hommes d'Ursicin.

Remarque: les auxiliaires palatin des Cornuti et des Braccates ont la réputation d'être peu fiable (Reste qu'ils seront présent à la bataille de Strasbourg en 357).

25 (…)S'il faut combattre, votre place est marquée à côté des enseignes. Osez dans l'occasion; mais point de bravoure irréfléchie. Animez le soldat par votre exemple; mais gardez-vous de tout entraînement vous-même. Soyez toujours là pour porter secours, si l'on plie. Gourmandez sans rudesse, quand c'est le courage qui vient à faiblir; et sachez toujours par vous-même en quoi tel a bien mérité et tel autre a failli.(…)
LIVRE 15, Chapitre 8.

Contexte: Discours de Constance à l'intronisation de Julien au Césarat à Milan devant les troupes réunies. Constance II donne une leçon à son cousin de ce que sont les devoirs d'un bon commandant militaire.

Remarque: Les valeurs et devoirs qui définissent un bon général en chef sont à peu près les mêmes que sous le haut-Empire (Tacite, Flavius Josèphe, Frontin…) ou que ceux démontrés par Jules César en exemple. Bien se faire voir des troupes sur le front (place près de l'enseigne réservée…). Du courage mais pas de témérité aveugle (Julien chargera souvent lui-même dans des batailles ou des escarmouches…) L'importance de la harangue pour motiver les hommes. Punition et récompense; clémence et sévérité…

26 (…)La troupe, à très peu d'exceptions, pour témoigner son enthousiasme du choix que venait de faire l'empereur, fit résonner avec fracas le bouclier sur le genou, ce qui exprime, chez le soldat, le comble de l'allégresse; tandis que frapper de la pique sur le bouclier est signe qu'il s'irrite ou cherche à se courroucer.(…)
LIVRE 15, Chapitre 8.

Contexte: Après le discours de Constance II, Julien se fait remettre la pourpre par celui-ci puis se fait rituellement acclamé par les légions.

Remarque: L'extrait est assez parlant en lui-même. (il serait sympa de mettre ça en scène en reconstitution.) Notons toutefois cette nuance. Frapper le bouclier avec la pique à une connotation négative puisque nous avons déjà vu que ce même geste pouvait à la fois se pratiquer pour exprimer son mécontentement et se faire à l'encontre d'un adversaire.

27 (…)Le Gaulois est soldat à tout âge. Jeunes, vieux courent au combat de même ardeur; et il n'est rien que ne puissent braver ces corps endurcis par un climat rigoureux et par un constant exercice. L'habitude locale en Italie de s'amputer le pouce pour échapper au service militaire, et l'épithète de "murcus" (poltron) qui en dérive, sont choses inconnues chez eux.(…)
LIVRE 15, Chapitre 12.

Contexte: Dans un descriptif des Gaules, Ammien Marcellin fait l'éloge du courage du gallo-romain et fustige la lâcheté des recrues d'Italie.

Remarque: La valeur guerrière du Gaulois est toujours aussi reconnue depuis la conquête des Gaules…

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LIVRE 16.

28 (…)est-ce quelque guerrier éprouvé que le signal des combats a fait sortir de dessous la tente?(…)
LIVRE 16, Chapitre 2.

Contexte et remarque: Descriptif du tempérament de Julien. Cette phrase n'a pas été écrite dans un situation guerrière mais nous apprend quand même qu'il y avait un signal dans le camp pour le rassemblement des troupes avant le combat.

29 (…)les cataphractes (armés de toutes pièces) et quelques archers, escorte assez mal calculée dans cette occasion pour la sûreté du général,(…)
LIVRE 16, Chapitre 2.

Contexte: Julien à Trêve apprend le siège de la ville prestigieuse d'Autun par les barbare (les Alamans ou une sous-division ethnique de ceux-ci…) Il décide contre l'avis de ses lieutenants de rejoindre le plus vite possible la cité pour soutenir les efforts des vétérans qui tiennent les remparts. Pour cela, il emprunte un itinéraire dangereux parsemé de forces barbares, heureusement peu organisées

Remarque: Rien de particulier, si ce n'est la faible escorte qui l'accompagne preuve sans doute de son courage et de sa volonté de faire vite. Ou… de la faiblesse réelle de la menace. Autun est une ville trop emblématique pour tomber. Les archers sont-ils des troupiers ou des archers montés?

30 (…)il se contentait de les observer en renforçant sa colonne sur les flancs. Mais parfois aussi, quand il avait l'avantage des hauteurs, il reprenait soudain l'offensive, et culbutait à la course tout ce qui se trouvait devant lui.(…) Tout ce qui eut la force de fuir échappa sans peine à la poursuite d'un corps si pesamment armé.(…)
LIVRE 16, Chapitre 2

Contexte: Julien après avoir fait étape se dirige avec sa petite troupe vers la cité gauloise des Tricasses. Là, il tombe sur une troupe de barbares qui lui barre le chemin et qui l'impressionne dans un premier temps par son nombre…

Remarque: On voit avec quelle prudence Julien surveille ses flancs, point faible d'un front ordonné. On peut franchement douter du sens tactique des barbares qui s'effondrent rapidement sous les charges des cataphractaires (cela dit, ils ont l'avantage des hauteurs…) alors qu'ils sont présentés comme supérieurs numériquement parlant. On voit aussi les limites d'une charge de cataphractaires qui en tant que cavaliers lourds, ne peuvent poursuivre les fuyards…

31 (…)Un corps germain s'y était porté à sa rencontre; pour le recevoir il forma son armée en croissant, enfermant des deux côtés l'ennemi, qui lâcha pied au premier choc.(…)
LIVRE 16, Chapitre 2.

Contexte: Julien après avoir reçu des renforts conséquents part à la reconquête des camps et forts de la Gaule du Nord et des Germanies. C'est sa première campagne contre les Alamans. Après avoir réinvesti un camp, il se trouve confronté à une riposte ennemie.

Remarque: On insistera jamais sur les connaissances tactiques de l'armée romaine du IVe siècle. Ici l'armée se met en croissant, tactique déjà employée par Hannibal le carthaginois contre les romains à Cannes pendant la seconde guerre punique. Les romains pratiquent de nombreuses formations, et ont fait de la tactique un art qu'ils maîtrisent encore parfaitement sous Julien (et même après) comme "l'oblica acies", le flanc refusé et j'en passes… Voir les 7 ordres de bataille de Végèce, déjà mentionnés chez Frontin.

32 (…)une multitude d'ennemis vint l'assaillir, dans l'espoir d'emporter la place d'un coup de main. Cette audace leur était inspirée par l'absence des scutaires et des gentils, qu'on avait été contraint, pour diviser la charge des subsistances, de répartir dans diverses villes municipales(…)
LIVRE 16, Chapitre 4.

Contexte: L'armée de Julien pour mieux contrôler l'espace à nouveau conquis, se repartie à travers villes et camps fortifiés. La division des force redonne de l'ardeur aux barbares qui tentent le siège du fort du nouveau César.

Remarque: Cette phrase d'Ammien Marcellin sur les scutaires et les gentils n'est pas anodine; Elle démontre de la haute estime qu'il porte pour ces scholae (des troupes d'élite.).

33 (…)Jeté tout à coup au milieu des camps, Julien dut improviser son éducation militaire. Aussi quand il lui fallait, au son des instruments, marcher du pas cadencé de la pyrrhique, lui arrivait-il souvent de s'écrier, 0 Platon ! et de dire avec ironie, s'appliquant, un vieux proverbe"Un bœuf porter harnais! l'équipage va mal à mon dos".
LIVRE 16, Chapitre 5.

Contexte: Ammien Marcellin revient sur la formation militaire express qu'a subit Julien pour mieux endosser son rôle de chef d'armée.

Remarque: La Pyrrhique: est-ce la même danse d'origine grecque ou bien un pas militaire particulier s'y rapprochant? En tout cas il serait intéressant de s'y pencher.

34 (…)"Un parvenu, monté de simple soldat au premier grade de l'armée, ne se trouvait pas à son rang,"(…)
LIVRE 16, Chapitre 6.

Contexte: Ammien Marcellin nous redonne son avis sur le généralissime Arbatio.

Remarque: Toujours cette possibilité d'avancement du simple soldat à l'officier supérieur.

35 (…)Dorus, ex-médecin des scutaires, qui, étant centurion des choses d'art sous Magnence,(…)
LIVRE 16, Chapitre 6.

Contexte: L'auteur nous donne des précisions sur un personnage…

Remarque: Le centurion des choses d'art n'est rien d'autre qu'un médecin militaire.

36 (…)Ces déprédations réussissaient quelquefois par surprise; parfois aussi, nous trouvant en force, l'ennemi voyait sa proie lui échapper.(…)
LIVRE 16, Chapitre 9.

Contexte: Ammien nous donne des nouvelles de la frontière d'Orient où les Perses commettent quelques forfaits. Du coup, l'auteur nous explique la façon dont s'y prennent les barbares pour envahir des territoires étendus et les piller.

Remarque: Manifestement si les barbares réussissent dans leur expéditions de façon si rapide (voir dans la chronologie sur Julien le nombre de villes et camps pris à l'occasion de la guerre civile entre Constance II et Magnence…) c'est plus à cause de la désertion des places fortes pour x raison (guerre civile…) ou du sous-effectif de celle-ci que par de réelles qualités tactique (la seule véritable "arme" tactique du barbare est sa rapidité sur un grand rayon d'action ainsi que son nombre, d'ailleurs sujet à controverse chez les historiens). La surprise et la retraite éclaire après pillage est sa force contre des populations civiles ou des contingents réduits.

37 (…)Tout autour on voyait flotter les dragons attachés à des hampes incrustées de pierreries, et dont la pourpre, gonflée par l'air qui s'engouffrait dans leurs gueules béantes, rendait un bruit assez semblable aux sifflements de colère du monstre, tandis que leurs longues queues se déroulaient au gré du vent. Des deux côtés du char paraissait une file de soldats, le bouclier au bras, le casque en tête, la cuirasse sur la poitrine; armes étincelantes, dont les reflets éblouissaient les yeux. Venaient ensuite des détachements de cataphractes ou "clibanaires", comme les appellent les Perses; cavaliers armés de pied en cap, que l'on eût pris pour autant de bronzes équestres sortis de l'atelier de Praxitèle. Les parties de l'armure de ces guerriers correspondant à chaque jointure, à chaque articulation du tronc ou des membres, étaient composées d'un tissu de mailles d'acier si déliées et si flexibles, que toute l'enveloppe de métal adhérait exactement au corps sans gêner aucun de ses mouvements.(…)
LIVRE 16, Chapitre 10.

Contexte: Description du défilé des légions en armes à l'occasion de la visite de Constance II à Rome et de l'organisation de son triomphe sur Magnence.

Remarque: D'abord au IVe siècle et contrairement aux anciens romains on défile manifestement en arme à l'occasion des Adventus (entrée triomphale mais non Triomphe romain!) dans l'enceinte sacrée de Rome. Qui plus est, le triomphe est autorisé pour la victoire sur un compatriote (si il est à moitié barbare, Magnence est un romain quand même…) chose carrément choquante pour les anciens romains (sauf pour Jules César il me semble…) Ensuite nous avons un descriptif détaillé des fantassins et surtout de la cavalerie lourde qui nous montre à quel point l'équipement est de qualité! En tout cas, Ammien Marcellin ne cache pas son admiration. Allusion classique des dragons et du son caractéristique qu'ils produisent en les déplaçant. Description de l'usage de la pourpre comme étoffe de leur "queue" et des pierreries. Sans doute lié à l'apparat des légions accompagnant l'empereur.

38: C'était l'exécution du plan, mûrement concerté à l'avance, de rétrécir insensiblement le cercle des dévastations par la marche simultanée de deux divisions romaines parties de deux points opposés, afin de prendre les barbares comme entre des tenailles, et d'en finir avec eux d'un seul coup.
LIVRE XVI, Chapitre 11.

Remarque: Une des grande marque de la stratégie militaire romaine. De Trajan, à Marc Aurèle et Lucius Verus, en passant par Septime Sévère Jusqu'à l'époque tardive. Un plan d'invasion s'agence toujours par la division de deux grands contingents militaires partant de points distincts et cherchant à prendre en tenaille ou a encercler l'ennemi.

39 (…)Il réunit aussitôt les vélites auxiliaires, et, après quelques mots d'exhortation, les envoie sous la conduite de Bainobaude, tribun des Cornutes, tenter un fait d'armes mémorable. Ceux-ci, partie marchant dans l'eau, partie s'aidant de leurs boucliers en guise d'esquifs, quand ils cessaient de trouver pied, abordèrent à l'île la plus voisine, et y massacrèrent tout, sans distinction de sexe ni d'âge.(…)
LIVRE 16, Chapitre 11.

Contexte: Julien, après avoir dégagé les Gaules et renforcé le Limes des Germanies; établi sa stratégie avec ses officiers, et lance sa grande campagne contre les Alamans par delà le Rhin. Son but est de réduire au silence les tribus fédérées par ceux-ci. Pour cela, il compte frapper au cœur même du pays autrefois romain où se retranche maintenant les Germains. Il s'appui sur deux grandes armées venue du Nord et du Sud (d'Italie…) pour prendre en tenaille l'adversaire et l'obliger à réunir toutes ses forces dans une grande bataille rangée (même si tout ne se passera pas comme il l'aurait désiré; ce sera tout de même la bataille de Strasbourg) Julien prend le commandement de l'armée du Nord (13 000 hommes seulement) s'aventure en terrain ennemi et lance une opération "commando" dans un village barbare.

Remarque: On voit ici, une des facette de la nouvelle stratégie d'ensemble de l'armée romaine du IVe siècle. Les représailles par la terreur. Pour chaque ville pillée, les romains en retournant contre eux les techniques barbares incendient à leur tour les villages Germains. Le but, hors cette campagne-ci est de rendre invivable l'installation non autorisé sur le territoire romain. Pareil aux barbares, un petit groupe d'hommes équipés légèrement attaquent par surprise et célérité une zone réduite. Dans cet extrait, notons cette spécialité des Cornuti qui étonne l'auteur: faire de leurs boucliers une espèce de radeau (ou plutôt un "body-board") pour traverser le bras du Rhin. Ils recommenceront leur exploit pour la campagne de Perse. On peut penser sans certitude que l'expression "Vélite auxiliaire" serait plutôt à comprendre dans le sens d'un commando de fantassins légers d'auxiliaires palatin (les Cornuti). En tout cas, et de manière récurrente, le vocabulaire militaire à l'époque tardive est très proche de celui de l'époque Républicaine. Archaïsme, réalité nominative ou nomenclature militaire réelle. L'épigraphie semble tout de même donner raison à la persistance des désignations et grades de type "Républicain" dans l'armée romaine tardive. C'est aussi une des raison pour laquelle nombre de personne se trompe en voyant uniquement dans l'armée décrite par Végèce une description de l'armée basée sur une documentation Républicaine (Tite-Live, Caton…) Les sources sont aussi et certainement tardive. Des Historiens penche plus pour une armée Dioclétienne…

40 (…)La trompette sonna aux premières lueurs du jour, et l'infanterie se mit en marche d'un pas mesuré, flanquée sur les deux ailes par la cavalerie, qui était elle-même renforcée des deux redoutables corps des cataphractes et des archers à cheval.(…) Julien, dans sa prudente sollicitude, rappela tous ses avant-postes, donna le commandement de halte, et, se plaçant au centre de l'armée distribuée en sections formant le coin et qui rayonnaient autour de sa personne(…)
LIVRE 16, Chapitre 12.

Contexte: Les romains dans leurs quartiers réaménagés apprennent que la seconde armée, celle venant du sud que commandait Barbatio a été mise en déroute par les barbares. Julien se retrouvant dépourvu de son plan d'encerclement décide de partir malgré tout à la rencontre de l'armée des fédérés Alamans sous le commandement des rois Chnodomar et Sérapio (il y a d'autres rois et prince, mais ne nécessite pas d'être cités ici). Ceux-ci enorgueillis par leur première victoire, sont mis au courant du faible effectif des troupes de Julien et décide aussi de partir à sa rencontre. Dans cet extrait on voit l'armée de Julien procéder à l'ordre de marche et arriver sur les lieux; se mettre en ordre de bataille…

Remarque: L'instrument de musique rythme chaque phase de mouvement d'une armée. L'armée en marche est toujours couverte sur ses flancs par la cavalerie (légère et lourde) plus prompte à déclencher l'alarme ou à tenir en respect une éventuelle embuscade. Arrivée sur zone, l'ennemi en vu (même si celui-ci est encore éloigné) et sans camp de soutient l'armée se déploie en ordre de bataille pour pallier à toute éventualité. Notons la position du général en chef au sein du dispositif (différente de celle proposée par Végèce) la découpe en section de l'armée (subdivision des cohortes qui suppose une articulation à l'intérieur des lignes de front malgré l'organisation phalangine) et bien sûr, la formation en coin.

41 (…)Croyez-moi, campons ici, sous la protection d'un fossé et d'une palissade; passons cette nuit nous reposant et veillant tour à tour; et demain au lever du soleil, restaurés par le sommeil et par la nourriture, nous déploierons de nouveau, avec l'aide de Dieu, nos aigles et nos enseignes victorieuses". On ne le laissa pas achever. Le soldat, témoignant de son impatience par des grincements de dents, et le fracas de toutes les piques heurtant contre les boucliers, voulait immédiatement être mené à l'ennemi, qui déjà se trouvait en vue.(…)
LIVRE Chapitre 12.

Contexte: Julien s'inquiète du nombre des adversaires (35000 germains contre 13000 légionnaires) et en appelle à la prudence.

Remarque: Quand Julien propose l'établissement d'un camp, il donne les caractéristiques du camp de campagne classique (fossé-palissade) preuve qu'il était encore de mise au IVe siècle. Le soldat mécontent, le fait savoir de la pique contre le bouclier. Cette liberté de ton entre le soldat et son officier se retrouve dès la république, où il est du devoir du chef d'armée (magistrat) de convaincre de l'intérêt d'une action ses hommes (les citoyens). C'est dans la mentalité romaine (et de l'antiquité depuis les Grecs) que de ne pas obéir aveuglément. Ce sont des hommes libres et seul l'esclave y est contraint. Bien que les choses aient changé au IVe siècle cette tradition persiste d'autant plus facilement que le militaire à partir du IIIe siècle se rebelle facilement.

42 (…)un porte-étendard s'écria soudain ; « En avant, César, ô le plus heureux de tous les hommes. La fortune elle-même guide tes pas. Nous comprenons seulement depuis que tu nous commandes ce que peut la valeur unie à l'habileté. Montre-nous le chemin du succès en brave qui devance les enseignes; et nous te montrerons, nous, ce que vaut le soldat sous l'œil d'un chef vaillant, qui juge par lui-même du mérite de chacun"(…)
LIVRE 16, Chapitre 12.

Contexte: Suite au discours de Julien, un sous-officier intervient…

Remarque: Sous des dehors de panégyrique, le soldat exprime ouvertement son opinion, marque du lien particulier qui unit le corps de troupe a son supérieur. Cet extrait en latin est encore plus instructif par l'emploi du mot "Antesignanus". Mas cela fera l'objet d'une autre synthèse, plus spécifique…

43 (…)On commande halte; et aussitôt les antépilaires, des hastaires et leurs serre-files se mettent en ligne et restent fixes, présentant un front de bataille aussi solide qu'un mur. (…)
LIVRE 16, Chapitre 12.

Contexte: Julien fait avancer son armée et se rapproche du Rhin pour prendre position sur un terrain plus favorable (en pente douce). Après les révélations d'un prisonnier leur apprenant que les Alamans ont déjà investis la rive opposée depuis trois et s'apprête à leur tendre un piège. L'armée romaine peaufine ses lignes avant la bataille.

Remarque: Description classique des vertus d'une ligne de front correctement agencée. Les hastaires (Hastatus/Hastati) semblent encore exister comme grade ou du moins comme fonction dans l'armée du IVe siècle. Les antépilaires sont les premières lignes (rangs) constitués de fantassins lourds. Ils sont aussi appelés Antesignani. Si on se réfère à la racine latine on peut deviner que se sont des fantassins qui vont au devant étaient originellement porteur de pila (armes de jet…). Les serres-files, sont appelés en latin dans le texte, Ordines Primi qui signifie en réalité les gradés commandants les troupes en première ligne du front. J'y reviendrais plus en détail dans une autre synthèse.

44 (…)A l'aile gauche, où, suivant l'attente des barbares, la mêlée devait être plus furieuse , se montrait le funeste promoteur de cette levée de boucliers, Chnodomar, le front ceint d'un bandeau couleur de flamme, et montant un cheval couvert d'écume (…)
LIVRE 16, Chapitre 12.

Contexte: Description des forces ennemies.

Remarque: L'attention est portée comme aux époques antérieurs sur le flanc gauche de l'armée adverse. On peut noter que les barbares connaissent parfaitement cette tactique romaine et s'attendent à cette manœuvre de la part des romains.

45 (…)Le terrible signal des trompettes avait résonné, lorsque Sévère, qui conduisait notre aile gauche, aperçut devant lui, à peu de distance, des tranchées remplies de gens armés qui devaient, se levant tout à coup, porter le trouble dans ses rangs (…)
LIVRE 16, Chapitre 12.

Contexte: On y est, le signal de la bataille est donné et les germains réservent une dernière surprise au flanc gauche de l'armée romaine.

Remarque: Encore une fois l'intervention de signaux sonores et musicaux… Ce n'est pas un hasard, si le piège des germains a été orienté vers l'aile gauche du contingent romain.

46 (…)D'une course rapide il parcourt le front de l'infanterie, distribuant partout les encouragements(…)
LIVRE 16, Chapitre 12.

Contexte: Julien donne ses ordres et encourage les troupes partant au combat.

Remarque: Nouvelle preuve du rôle actif que joue le Général en chef durant la bataille.

47 (…)Gardez-vous, disait-il, gardez-vous, quand l'ennemi tournera le dos, de trop vous acharner sur les fuyards; ce serait compromettre l'honneur de votre succès. Que nul aussi ne céde le terrain qu'à la dernière extrémité; car, aux lâches, point d'assistance de ma part. Mais je serai là pour seconder la poursuite, pourvu qu'elle se fasse sans emportement inconsidéré. »(…)
LIVRE 16, Chapitre 12.

Contexte et remarque : Julien renouvelle ses conseils de précaution. Ce sont les règles classique préconisées par tous les manuels de tactique ancienne.

48 (…)L'airain donne le signal, et des deux parts on en vient aux mains avec la même ardeur, en préludant par des volées de traits.(…)
LIVRE 16, Chapitre 12.

Contexte: la bataille s'engage vraiment.

Remarque: Au fil des extrait on peut appréhender une certaine progression, et les signaux sonores ne devaient pas avoir la même signification (donc une partition différente…). 1) un signal pour l'ordre de marche. 2) un signal pour s'avancer vers les lignes ennemies. 3) Un autre signal pour lancer les traits, flèches et autres armes de jet. Le lancer des javelines, javelots et autres projectiles prélude bien au corps à corps. Attention! En latin cet extrait n'a pas du tout mais alors pas du tout la même signification… J'y reviendrais ailleurs.

49 (…)Intrépides sous l'abri de leurs boucliers, les nôtres paraient les coups, ou, brandissant le javelot, présentaient la mort aux yeux de l'ennemi. Pendant que la cavalerie soutient la charge avec vigueur, l'infanterie serre ses rangs, et forme un mur de tous les boucliers unis. (…)
LIVRE 16, Chapitre 12.

Contexte: Les vicissitudes de la bataille…

Remarque: Les soldats en rangs serrés forme la tortue ou quelque chose qui y ressemble fortement (mur de bouclier). Cette technique semble très efficace. Les hommes se battent et brandissent le javelot. S'agit-il d'une utilisation comme pique (franchement j'en doute…) Le feux des armes de jets devait être constant.

50 (…)C'était un corps à corps universel, main contre main, bouclier contre bouclier; et l'air retentissait de cris de triomphe et de détresse(…)
LIVRE 16, Chapitre 12.

Contexte: Idem…

Remarque: "Bouclier contre bouclier" est-ce de la rhétorique ou bien cette défense sert de pressoir contre la ligne ennemie? De même, cet extrait en latin, n'a pas la même signification. Plus précis et plus détaillé.

51 (…)inopinément la cavalerie lâcha pied à l'aile droite, et se replie s'entrechoquant jusqu'aux légions, où, trouvant un point d'appui, elle put se reformer.(…)
LIVRE 16, Chapitre 12.

Contexte: La cavalerie romaine est repoussée par les troupes mixtes cavaliers/troupiers qui éventrent les animaux.

Remarque: Les espaces entre chaque lignes de front serve de refuge pour une cavalerie en déroute qui voudrait reformer sa formation.

52 (…)Le tribun de l'un des escadrons l'avait reconnu, en voyant de loin-flotter au haut d'une pique le dragon de pourpre qui guidait son escorte, enseigne dont la vétusté attestait les longs services.(…)
LIVRE 16, Chapitre 12.

Contexte: Julien et sa garde près du centre du contingent vient s'enquérir de la situation auprès de la cavalerie qui reconnaissant son enseigne, reprend pied.

Remarque: Ammien Marcellin met en relief le courage passé de Julien lors des batailles et escarmouches qui précédèrent celle-ci. Julien possède bien un draco pourpre.

53 (…)Les Cornutes et les Braccales, milices aguerries à ces gestes effrayants qui leur sont propres joignirent alors ce terrible cri de guerre qu'ils font entendre dans la chaleur du combat, et qui, préludant par un murmure à peine distinct, s'enfle par degrés, et finit par éclater en un mugissement pareil à celui des vagues qui se brisent contre un écueil(…)les combattants se heurtent au milieu d'une grêle sifflante de dards(…)
LIVRE 16, Chapitre 12.

Contexte: Les unités se relèvent entre elles afin de s'économiser. Deux corps de troupe (Cornuti et Braccales) montent à l'assaut.

Remarque: Nous avons ici la notice pour faire un bon Barritus (c'est d'ailleurs le terme employé dans la version originale latine d'Ammien). Par contre, la façon dont l'auteur s'exprime laisse penser que ce cri n'est employé que par quelques unités précises (ici; les Cornuti et Braccales) c'est peut-être une singularité des soldats romains d'origine germanique. Après les javelots il reste encore les plumbatae comme traits de supplément. Si il s'agit bien de plumbatae alors à cette époque d'autres corps que les Herculiani les utilisent.

54 (…)plus d'une fois la force de leurs glaives parvint à rompre l'espèce de tortue dont se protégeaient nos rangs par l'adhérence de tous les boucliers. Les Bataves voient le danger, sonnent la charge ; secondés par les rois, ils arrivent au pas de course au secours de nos légions, et le combat se rétablit(…)
LIVRE 16, Chapitre 12.

Contexte: Suite de la bataille.

Remarque: Il s'agit bien de la formation en tortue. Ici, il semble que des fédérés Bataves prennent part au combat pour les romains car leurs chefs ne sont pas des officiers mais des rois de leur peuple.

55 (…)Les Germains l'emportaient par la taille et l'énergie des muscles; les nôtres, par la tactique et la discipline; aux uns, la férocité, la fougue; aux autres, le sang-froid, le calcul. Ceux-ci comptaient sur l'intelligence, ceux-là sur la force du corps(…)

Contexte et remarque: Nous avons là tous les stéréotypes de la propagande impériale sur l'efficacité des légions en opposition à la force barbare.

56 (…)Tout à coup les principaux Germains, leurs rois en tête, et suivis de la multitude obscure, fondent sur notre ligne en colonne serrée, et s'ouvrent un passage jusqu'à la légion d'élite placée au centre de bataille, et formant ce qu'on appelle la réserve prétorienne. Là les rangs plus pressés, les files plus profondes, leur opposent une masse compacte, inébranlable comme une tour (…)
LIVRE 16, Chapitre 12.

Contexte: Les Alamans arrivent à percer et enfoncer la première ligne de front romaine.

Remarque: L'attaque en colonne d'après Frontin est une variante du coin, elle en a la même fonction mais elle est plus dangereuse car elle fait porter toute la pression sur un point précis et sur une zone réduite de la ligne adverse au risque de se faire encercler (à l'image d'une flèche transperçant un bouclier). Ici les barbares réussissent et enfoncent la première ligne romaine. En temps normale celle-ci devrait paniquer puisqu'elle risque d'être attaquée sur ses arrières mes elle ne cède pas et continue le combat contre les assaillants d'en face. On connaît maintenant la place des troupes d'élite dans l'armée tardive (le centre) ainsi que le nom de la ligne qu'elle forme (la réserve prétorienne).

57 (…)Attentifs à parer les coups, et s'escrimant du bouclier à la manière des "mirmillons", nos soldats perçaient aisément les flancs de leurs adversaires,(…)
LIVRE 16, Chapitre 12.

Contexte: Les force d'élite rentre en action et font montre de leur technique de combat.

Remarque: On voit ici Ammien Marcellin décrire ce qui pourrait être une technique de combat propre au légionnaires du IVe siècle. Ils utilisent le bouclier "à la manière du Mirmillon": Cette indication pourra au moins nous conforter dans l'idée qu'au IVe siècle le bouclier se pratique encore de façon "offensive" et dynamique, et ce, malgré l'absence des renforts métalliques sur la tranche de celui-ci. Cet extrait est extrêmement important! A la compréhension des techniques de combats individuelles des romains de l'époque.

58 (…)Nos soldats chargèrent à dos les fuyards, et, à défaut de leurs épées émoussées qui plus d'une fois refusèrent le service, ils arrachaient la vie aux barbares avec leurs propres armes (…)
LIVRE 16, Chapitre 12.

Contexte: les Germains finissent par céder le terrain et fuient le champs de bataille. La poursuite commence.

Remarque: Il est amusant de voir que lors de la poursuite des fuyard les légionnaires commencent déjà à faire du butin sur les dépouilles des victimes.

59 (…)Les vainqueurs, enivrés de leurs succès, frappaient encore de leurs épées émoussées les casques splendides et les boucliers, qui sous leurs coups roulaient dans la poussière(…)
LIVRE 16, Chapitre 12.

Contexte: Suite de la curée.

Remarque: cet extrait nous montre bien comme l'affirme les historiens que le plus grand nombre de victime n'intervient pas lors de la bataille elle-même, mais lors de la débâcle et du massacre qui s'en suit.

61 (…) Pressés par nos soldats, que leur pesante armure ne saurait retarder dans leur poursuite, quelques-uns se précipitèrent dans les flots(…)
LIVRE 16, Chapitre 12.

Contexte: fin de la bataille.

Remarque: Ici, il clairement indiqué que le fantassin du IVe de époque de Julien supporte parfaitement sa cuirasse même lors d'efforts conséquents, ce qui ne sera plus le cas à la fin du IVe et surtout du Ve siècle Ap.J.C.

62 (…)Aussitôt une cohorte commandée par un tribun enveloppa de tous côtés la colline(…)
LIVRE 16, Chapitre 12.

Contexte: Chnodomar dans sa fuite se réfugie dans les sous bois d'une colline mais il est repéré par une unité…

Remarque: Bizarrement, la cohorte est commandée par un tribun. Hors, Richardot estime une cohorte tardive à 200 hommes et le commandant de 200 fantassins, toujours d'après lui, est le ducénnaire (Ducenarius). Puis vient le centenier (Centenarius) chef de 100 soldats. Comment le tribun peut-il alors être le chef d'une cohorte s'il est déjà à la tête de la légion tardive (1000-1200 hommes)? En réalité et pour peu qu'on lise attentivement Végèce et Ammien, Les estimations de Richardot ne tiennent pas!

63 (…)La bataille ainsi terminée par l'assistance du ciel, vers la chute du jour le clairon rappela notre invincible armée, qui, réunie près la rive du Rhin, put enfin, sous la protection active de plusieurs lignes de boucliers, prendre quelque nourriture et du repos. Les Romains perdirent dans cette action deux cent quarante-trois soldats et quatre chefs principaux, Bainobaudes, tribun des Cornutes, Laipse et Innocent, officiers des cataphractes, et un tribun dont le nom ne s'est pas conservé. Du côté des Allemands, six mille morts restèrent sur le champ de bataille, indépendamment du nombre infini de cadavres que le Rhin entraîna dans son cours.(…)
LIVRE 16, Chapitre 12.

Contexte: les armées romaines après le combat se repose sur le lieu même du champs de bataille.

Remarque: Le clairon marque la fin des hostilités. Les soldats ne construisent pas de camps mais créés des espèces de palissades avec leurs boucliers autour d'un périmètre de sécurité. Pour une bataille difficile, que les romains auraient pu perdre, le faible effectif des victimes et le nombre conséquent d'ennemis tués démontrent de l'incroyable supériorité de l'armée romaine et de son professionnalisme. Enfin, aucun nom des officiers supérieurs n'est latinisé; à par Innocent (et encore…) la racine germanique de leurs noms est très marqué.

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 Sujet du message: Re: Les références militaires dans l'oeuvre d'Ammien Marcellin.
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LIVRE 17

64 (…)On arrive à Mogontiacum; le pont est jeté, et l'armée s'avance sur le sol ennemi.(…)
LIVRE 17, Chapitre 1.

Contexte: Après la victoire de Strasbourg, Julien concrétise son avantage en allant chercher les rois barbares sur leur propre terres pour les obliger à contracter de nouvelles alliances. Il procède à une campagne d'intimidation et de terreur.

Remarque: Bien que Mogontiacum (Mayence) ne soit plus chef-lieu de la cité de Nerviens; la ville reste une base arrière pour l'organisation de la campagne. L'armée pratique régulièrement l'utilisation des ponts de bateaux.

65 (…)Julien(…) se procura des barques de petite dimension, mais de marche rapide, et y fit monter huit cents hommes à l'entrée de la nuit, avec ordre de remonter le Rhin à une certaine distance, et de tout mettre à feu et à sang devant eux, quand ils auraient pris terre.(…)
LIVRE 17, Chapitre 1.

Contexte: Julien commence sa campagne de terreur en passant le Rhin et en rasant systématiquement les villages germains limitrophes.

Remarque: Démonstration typique de la technique de guerria des romains du IVe siècle…

66 (…)Sévère, général de la cavalerie, se rendant à Reims par Agrippine et Iuliacum, vint se heurter contre une bande agile et déterminée de Francs, au nombre de seize cents, comme on le sut depuis, qui profitaient de l'absence de nos troupes pour ravager le pays. Sachant César occupé à poursuivre les Alamans jusqu'au fond de leurs retraites, leur audace s'était flattée de recueillir un riche butin sans coup férir. À l'approche de l'armée, ils se jetèrent dans deux forts qu'on avait laissé dégarnir, et s'y défendirent de leur mieux.(…)
LIVRE 17, Chapitre 2.

Contexte: Après sa campagne de soumission des Germains d'au-delà du Rhin, l'armée de Julien repart prendre ses quartiers d'hiver. Sur le retour vers les Gaules il se voit confronté à des petits désagréments.

Remarque: Deux chose a retenir dans cet extrait. Premièrement, le problème des forts abandonnés ou mal gardés qui servent de refuges occasionnels pour une troupe de pillards. Deuxièmement, il est amusant de remarquer que pour les chroniqueurs du IVe siècle il suffit de 1600 hommes pour mettre à feu et à sang une contrée. Peut-être faut-il y voir l'exaspération des déprédations continuelles des barbares ainsi qu'un brin de propagande romaine anti-barbare.

67 (…)jamais nous n'avons admis votre maxime, proclamée avec tant d'emphase:"Ruse ou valeur, en guerre le succès justifie tout."(…)
LIVRE 17, Chapitre 5.

Contexte: Cette tirade est une bride extraite de la lettre du roi des rois Shapur II à Constance II. Le Perse fait valoir ses exigences (volontairement inacceptables; il ne demande pas moins que la moitié de l'Orient romain, l'ancien empire Achéménide conquis jadis par Alexandre le Grand.) au lieu de quoi il déclenchera une nouvelle guerre en Orient.

Remarque: Shapur cite en exemple cet adage semble-t-il célèbre pour les romains tout autant que révélateur de leur mentalité dans le domaine de la guerre. En effet, personne ne doute que les romains aient de tout temps employé allégrement la ruse pour arriver à leur fin et préfigurent déjà Machiavel.

68 (…)Renonce donc à ce vain étalage de menaces convenues. On sait assez que c'est par modération, non par lâcheté, que nous aimons mieux attendre qu'aller chercher la guerre; mais que toute attaque sur notre territoire nous trouvera toujours prêts à la repousser avec énergie. L'histoire est là pour prouver, outre notre propre expérience, que si la fortune de Rome a pu (et l'exemple en est rare) chanceler dans tel combat, l'avantage en définitive lui est toujours resté."(…)
LIVRE 17, Chapitre 5

Contexte: Réponse de Constance II aux provocations de Shapur.

Remarque: Voici une autre facette de la mentalité des romains du IVe siècle Ap.J.C. Contrairement au haut-Empire, les romains sont a cette époque conscient qu'ils ne sont plus invulnérables (mais Rome est éternelle…) mais, et comme le remarque Constance lui-même, ils restent toujours forts et inébranlables. Avec une grande intelligence Constance souligne que Shapur aurait plus à perdre qu'à gagner en engageant une guerre de l'ampleur qu'il promet, et sais très bien qu'il ne pourrait pas la soutenir ne serait-ce qu'en terme de logistique.

69(…)C'est l'habitude des Gaulois de n'entrer en campagne qu'au mois de juillet(…)
LIVRE 17, Chapitre 8.

Contexte: Etrange remarque d'Ammien Marcellin sur les habitudes de guerre des Gaulois…

Remarque: Il est curieux de voir un militaire comme Ammien Marcellin dire que les Gaulois n'entre en guerre qu'au mois de juillet. Car, depuis la plus haute antiquité, il est de coutume de rentrer en campagne avec les premiers jours du printemps et cela quels que soient les peuples. En effet, les rudesses de l'Hiver suffisent à repousser n'importe quelle armée et bien que les romains se soient souvent engagés dans des campagnes hivernales, ils l'ont toujours fait non sans grands préparatifs et parfois contraints et forcés. Quant aux gaulois, ils sont enrôlés depuis longtemps dans l'armée romaine et obéissent bon gré mal gré aux décisions de leur général que se soit en hiver qu'en été (avec une nette préférence pour l'été).

70 (…)Il (Julien) comptait, pour remplacer ce prélèvement, sur les moissons des Chamaves; mais cet espoir fut bien déçu. Le soldat eut consommé ce qu'il portait avant que le grain sur pied eût mûri; et, ne trouvant plus de quoi vivre, il se répandit en menaces et en reproches: les épithètes d'Asiatique, de Grec efféminé, d'enjôleur, de savant imbécile, lui furent prodiguées. La troupe a toujours ses orateurs d'office. Il fallait entendre ceux-ci pérorer, et s'écrier tout haut (…)
LIVRE 17, Chapitre 9.

Contexte: Au cours de sa campagne Julien dût remettre de l'ordre dans les relations entre certains peuples germaniques; Libérant des francs pour en soumettre d'autres. A cette occasion l'armée vient à marquer de vivre…

Remarque: Réaction classique des armées dès qu'elle ne trouve plus à manger, elle gronde et se retourne contre son chef aussi prestigieux soit-il. L'Amertume est d'autant plus grandes que les troupes avaient spontanément accepté de ne pas être payées à condition que le César victoire, gloire…et butin. Notons au passage le type d'insulte que subit Julien: tout sur ses origines grecs et sa formation d'intellectuel.

71 (…)Il y avait du vrai dans ces plaintes. Après tant d'exploits, tant d'épreuves de tout genre, le soldat, épuisé par sa campagne des Gaules, en était encore, depuis que Julien avait pris le commandement, à ne recevoir ni gratification ni solde, Constance se refusant à ouvrir le trésor public, et Julien se trouvant personnellement trop pauvre pour y suppléer de son propre fonds.(…)Un jour un simple soldat ayant demandé à Julien, selon l'usage, de quoi se faire raser, et Julien ne lui ayant donné que quelques pièces de menue monnaie(…)
LIVRE 17, Chapitre 9.

Contexte: Ammien Marcellin justifie les plaintes des soldats.

Remarque: Il est manifestement de coutume pour le légionnaire de l'armée du IVe siècle de venir demander pour de menus usages quelques monnaies.

72 (…)L'ordre fut donné en conséquence à Nestica, tribun des scutaires, et à Charietto, officier d'une valeur éprouvée, de faire un prisonnier à tout prix (…)La colère du soldat ne manqua pas de se signaler par l'incendie des moissons, le pillage des troupeaux, et par le massacre sans pitié de tout ce qui offrit résistance(…)
LIVRE 17, Chapitre 10.

Contexte et remarque: L'armée romaine s'avance toujours plus avant dans le territoire du roi Alaman Hortaire afin d'obtenir un traité d'Alliance. Hors l'armée à bout de vivre devient nerveuse et commence à commettre des exactions. Pour se diriger en terre inconnue, les romains font des prisonniers pour servir de guide.

73 (…)Tous deux entendent mieux la petite guerre que les batailles rangées. Ils portent de longues lances et des cuirasses de toile, sur lesquelles de petites lames de corne polie s'étagent à la façon des plumes sur le corps d'un oiseau.(…)
LIVRE 17, Chapitre 12.

Contexte: Mue par la nécessité et sa jalousie envers Julien, c'est au tour de Constance de partir de Sirmium en campagne (d'ailleurs exemplaire) contre les Quades et les Sarmates, afin de stopper les petits raids que ceux-ci font endurer au deux Pannonies et à la haute Mésie. C'est à cette occasion qu'Ammien Marcellin décrit l'équipement de l'ennemi.

Remarque: A l'inverse des romains, ce ne sont pas des cuirasses d'écailles métalliques que portent les cavaliers Sarmates mais des écailles de cornes polies…(autre exemple des inégalités techniques entre les équipements militaires romains et barbares).

74 (…)Ils (les Sarmates) renoncèrent à se cacher, et simulèrent des propositions de paix. Leur plan était de profiter de la sécurité que devait nous inspirer cette démarche, et d'exécuter contre nous, en divisant leurs forces, une triple attaque assez brusque pour ne nous laisser la faculté ni de parer leurs coups, ni d'user de nos traits, ni même de recourir à la ressource extrême de la fuite. (…)
LIVRE 17, Chapitre 12.

Contexte: Constance rentre profondément en territoire Sarmate et incendie les campagnes afin de débusquer l'ennemi qui refuse l'affrontement direct.

Remarque: Ammien Marcellin nous décrit la "stratégie "des barbares qui consiste à parlementer pour temporiser et se donner le temps indispensable pour organiser une attaque contre les romains. Cette technique revient souvent dans les écrits d'Ammien Marcellin et semble être la principale défense du barbare quand celui-ci est acculé. Du point de vue romain, c'est avec mépris qu'il la considère car elle révèle la lâcheté et la traîtrise de l'ennemi. L'auteur se complet souvent à évoquer les alliances rompues, les traités bafoués et le manque de parole du barbare.

75 (…)Ce succès donna du cœur à nos troupes, qui marchèrent alors en colonnes serrées contre les Quades(…)
LIVRE 17, Chapitre 12.

Contexte: Après les Sarmates, c'est au tour des Quades de se soumettre à Constance II.

Remarque: Les troupes romaines marches en colonnes serrées contre l'adversaire. Même si cela reste évasif, cela mérite d'être souligné et interprété.

76 (…)cette circonstance semble vérifier l'opinion que le pouvoir du prince enchaîne les événements et dispose du sort.(…) c'est la force qui fait le droit chez les barbares.(…)
LIVRE 17, Chapitre 12.

Contexte: L'auteur fait le constat du succès militaire de Constance II.

Remarque: Cette assertion nous dévoile encore une facette de la mentalité romaine concernant le péril barbare. Si il est impossible de l'assimiler, de le romaniser, alors seule la force peut imposer le respect au barbare qui ne semble reconnaître que la loi du plus fort…

77 (…)On lève les enseignes, et nos soldats abordent l'ennemi avec la fureur d'un incendie. De leur côté, les Limigantes serrent leurs rangs, et se précipitent en masse compacte vers le tertre où j'ai déjà dit que se tenait l'empereur, le menaçant du geste et de la voix. L'indignation de l'armée éclate à cet excès d'audace: en un clin d'œil elle adopte l'ordre de bataille triangulaire appelé, dans l'argot des soldats, tête de porc, fond sur l'ennemi, et le culbute. À la droite notre infanterie fait un grand carnage de leurs gens de pied, tandis qu'à la gauche nos escadrons enfoncent leur cavalerie. La cohorte prétorienne préposée à la garde du prince avait d'abord vaillamment soutenu l'attaque; elle n'eut bientôt plus qu'à prendre à dos les fuyards.(…)
LIVRE 17, Chapitre 13.

Contexte: Une délégation de Sarmates après la ratification d'un traité demande l'assistance de Constance II contre le peuple des Limigantes qui empiètent depuis un certain temps sur le royaume des Sarmates. Constance II accepte d'intervenir pacifiquement tout heureux de jouer de son pouvoir "universel" et d'éprouver la bonne foi de sa nouvelle alliance. Les romains prennent contact avec les Limigantes et leur proposent de s'installer sur de nouvelles terres. Ceux-ci refusent puis font mine d'accepter. Constance part alors à leur rencontre avec une partie de son armée les convaincre par la parole. De leur coté, les Limigantes vont au devant de Constance et déposent leurs armes sur le sol. Constance fait installer une tribune sur un tertre pour déclamer son discours quand les barbares ramassent brusquement leurs armes, en prennent d'autres dissimulées et s'élance contre Constance et sa garde. Les romains furieux de la traîtrise repoussent l'assaut mais ne peuvent se contenir et massacrent littéralement l'ennemi.

Remarque: On peut voir dans cet extrait plusieurs éléments intéressants. Le premier est le rôle de l'enseigne qui doit signaler l'ordre de l'assaut soit en tant que stimulus visuel (mouvement de l'enseigne…) soit comme repère pour les soldats. Le second est la notification des événements sur les flancs des deux armées qui répète une fois de plus l'importance tactique des extrémités des lignes de front. Enfin, la mention très précise de l'emploi du coin appelé dans l'argot militaire "tête de porc". Psychologiquement, la crainte qu'a dû ressentir le légionnaire à voir l'empereur courir un danger immédiat a pu décupler sa rage.

78 (…)Outre les morts, le champ de bataille était jonché de malheureux à qui leurs jarrets coupés ôtaient le pouvoir de fuir, ou qui avaient perdu quelque membre, ou qui, épargnés par le fer, étouffaient, renversés sous des monceaux de cadavres.(…) Le massacre de tant d'ennemis prit à peine une demi-heure. On ne s'aperçut que par la victoire qu'il y avait eu combat.(…)
LIVRE 17, Chapitre 13.

Contexte: Fin de la bataille contre les Limigantes…

Remarque: Les membres inférieurs et supérieurs semblent être la cible privilégiée des armes romaines. Une demi-heure… Une autre preuve de l'efficacité destructrice des légions du IVe siècle contre un ennemi plus nombreux (cela dit; passé l'effet de surprise ils n'avaient à priori aucun plan de bataille).

79(…)Altéré du sang des barbares, le soldat court aux habitations, renverse leurs toits fragiles, et massacre tout ce qu'il y rencontre. Nul ne trouva d'abri dans sa maison, si solidement qu'elle fût construite. Pour en finir on eut recours au feu, et tout refuge devint impossible.(…)
LIVRE 17, Chapitre 13

Contexte: Idem.

Remarque: Comme sous le Haut-Empire et de tous temps; les romains ne font pas deux fois crédit. En effet contrairement a de nombreux autre peuples de l'Antiquité, les romains sont les premiers à accordé leur clémence à un ancien ennemi aussi bien politique que militaire afin de s'enrichir d'une nouvelle alliance (La clémence est une valeur extrêmement importante dans la tradition romaine, elle fait partie du Clipeus Virtutis des empereurs depuis Auguste mais diffère sensiblement du pardon qui est étranger aux romains traditionnels). Mais il ne faut pas abuser des largesses et la confiance une nouvelle fois trahie voit alors le romain sans pitié allant même jusqu'à la cruauté.

80 (…)une troupe de vélites y prit place, et pénétra par ce moyen dans les retraites des Sarmates. Ceux-ci, à la forme connue des embarcations, mues par des rameurs de leur pays, crurent d'abord n'avoir affaire qu'à des compatriotes;mais le fer des javelots, qui brillait, de loin, leur révéla l'approche de ce qu'ils redoutaient le plus. Ils s'enfuirent dans leurs marais, où ils furent suivis par nos soldats, qui en tuèrent an grand nombre, et, dans cette occasion, surent combattre et vaincre sur un sol où il semblait qu'on ne pût pas même tenir pied.(…)
LIVRE 17, Chapitre 13.

Contexte: Les romains décident de faire payer très cher la Traîtrise des Limigantes et partent à la poursuite des survivants réfugiés sur de petits Ilots et dans les villages voisins.

Remarque: Par vélites, peut-être faut t-il entendre des soldats équipés à la légère. On a ici une nouvelle illustration de la technique de guerria employé par la légion du IVe siècle. Ammien Marcellin se félicite de la victoire sur un terrain que craignent habituellement les romains. Si il insiste sur ce fait c'est sans doute qu'il ne leur était pas coutumier.

81 (…)Cette peuplade (les Pincences) était dispersée sur un vaste territoire, où il nous eût été difficile de l'aller chercher, dans l'ignorance où nous étions des routes. On emprunta donc pour la dompter le secours des Taïfales et des Sarmates libres. Le plan d'opération fut réglé d'après les positions respectives, nos troupes attaquant l'ennemi par la Mésie, et nos alliés occupant chacun la partie de la contrée qui lui faisait face.(…)
LIVRE 17, Chapitre 13.

Contexte: L'armée de Constance II s'attaque maintenant à une autre subdivision ethnique des Sarmates.

Remarque: C'est une Constante de la grande stratégie romaine que de se reposer sur les royaumes alliés afin de garantir ses propres provinces. Souvent, lors d'une campagne d'invasion (guerres daciques de Trajan, guerre parthique de Marc-Aurèle…) l'armée est divisée en deux afin d'ouvrir deux fronts à la fois, déstabiliser le barbare et l'empêcher de réunir en un seul point toutes ses forces. Cela demande de gros effectifs et Julien procéda ainsi dans un premier temps lors de l'invasion du royaume Perse…

82 (…)Le prince, au moment de son départ, fit assembler les cohortes, les centuries et les manipules; puis, montant sur son tribunal, entouré des principaux chefs de l'armée, il lui adressa ces paroles, bien faites pour produire sur elle une favorable impression(…)
LIVRE 17, Chapitre 13.

Contexte: Après la réussite de sa campagne, et avant de repartir pour Constantinople, Constance adresse un discours aux troupes afin de les féliciter.

Remarque: L'évocation par Ammien Marcellin de la répartition des légions en cohortes, manipules et centuries pose bien des questions…

83 (…)Mal armé, sans force réelle, et incapable de lutter contre une troupe régulière, il s'était fait craindre de tout temps par l'audace de ses brigandages imprévus, et son adresse singulière à se rendre insaisissable.(…)
LIVRE 17, Chapitre 13.

Contexte et remarque: dans son discours, Constance nous décrit l'état réel de la puissance des Sarmates et sa méthode de déprédation: l'attaque éclaire aux frontières, le pillage puis la fuite.

84 (…)Une multitude de captifs vous est échue en partage; et pour des braves c'est déjà beaucoup de la récompense conquise par leurs sueurs et par leurs exploits.(…)
LIVRE 17, Chapitre 13.

Contexte et remarque: Constance II offre les prisonniers captifs comme esclave pour ses hommes. Ce n'est pas un petit cadeau car outre leur utilité comme valets, les esclaves peuvent se revendre assez cher (bien que le statut de paysan colon du grand Latifondium ait amoindri le marché).

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 Sujet du message: Re: Les références militaires dans l'oeuvre d'Ammien Marcellin.
Nouveau messagePublié: 05 Sep 2008, 20:53 
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LIVRE 18

85 (…)sous prétexte d'une ambassade à Hortaire, l'un des rois en paix avec nous, et qui était voisin du pays où l'on remuait, il lui envoya Hariobaude, tribun sans commandement, d'une valeur et d'une fidélité éprouvée. De là cet officier, qui parlait bien la langue des barbares, pouvait facilement s'approcher de la frontière, et surveiller les mouvements de l'ennemi. Hariobaude accepta résolument la mission.(…)
LIVRE 18, Chapitre 2.

Contexte: Une nouvelle année est passée, Julien, certains que les rois germains ne tiendrons pas leur parole de paix prépare une expédition contre les Alamans mais pour être certain de sa démarche, il envoie un tribun en ambassade chez le roi Hortaire espionner de possibles agitations du barbaresque.

Remarque: Encore une fois un officier est à ce point clairement d'origine germanique de par son nom) qu'il parle parfaitement la langue barbare sans interprète.

86 (…)Les rois Alamans, fidèles au pacte conclu l'année précédente, envoyèrent dans des chariots une partie des matériaux nécessaires aux constructions; et l'on vit même les soldats auxiliaires, si récalcitrants pour cette espèce de service, se prêter avec ardeur au désir de leur général, jusqu'à porter gaiement sur leurs épaules des solives de cinquante pieds et plus, et aider de tout leur pouvoir au travail des constructions.(…)
LIVRE 18, Chapitre 2

Contexte: Julien arrive à s'assurer de la fidélité des Alamans et se sont des germains "libres" qui non seulement payent la reconstruction des villes détruites mais qui plus est participent directement la réparation des villes et camps fortifiés.

Remarque: On voit que l'habitude des grands travaux n'est plus de mise pour certaines unités de l'armée romaine, et le fait que les auxiliaires soit mentionné comme s'activant à la tâche est manifestement suffisamment rare pour être évoqué comme le fait l'auteur. Que les barbares participent aux travaux de reconstruction impressionna beaucoup les populations de l'empire et fit croître plus encore le rayonnement du César Julien.

87 (…)Macrien se voyait, ainsi que son frère, pour la première fois au milieu de nos aigles et de nos étendards; et, frappé d'étonnement par la tenue de nos troupes et la splendide variété des armes, il s'empressa de demander grâce pour les siens. Vadomaire, qui était notre voisin, et dès longtemps en relation avec nous, ne laissait pas d'admirer notre appareil militaire, mais en homme pour qui tout cet éclat n'était pas absolument nouveau.(…)
LIVRE 18, Chapitre 2.

Contexte: Julien procéda à un stratagème contre une fraction d'Alamans révoltés. Ceux-ci prirent les armes et allèrent à la rencontre de l'armée de Julien. De son coté, il fit armer à la légère un groupe de 300 hommes de valeur sûr et leur fit remonter un soir un bras du Rhin sans rien leur dire de leur mission. Au même moment (et ce n'est certainement pas un hasard) le roi Hortaire allié de Rome donne un banquet non loin de là avec les chefs de Alamans belliqueux. De retour du banquet, ils tombent sur la patrouille romaine et s'échappèrent de justesse. A mon sens, et même si Ammien Marcellin ne dit rien de semblable, le banquet devait être un piège organisé entre Julien et Hortaire. Même si il ne fonctionna pas, les effets psychologiques sont dévastateurs puisque peu de temps après une délégation germanique vient se soumettre à Julien. C'est à cette occasion que l'ambassade barbare admire les armes romaines.

Remarque: Inutile de s'étendre encore sur le sujet, cet extrait des plus explicite est un signe flagrant de la supériorité aussi bien qualitatif que quantitatif des équipements militaires romain et de son apparat.

88 (…)Au nombre des premiers figurait Valentin, qui venait de passer du grade d'officier des protecteurs [Primicerio] à celui de tribun.(…)
LIVRE 18, Chapitre 3.

Contexte: Description d'un personnage militaire par Ammien Marcellin.

Remarque: Il faut bien passer par la hiérarchie des Protectores pour obtenir le grade de Tribun (qui donne le droit notamment au commandement d'une légion). Le corps des Protectores est effectivement le vivier des officiers de haut-rang.

89 (…)On se souvenait que, resté seul pour protéger le pays, il avait su, avec une poignée de soldats sans nerf, sans ressort, et qui n'avaient jamais vu la guerre, se maintenir dix années durant, et ne se laisser entamer nulle part.(…)
LIVRE 18, Chapitre 6.

Contexte: La guerre s'apprête à faire rage en Orient. Shapur s'est finalement déclaré contre Constance II et commence les préparatifs de sa campagne; une grande armée d'invasion. Au même moment et contre toute attente la coterie des notaires et des eunuques courtisans du prince arrivent à convaincre l'empereur de placer un de leur homme de paille, Sabinianus, à la tête de la défense de l'Orient en remplacement du pourtant énergique Ursicin, le supérieur directe D'Ammien Marcellin. Celui-ci pour défendre son chef, fait le panégyrique de ses exploits passés qu'il compare à la bêtise de Sabinianus.
Remarque: On voit ici ce qu'un général compétent est capable de faire avec une armée même inexpérimenté.

90 (…)On imagina, dans cette conjoncture, d'attacher solidement une lampe allumée sur le dos d'un cheval, et de l'abandonner à lui-même après l'avoir poussé sur la gauche, tandis que nous tournions à droite vers les montagnes; le tout afin d'attirer les Perses vers cette lumière qu'ils voyaient s'avancer lentement, et qu'ils devaient juger destinées à éclairer les pas du général.(…)
LIVRE 18, Chapitre 6.

Contexte: Finalement, Ursicin est rappelé à la défense de l'Orient mais sous les ordres directs de Sabinianus qui ne fait rien. Ursicin passe outre la hiérarchie, prend Ammien avec lui, une petite troupe montée et vont en Mésopotamie romaine organiser la défense des provinces. La ville fortifiée de Nisibe est d'abord mise efficacement sur le pied de guerre mais les Perses sont déjà rentrer profondément sur le territoire romain et ont prit de petits forts frontaliers tout en ravageant les campagnes. A ce moment du récit Ammien Marcellin entre directement en scène et joue le rôle d'espion au sens moderne du terme. Pour connaître l'avancée des Perses, la troupe se déplace en territoire récemment conquis et échappent plusieurs fois aux escadrons perses. C'est dans ce contexte qu'Ursicin et Ammien mettent en œuvre des ruses susceptibles de perdre les poursuivants.

Remarque: Les fonctions des Protectores peuvent être très polyvalentes. Dans cet extrait leur activité est proche de celui des Exploratores qui partent en avant suivre l'évolution des armées ennemies, évaluent leur nombre et déterminent la direction à prendre. C'est un rôle stratégique de première importance. Ursicin lui-même pourtant générale en chef (non-officiel) prend de gros risques personnels

91 (…)Nous apprîmes alors qu'il était natif de Paris dans les Gaules, et qu'il avait servi dans notre cavalerie; mais que la crainte d'un châtiment mérité l'avait fait déserter chez les Perses; qu'il s'y était marié à une honnête femme, dont il avait des enfants; qu'employé comme espion par les Perses, il leur avait souvent donné d'utiles indications; et qu'au moment même de sa capture il retournait près des généraux Tamsapor et Nohodarès, qui commandaient l'avant-garde, pour leur faire part de ce qu'il avait recueilli. On le mit à mort, après avoir tiré de lui divers renseignements sur les ennemis.(…)
LIVRE 18, Chapitre 6.

Contexte: Au cours de leurs pérégrinations, la troupe d'Ursicin fait Halte dans un village pillé par les perses. Par hasard, il font prisonnier un étrange personnage…

Remarque: Toute cette partie des textes d'Ammien Marcellin est un vrai roman d'aventure au rythme plus soutenu qu'auparavant, sans doute parce-qu'il est directement témoin des événements et acteur à part entière des opérations. Il en ressort une dynamique plus vive et des anecdotes surréalistes comme la rencontre avec ce traître, véritable agent dormant des perses en Orient (d'ailleurs l'armée du roi Shapur est guidée par un transfuge romain jadis notable aisé et ruiné par les percepteurs d'impôts). Au-delà du fait que ce soit un traître déserteur l'évocation de l'historique de ce personnage nous montre que dans l'armée romaine les affectations pouvaient être fort variées comme cet ancien cavalier gaulois servant dans une armée d'Orient avant sa désertion.

92 (…)Là, au retour de nos éclaireurs, on nous remet un parchemin mystérieusement caché dans une gaine, et sur lequel des caractères d'écriture étaient tracés. Ce message nous venait de Procope, qui, ainsi que je l'ai dit plus haut, avait fait partie de la seconde ambassade en Perse avec le comte Lucillien. Voici le contenu de cette pièce, rédigée à dessein en termes obscurs, dans la crainte qu'elle ne vint à être interceptée:"Le vieux roi a rejeté les ambassadeurs grecs, dont la vie ne tient même qu'à un fil. L'Hellespont ne lui suffit plus: on le verra bientôt joindre par des ponts les deux rives du Granique et du Rhyndace, et jeter sur l'Asie, pour l'envahir, des populations entières. Il n'est déjà que trop violent et emporté de sa nature; et le successeur de l'empereur Hadrien d'autrefois est là qui l'anime encore, et l'irrite sans cesse. C'en est fait de la Grèce si elle n'y prend garde." Le sens de ces mots était que le roi de Perse allait franchir l'Anzabe et le Tigre, et que, poussé par Antonin, il visait à la domination de tout l'Orient.(…)
LIVRE 18, Chapitre 6.

Contexte: Les hommes d'Ursicin et D'Ammien Marcellin continuent leurs travaux de renforcement de la résistance à l'invasion Perse.

Remarque: Dans cet extrait, on se rend compte à quel point le renseignement et ses services déterminent l'issue d'un conflit. Uniquement dans ses quelques lignes on voit tout l'appareil des "agents secrets" se mettre en branle avec une rapidité qu'on ne peut qu'admirer pour l'époque. Intervention des ambassadeurs romains en Perse, (hommes éminemment autorisés dans le milieu de la cour persane) pour prévenir du danger. Passation d'un message codé par le biais d'un courrier à cheval prenant évidemment de gros risques. Traitement des informations par l'état major en zone ennemie. Tout cela demande une organisation, une logistique et un courage manifeste.

93 Je (Ammien Marcellin) fus dépêché près de lui (Jovinien, un Satrape de Corduène) avec un centurion choisi comme homme sûr, afin d'obtenir des renseignements précis touchant l'invasion. Nous ne parvînmes jusqu'à lui que par des chemins à peine frayés à travers des monts escarpés et des précipices. Il me reconnut à l'instant; et je ne lui eus pas plutôt confié sans témoins l'objet de mon voyage, qu'il me donna un guide discret, bien au fait des localités. Celui-ci me conduisit à quelque distance de là, sur un rocher assez haut pour qu'une vue de quelque portée ne perdît rien de ce qui se passait dans un rayon de cinquante milles. Nous y restâmes en observation deux jours entiers, sans rien voir. Mais au lever du troisième, tout l'espace circulaire qu'embrassait le regard, et qu'on appelle l'horizon, nous sembla se couvrir d'escadrons innombrables. Le roi se montrait à leur tête dans son plus brillant costume.
LIVRE 18, Chapitre 6.

Contexte: Pour déterminer l'ampleur des forces ennemie et connaître leur prochain itinéraire, Ammien Marcellin est envoyé seul avec un aide de camp en reconnaissance…

Remarque: cette fois l'officier des Protectores qu'est Ammien Marcellin est clairement envoyer en infiltration joindre un contact des opposants à Shapur, un Satrape pro-romain. Cette configuration de péripéties est d'une très grande modernité en ce milieu de IVe siècle. Elle montre à la fois l'étendue des compétences de ces officiers et tout le travail des hommes de l'ombre dans le déroulement d'un conflit.

94 (…)On envoya aussitôt des cavaliers porter l'ordre à Cassianus, duc de Mésopotamie, et à Euphrone, gouverneur de la province, de faire replier les habitants avec le bétail; d'évacuer la ville de Carrhes, dont les murs étaient en mauvais état; et enfin d'incendier les campagnes, afin que nulle part l'ennemi ne trouvât à subsister.(…)
LIVRE 18, chapitre 7.

Contexte: Après qu'Ammien Marcellin ait fait passer ses informations sur la nouvelle destination des Perses, les romains qui n'avaient pu endiguer l'invasion reprennent l'initiative et réorganisent les défenses des provinces.

Remarque: C'est la typologie classique d'une défense lors d'une invasion au IVe siècle et préfigure de beaucoup celle de l'époque féodale. On pratique la technique de la terre brûlée afin de ne pas servir l'envahisseur, on protège les populations dans des places fortes bien défendues et on abandonne les réseaux urbains indéfendables. Tout le noyau stratégique se resserre autour des villes fortifiées seules capables d'endiguer la déferlante d'une armée d'invasion organisée et nombreuse comme celle des perses. Hélas, cette stratégie qui naît au milieu du IIIe siècle avec la construction des murs d'enceintes autour des villes ou des Forums quand les moyens ne permettaient pas de plus sûrs constructions, est à double tranchant et accélère l'appauvrissement des campagnes.

95 (…)Tandis qu'on livrait aux flammes toute la végétation des champs, des détachements de protecteurs, commandés par des tribuns, couvraient la rive citérieure de l'Euphrate de redoutes et de palissades, qu'ils garnissaient en outre de machines de guerre, partout où la nature du sol permettait d'en asseoir à l'abri de la violence des eaux. (…)
LIVRE 18, Chapitre 7.

Contexte et remarque: Suite de l'organisation de la défense de l'Orient romain et aperçu de sa stratégie.

96 (…)Nous avions de ce côté un poste avancé de deux escadrons composant sept cent chevaux, qu'on avait envoyés d'Illyrie comme renfort. Cette troupe énervée et sans courage, redoutant une surprise nocturne, avait abandonné la garde de la chaussée vers la chute du jour(…)
LIVRE 18, Chapitre 8.

Contexte: Idem, la défense s'organise…

Remarque: Plus on avance dans le descriptif de l'élaboration de la défense des provinces orientales plus on se rend compte que celle-ci semble dissolue comme si tous les actifs n'étaient pas employés pour sa réussite. En réalité, en dépit de la mollesse de Sabinianus et malgré l'énergie d'Ursicin qui espère repousser l'invasion, on peut raisonnablement penser que Constance envisage une stratégie différente (le siège d'Amida en est peut-être la concrétisation mais c'est une idée très personnelle). La désertion des cavalier est aussi une résultante de la peur que suscite chez les soldats la grande armée perse.

97 (…)le signal ordinaire du combat se fait entendre. On fait halte, et les rangs se serrent.(…) Attaquer, c'était courir à une mort certaine, ayant devant nous une force aussi supérieure, surtout en cavalerie.(…) Déjà même quelques-uns des nôtres, s'étant trop avancés, avaient mordu la poussière.(…) Tout à coup notre dernier rang, qui bordait la crête de la colline, s'écria qu'une nuée de cataphractes accourait, à toute bride, nous prendre à dos. Alors, comme c'est l'ordinaire dans les cas désespérés, de toutes parts pressés par des masses innombrables, nous ne sûmes ni à qui faire face ni qui éviter, et la dispersion commença dans tous les sens. Mais l'ennemi nous enfermait déjà dans un cercle, et nos efforts même pour fuir nous jetaient au milieu de ses rangs.(…) quelques-uns, en joignant leurs bras entrelacés, parvinrent à ne pas s'écarter des endroits guéables; d'autres perdirent pied et furent engloutis.(…)
LIVRE 18, Chapitre 8.

Contexte: Ammien est de retour auprès d'Ursicin. Celui-ci prend la tête d'une armée d'interposition mais on ne sait si le contingent, du reste assez faible, avait l'intention d'aller à la rencontre de Shapur. Quoi qu'il en soit, ce sont les romains qui sont pris par surprise et encerclés. La débandade est rapide et l'armée est mise en pièce. Ammien Marcellin et Ursicin sont séparés. D'un coté, le général en chef arrive à échapper aux perses en se réfugiant dans les gorges du mont Taurus avec une petites troupe et essuyant de nombreuses pertes. De l'autre, Ammien voit ses collègues Protectores mourir les uns après les autres et se réfugie avec les survivants dans la ville fortifiée d'Amida. C'est le début d'un épisode épique de la guerre contre les perses digne de la guerre de Troie.

Remarque: Quel était le but réel d'Ursicin? Repousser l'armée perse était complètement illusoire avec les maigres effectifs dont il disposait, et on voit bien ici qu'une armée non préparée à la bataille se disloque très rapidement. Encerclée une armée panique carrément. La situation du siège d'Amida comme on va le voir peut nous aider à comprendre ce qu'était sans doute la stratégie de départ avant l'attaque surprise des perses.

98(…)La garnison permanente de la ville n'était composée que de la cinquième légion Parthique, et d'un corps de cavalerie levée dans le pays, et qui n'était pas à mépriser. Mais l'irruption des Perses y avait fait accourir six légions, qui devancèrent l'ennemi sous ses murs par une marche forcée, et mirent la place sur un pied de défense respectable. Deux de ces légions portaient les noms de Magnence et de Décence.(…) Les quatre autres légions étaient la trentième, la dixième, dite Fortensis, et deux autres formées des soldats nommés Voltigeurs (Superventores) et Éclaireurs (Praeventores), sous le commandement d'Élien, récemment promu au titre de comte. On se rappelle le coup d'essai à Singare de cette troupe alors novice, et le carnage qu'elle fit des Perses endormis, dans une sortie dirigée par ce même officier, qui n'était alors que simple protecteur. Là se trouvait aussi la majeure partie des archers comtes, corps qui se recrute de barbares de condition libre, choisis pour leur vigueur et leur adresse au maniement des armes.(…)
LIVRE 18, Chapitre 9.

Contexte: Ammien Marcellin arrive à atteindre avec les débris de l'armée d'Ursicin la ville d'Amida. Celle-ci très fortifiée est avec Nisibe un des bastions inexpugnables de la Mésopotamie romaine. Au même moment, la population célèbre une fête rituelle qui vient gonfler le nombre de ses habitants qui approche alors les 20 000 civiles. Parmi eux, une armée conséquente est là pour protéger la citée. Ammien Marcellin nous en donne ici le détail.

Remarque: C'est la première fois que l'auteur est aussi précis dans sa description des forces en présence. Une légion en garnison, plus six légions de renforts… Cette force importante peut nous éclairer sur les véritables intentions de Constance II et de ses officiers. Son but était sans doute de fixer l'armée d'invasion perse sur un site stratégique puissant comme Amida où Nisibe, des villes qui ont toujours fait remparts aux perses. Ceux-ci se sont toujours épuisés à les assiéger sans jamais les prendre. Peut-être Constance espérait-il que ce scénario se répète. Alors une armée comme celle d'Ursicin aurait pu menacer les arrières de Shapur et repousser l'expansion de l'invasion. Hors cette armée était détruite et les perses en plus de leurs propres ouvrages avaient dérobé des machines de sièges dans des forts conquis. Amida sera seul à résister. Notons qu'au IVe siècle le petit nombre composant une légion permet une totale spécialisation de celle-ci comme ici deux légions de "voltigeurs" et "d'éclaireurs". On retrouve ce trait de caractère du IVe siècle dans le traité de Végèce avec des légions composées uniquement d'arbalétriers. Enfin, il est remarquable de trouver à cette époque des légions qui portent encore des numéros comme sous le haut-empire.

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LIVRE 19.

99 (…)tout l'horizon resplendissait de l'éclat des armes. Une immense cavalerie bardée de fer couvrait les plaines et les collines.(…)
LIVRE 19, Chapitre 1.

Contexte et remarque: L'impressionnante vision que les défenseurs romains pouvaient apercevoir des remparts d'Amida.

100 (…)Son brillant costume (celui de Shapur) le rendit aussitôt le but d'une volée de flèches et de projectiles. Il faillit même être percé d'un javelot de rempart; mais en fut quitte cependant pour une déchirure à son vêtement(…)
LIVRE 19, Chapitre 1.

Contexte: Shapur et sa suite parade autour des remparts d'Amida pour impressionner les romains qui répondent par des volées de traits. L'offense que Shapur subit le pousse à décider la destruction de la cité (la déchirure de son vêtement mais aussi la mort d'un jeune prince de ses vassaux).

Remarque: Il est fait mention des javelots de remparts; les pila muralis, des javelots très lourds uniquement utilisés à l'occasion d'un siège. Le lancer à partir d'une station haute rend son pouvoir de pénétration extrêmement meurtrier. Il est claire que le roi des rois perse à échappé de peu à la mort pour une raison somme toute futile.

101 (…)Mais dès qu'il fut à portée, un trait, chassé d'une arbalète par une main exercée, vint frapper à ses côtés son fils, jeune homme qui l'emportait sur tous ceux de son âge en taille et en bonne mine, et lui traversa la cuirasse et la poitrine d'outre en outre. (…)
LIVRE 19, Chapitre 1.

Contexte: Second épisode qui amène Shapur à décider la destruction d'Amida. Un jeune prince de ses alliés est tué d'une flèche alors qu'il venait demander la reddition sans condition de la place.

Remarque: Utilisation de l'arbalète comme arme de guerre et non de chasse comme on le dit souvent? Non, il s'agit d'une erreur de traduction le terme employé est "Ballista" et non "Arcuballista".

102 (…)Au milieu d'eux, avec lenteur, s'avançait le train des éléphants; et, ainsi que je l'ai déjà dit, rien n'est plus fait pour inspirer la terreur que ces monstres à la peau rugueuse, citadelles mouvantes, et chargées d'hommes armés.(…) tout espoir de salut s'éteignit en nous. Chacun ne songea plus qu'à trouver une mort glorieuse, et, autant que possible, à en avancer le moment.
LIVRE 19, Chapitre 2

Contexte: Les perses organisent leurs troupes pour prendre d'assaut les remparts de la ville.

Remarque: En réalité, les éléphants pendant tout le siège se contenteront de faire de la figuration, mais l'animal en temps que tel a toujours terrorisé l'ennemi malgré une efficacité au combat très relative. Sa principale arme; c'est la peur qu'il inspire.

103 (…)Puis dès avant l'aurore, au bruit des trompettes, qui semblaient sonner l'heure dernière de la ville, le terrible investissement recommença. Au signal connu d'un javelot sanglant lancé en l'air par Grumbatès, qui remplit en cette occurrence le rôle de fécial, suivant la coutume de son pays et du nôtre, un grand bruit d'armes éclate soudain, et l'armée perse tout entière se précipite en tourbillons vers les murs. (…)
LIVRE 19, Chapitre 2

Contexte: Après une première attaque des perses uniquement à coup de projectiles pour tester la combativité des romains, le véritable signal du siège est donné par ce très ancien rite connu des Perses mais d'origine romaine. Le collège des féciaux déclarait officiellement la guerre à un pays étranger en lançant symboliquement un javelot sur le champs de Mars dont le fer avait été baigné dans le sang. Alors la guerre pouvait commencer. Grumbatès (père du jeune prince décédé) rejoue cette scène que tout bon romain comprend parfaitement: la bataille sera décisive.

Remarque: Pendant toute la première partie du siège les perses ne semblent pas rationaliser leur siège préférant se "précipiter" sans plus de précision d'Ammien Marcellin. Peut-être utilisent-ils uniquement dans un premier temps des échelles pour investir les remparts?

104 (…)Plus d'une tête, parmi les ennemis, fut brisée par les blocs de pierre partis de nos scorpions; plus d'un cadavre embarrassa le sol, percé d'outre en outre par nos flèches et nos javelots de rempart. Une foule de blessés se replia précipitamment sur ceux qui s'avançaient pour les soutenir.(…) Le jeu des machines de guerre qu'ils s'étaient procurées par le pillage de Singare fut encore fatal à plus d'un parmi nous. On ne quittait un moment les murs qu'à tour de rôle, et pour y revenir après avoir repris des forces.(…)
LIVRE 19, Chapitre 2.

Contexte: Assaut des perses repoussé par les romains.

Remarque: La variété des projectiles et l'efficacité de ceux-ci multiplié par l'effet de masse compact des armées qui se pressent contre les murs de la ville. On comprend bien pourquoi un nombre faible de défenseurs peuvent tenir la dragée haute à des assiégeants plus nombreux. Un siège n'est jamais chose aisée et il est toujours très coûteux en hommes.

105 (…)Un autre encore vivant, bien que hérissé de flèches, cherchait partout une main qui pût extraire les dards de ses plaies.(…)
LIVRE 19, Chapitre 2.

Contexte: Evocation d'un défenseur romain criblé de flèches.

Remarque: Ce soldat est blessé mais vivant. Criblé de flèches il résiste à ses blessures. Cela relativise l'efficacité des archers dans l'antiquité. Mais il est vrai qu'ici, les flèches des assaillants partent du bas vers le haut…

106 (…)On se battit ainsi jusqu'au soir, sans que la victoire inclinât d'aucun côté, et avec plus d'acharnement que d'ordre et de prudence; car les cris confondus de ceux qui tuaient et étaient tués communiquaient à tous cette exaltation fébrile où l'on ne songe plus à se garantir. (…)
LIVRE 19, Chapitre 2.

Contexte et remarque: la fureur des batailles empêche une organisation cohérente et maîtrisée de la défense.

107 (…)Tel, vivant encore, bien que percé d'outre en outre, voyait les gens de l'art lui refuser leurs soins, pour lui épargner d'inutiles souffrances. Tel, subissant l'extraction des flèches dont il était atteint, endurait mille morts pour une guérison douteuse.(…)
LIVRE 19, Chapitre 2.

Contexte: Ammien dresse le tableau du carnage après la trêve quotidienne (le soir).

Remarque: "Les gens de l'art" est la formulation qui désigne les médecins militaires. Les soldats peuvent apparemment survivre aux blessures par flèches…

108 (…)Ursicin ne cessait de l'exhorter à rassembler tous les vélites, et à intervenir par une marche rapide, en suivant le pied des monts. On pouvait espérer, avec une force aussi mobile, d'enlever les gardes avancées de l'ennemi, et de percer sur quelque point, par une attaque nocturne, les lignes qu'il formait autour des murs; sinon, de multiplier les surprises, pour faire au moins diversion aux travaux du siège et aux efforts des assiégeants.(…)
LIVRE 19, Chapitre 3.

Contexte et remarque: Ursicin tente de venir en aide aux assiégés. En vain, il lui est interdit d'intervenir. Il se contentera de communiquer avec Ammien Marcellin et les officiers de la garnison par courriers secrets.

109 (…)Cependant notre vigilant ennemi construisait des mantelets, entourait les murs de terrasses, élevait des tours bardées de fer par devant, et dont chacune était armée d'une baliste destinée à nettoyer les remparts; le tout pendant que ses frondeurs et ses archers nous accablaient sans interruption d'une grêle de projectiles plus légers.(…)
LIVRE 19, Chapitre 5.

Contexte et remarque: Seconde phase du siège d'Amida. Après les échecs répétés des différents assauts. Les perses procèdent à un plan plus élaboré.

110 (…)Il y avait dans la garnison, comme je l'ai déjà dit, deux légions récemment tirées de la Gaule(les légions Magnence et Décence)(…) C'étaient des hommes hardis et dispos, excellents pour tenir campagne, mais n'entendant rien à la défense d'une place, et même plus propres à en troubler les opérations qu'à les seconder. Incapables de manœuvrer une machine, de prendre part à l'exécution d'aucun ouvrage, ils ne savaient que s'exposer témérairement dans des sorties intempestives, dont ils revenaient chaque fois numériquement affaiblis, après s'être vaillamment battus, mais sans avoir contribué plus à la défense que l'homme qui, pour éteindre un incendie, y porterait, comme dit le proverbe, de l'eau dans le creux de sa main.(…)
LIVRE 19, Chapitre 5

Contexte: Les légions d'origine gauloise enragent de ne pas pouvoir être plus utiles.

Remarque: Ammien Marcellin va revenir sur l'exploit de ces légions qui comme il est dit plus haut ne sont pas expertes en défense de place fortes mais sont composées de troupiers et de fantassins de bataille rangée. Ammien qui est un romain traditionnel et bien que présent à Amida et certainement en contact avec ces troupes véhicule malgré tout le stéréotype classique que les romains construisent depuis toujours sur le gaulois: Un homme brave, bon combattant mais impulsif et parfois peu réfléchi… En ce IVe siècle bien romanisé et malgré un certain retour depuis le milieu du IIIe siècle de traits culturels celtiques, cette approche du romain envers le provincial est peut-être et surtout une marque de snobisme propre au milieu aristocratique.

111 (…)on choisit parmi les balistes cinq des plus transportables; on les dresse contre la tour, et les traits en partent avec une roideur qui souvent perce deux archers à la fois. La place fut bientôt nette, les uns tombant blessés à mort, les autres se précipitant saisis d'effroi au seul sifflement des machines, et se brisant les membres dans leur chute.(…)
LIVRE 19, Chapitre 5

Contexte: Shapur envoie en pleine nuit un commando d'archers royaux s'introduire incognito dans l'une des tours des remparts d'Amida. Au petit matin, et au signal de l'assaut, les archers perses devront faire diversion afin d'occuper les romains pendant que les envahisseurs attaquent.

Remarque: Pour déloger les archers ennemis, les romains utilisent des balistes rapidement transportables il s'agit de manubalista, un modèle compact à ne pas confondre avec les arbalètes.

112 (…)Les soldats gaulois, émus de ce spectacle de douleur, voulurent faire une sortie, menaçant leurs tribuns et leurs primipilaires de les tuer s'ils persistaient à les retenir. L'élan était généreux, mais l'instant mal choisi.(…) C'était un tourment pour leur orgueil de penser que, la ville succombant, ils périraient sous ses ruines, sans laisser le souvenir de quelque brillant fait d'armes; ou même que le siège pourrait être levé avant que leurs bras eussent rien fait pour soutenir le renom de la bravoure gauloise. Dans leurs fréquentes sorties cependant ils avaient contribué de leur mieux à détruire les ouvrages de l'ennemi, lui avaient tué nombre de travailleurs, et avaient, en prodiguant leur sang, fait du moins leurs preuves de courage.(…) On ne vit d'autre moyen que de leur permettre, à la condition d'un délai qu'ils n'acceptèrent pas sans murmure, de tomber sur les gardes avancées des Perses, qui n'étaient guère éloignées de la place que d'une portée de trait. On les autorisa même à se lancer au-delà, s'ils parvenaient à forcer ce premier obstacle; car il y avait lieu de croire, dans ce cas, qu'ils trouveraient à faire un carnage prodigieux.(…).
LIVRE 19, Chapitre 6.

Contexte: L'attaque des perses est une nouvelle fois repoussée. Lors d'un temps mort, les soldats gaulois voient la population de Ziata réduit à l'esclavage rejoindre le camp ennemi. Les prisonniers les plus faibles et ne pouvant être utiles se retrouvent les tendons et les jarrets sectionnés et abandonnés à leur triste sort. Les légions gauloises s'en offusquent et vont jusqu'à menacer leur supérieur pour intervenir enfin.

Remarque: Une fois de plus les hommes du rang peuvent faire fléchir leurs officiers (ici, personne n'irait leur reprocher…) Par ces fragments de texte, on peut aussi relever certains aspects de la psychologie des gaulois de l'époque. Du moins Ammien Marcellin met la réaction des gaulois sur le compte d'une particularité identitaire là ou il faudrait plutôt voir une atteinte à l'honneur du soldat qui impuissant ne peut rien faire pour venir en aide à la population captive. Sous cet angle et contrairement à l'idée reçue, il existe encore des attaches entre le civil et le militaire.

113 (…)Pendant ce temps, les Perses firent élever par leurs gens de pied deux hautes terrasses; procédant du reste avec beaucoup de lenteur à cette opération, qui leur assurait la prise de la ville. De leur côté, les nôtres construisaient, à grand renfort de bras, sur leurs murs, des échafauds qu'ils élevaient au niveau des terrasses, en tâchant de donner à ces constructions la solidité nécessaire pour résister à la charge énorme qu'elles auraient à supporter.
LIVRE 19, Chapitre 6.

Contexte et remarque: Les perses avancent inexorablement leurs travaux de siège. Les romains répondent en conséquence de la menace, mais on voit à quel point les défenseur sont conditionnés par les actes des assiégeants. Ils perdent l'initiative.

114 (…)Profitant d'une nuit épaisse et sans lune, ils sortirent par une poterne, armés de haches et d'épées, après avoir appelé la céleste assistance sur leur entreprise. Ils marchèrent d'abord, comptant leurs pas et retenant leur souffle; mais en approchant de l'ennemi, le peloton se serre; il accélère sa marche. On surprend quelques sentinelles, et un poste avancé dont on massacre les soldats, qui s'étaient endormis, ne s'attendant à rien moins qu'à une attaque si hardie. La colonne allait pénétrer jusqu'au quartier royal si le sort eût continué de lui être favorable;(…)
LIVRE 19, Chapitre 6

Contexte: Les deux légions Gauloises passent enfin à l'action dans un coup d'éclat qui va rester célèbre.

Remarque: Les Gaulois utilisent comme arme secondaire la hache, mais comme la suite des évènements va le montrer, ces soldats devaient être aussi équipés de boucliers. Remarquons une contradiction d'Ammien Marcellin qui décrivaient les Gaulois comme des impulsifs et qui vont se montrer dans cette action guerrière d'une méthodicité redoutable. Les techniques qu'ils emploient sont celles d'une armée extrêmement disciplinée, et il en faut de la discipline quand on pénètre dans un camp de 100 000 hommes.

115 (…)Cependant les Gaulois, aussi vaillants de cœur que robustes de corps, ne laissèrent pas de faire bonne contenance, abattant de leurs épées tout ce qui osait les affronter de près.(…) Ils commencèrent donc à faire retraite, mais sans qu'un seul d'entre eux tournât le visage. Ils reculaient pied à pied, marquant le pas comme en mesure. C'est ainsi qu'ils repassèrent le fossé du camp, essuyant charges sur charges, et assourdis par un effroyable bruit de clairons. Aussitôt les trompettes sonnent également du côté de la ville, et les portes s'ouvrent pour recueillir les nôtres s'ils avaient le bonheur d'arriver jusque-là. On faisait en même temps jouer à vide la détente de toutes les machines, pour écarter par le bruit les troupes du cordon, qui ignoraient encore le sort de leurs camarades, démasquer les portes, et livrer à nos braves gens le passage libre jusqu'à nos murs. (…)Les Gaulois purent rentrer au point du jour, les uns blessés grièvement, les autres n'ayant reçu que de légères atteintes. Mais cette nuit leur avait coûté quatre cents des leurs;(…) (l'Empereur) fit élever, sur la place principale d'Édesse, les statues tout armées des officiers qui avaient commandé le détachement. On les y voit encore aujourd'hui, parfaitement conservées.(…)
LIVRE 19, Chapitre 6.

Contexte: Les deux légions gauloises continuent leur sortie meurtrière mais à l'approche du quartier général du roi des rois Perse l'alerte est donnée et les gallo-romains se trouvent submergés par le nombre.

Remarque: Outre leur efficacité au combat, on a ici un exemple de retraite ordonnée portée par un incroyable sang-froid. Les Perses même surpris par l'attaque sont en surnombre et se reprennent rapidement. Loin de paniquer, les romains ne tournent pas les talons, ce qui aurait couru au massacre. Non, ils font face et reculent petit a petit "marquant le pas comme en mesure" ce qui procède indubitablement d'une méthode fortement travaillée. De leur coté les défenseurs pour couvrir la retraite de leurs frères d'armes font jouer à vide leurs machines de guerre. On retrouve souvent ce stratagème reprit plus tard par Julien dans sa campagne contre les Perses. J'ignore le nombre exacte des soldats des deux légions mais ils devaient être suffisamment nombreux pour tenir de la nuit au petit matin. Ammien nous fait penser que les 400 morts sont une lourde perte. Quoi qu'ils en soit ils seront considérés comme des héros puisque leur souvenir sera sauvegardé par des statues en armes de leur officiers. Ces même officiers qui rechignaient à l'action…

116 (…)Mais quand on fut à portée du jet de nos balistes, l'infanterie des Perses eut beau présenter le bouclier, aucun trait n'était perdu. Les rangs alors se relâchèrent.(…)
LIVRE 19, Chapitre 7.

Contexte: Les Perses plutôt furieux, attaquent derechef, mais cette fois à l'aide de tours d'assaut particulièrement destructrices.

Remarque: Evocation de la puissance de pénétration des balistes romaines.

117 (…)sur tous les points exposés aux projectiles de leurs tours, les assiégeants reprenaient l'avantage par leur position dominante, et nous faisaient un mal considérable. La nuit qui survint suspendit l'effusion du sang. Nous en employâmes la plus grande partie à trouver un expédient pour conjurer, s'il était possible, les effets terribles de cet appareil de destruction. Après y avoir longtemps réfléchi, nous nous arrêtâmes à un moyen dont notre célérité assura le succès: c'était de placer quatre scorpions en opposition aux balistes. Le transport de ces engins, et surtout leur mise en batterie, est d'une difficulté extrême.(…)
LIVRE 19, Chapitre 7.

Contexte: Les romains subissent de lourdes pertes provenant des tours d'assaut et de leurs machines à torsion.

Remarque: Comme le suggère Philippe Richardot, il semblerait qu'il s'opère au IVe siècle un glissement de sens concernant la définition du Scorpion et de la Baliste. Dans cette nouvelle terminologie le Scorpion indiquerait l'ancien Onagre du haut-Empire et la baliste, l'ancien scorpion. C'est difficile d'en être certain car les scorpions pouvaient aussi lancer de petits boulets et Ammien Marcellin emploie ces noms indifféremment, selon le contexte et le type de projectile…

118(…)d'énormes boulets de pierre, lancés coup sur coup des frondes de fer de nos scorpions, vinrent disloquer les compartiments, briser les jointures des tours, et précipiter du haut en bas les balistes, avec les hommes qui les servaient, et dont les uns furent écrasés sur place par la chute des machines, les autres par les débris des tours, qui s'écroulaient sur eux. Les éléphants, environnés de feux qu'on lançait de tous côtés des remparts, et dont ils sentaient déjà les atteintes, rebroussèrent chemin, malgré les efforts de leurs conducteurs. Cependant l'incendie même des ouvrages ne ralentit pas le combat; (…)

LIVRE 19, Chapitre 7.

Contexte: L'artillerie romaine réussit à mettre à bas les tours d'assaut des Perses. L'attaque est encore une fois repoussée.

Remarque: "Les frondes de fer de nos Scorpions"; c'est assez difficile à interpréter mais ce sont bien des boulets qui sont propulsés des machines. Dans cet extrait on peut remarquer la précision et la puissance de destruction de ces machines à torsions.

119 (…) L'attaque cette fois fut tentée au moyen des terrasses qu'il avait fait élever contre nos murs, et soutenue de notre côté avec une égale vigueur, du haut des échafaudages que nous aurions tenté de porter à leur niveau.(…) notre échafaudage, dès longtemps fatigué, s'écroula tout à coup comme par l'effet d'un tremblement de terre, comblant de ses débris l'intervalle qui séparait le mur de la terrasse, aussi complètement que si on les eût joints par un pont ou par une chaussée.(…) Cet accident ouvrit à l'ennemi un libre passage, et mit hors du combat un grand nombre des nôtres, écrasés ou mutilés par la chute de l'édifice.(…) Un flot d'ennemis déborde déjà dans la ville: plus d'espoir de fuir ou de se défendre. Combattant ou non, tout est massacré sans distinction de sexe ni d'âge, et comme on égorge de vils troupeaux.(…)
LIVRE 19, Chapitre 8.

Contexte et remarque: Le dernier acte du siège épique de la ville fortifiée d'Amida. C'est finalement un accident qui vient à bout de la résistance romaine.

120 (…)nous repartîmes sans délai. Cependant j'étais mal préparé, par mes habitudes d'existence aristocratique, à d'aussi grandes fatigues
LIVRE 19, Chapitre 8.

Contexte: Après les massacres, Ammien et quelques rescapés arrivent à fuir la cité investie d'Amida. Pendant des jours, ils auront à traverser le désert avec la menace omniprésente de se faire capturer. Ici, Ammien Marcellin accuse les efforts qu'il endure.

Remarque: Nous apprenons deux choses intéressantes. La première est qu'Ammien Marcellin faisait parti de "l'aristocratie" de l'époque. Laquelle s'agit-il? Peut-être l'ancienne oligarchie traditionnelle issue des ornements consulaires et gros propriétaires terriens. Une aristocratie politique? Ses faveurs pour Julien pourrait le confirmer, en tout cas il existe encore, même minoritaire, des "aristocrates" romains dans la carrière militaire et ce malgré la barbarisation massive des élites de ce pilier de l'état. En second, et d'après sa remarque sur son endurance physique, il devait manifestement exister un traitement de faveur pour les officiers des Protectores, peut-être habitués a un confort plus marqué que celui, précaire du simple soldat.

121 (…)De tout le linge de nos vêtements, découpé en lanières, nous façonnâmes un long cordon, à l'extrémité duquel fut attachée la calotte que l'un de nous portait sous son casque. Nous atteignîmes l'eau par ce moyen,(…)
LIVRE 19, Chapitre 8.

Contexte: A la suite du vol d'un cheval à un ennemi (qui semble ne profiter qu'à la personne de l'auteur…) Les quelques fuyards trouvent une oasis et un vieux puit. Il se débrouillent alors pour atteindre l'eau.

Remarque: Les survivants ont donc utilisé un bonnet Pannonien en guise de seau. N'oublions pas que le pilleus pannenonicus, coiffe caractéristique du soldat de l'époque n'est pas seulement un simple bonnet mais aussi une calotte servant à caler n'importe quel casque sur la tête de son propriétaire. Beaucoup plus économique et rapide qu'un rembourrage et autre doublure personnalisée. D'ailleurs le pilleus est déjà utilisé sous le haut-empire mais il est d'une forme différente. Avec la montée des Illyriens dans l'armée romaine seule la mode à changée; la fonction, elle, demeure.

122 (…)la glace du fleuve, résistant aux premières influences du printemps, ne permettait que difficilement à nos troupes de tenir campagne. Constance commença par députer aux Limigantes deux tribuns accompagnés chacun d'un interprète, pour leur demander sans aigreur à quel propos ces courses vagabondes, et cette violation du territoire au mépris des traités, au mépris d'une paix implorée et jurée. (…)
LIVRE 19, Chapitre 11.

Contexte: Nous quittons l'Orient pour la Pannonie où Constance est obligé de retourner (en Valérie pour être plus précis) après avoir été informé que les Sarmates Limigantes ne respectaient pas le traité de paix imposé récemment. Constance cherche alors à savoir ce qui se passe.

Remarque: La difficulté évoquée pour les légions d'une campagne dans les contrées glacées. La fonction d'Ambassadeur que les tribuns assument souvent avec les belligérants en cas de conflit imminent. Enfin, cette habitude systématique qu'ont les barbares à rompre les traités à peine signés avec Rome (la parole du barbare ne vaut pas grand chose…).

123 (…)Constance campa près d'Acimincum, et y fit élever un tertre en forme de tribunal. Un certain nombre de barques, montées d'hommes armés à la légère, dut se tenir en observation aussi près que possible du rivage, afin de prendre à dos les barbares, à la moindre démonstration hostile.(…)
LIVRE 19, Chapitre 11.

Contexte: Finalement, Constance se décide pour une allocution pacifique espèrent convaincre une fois de plus ce peuple au calme et à la paix. Toutefois il est prudent et les patrouilles équipées "à la légère" sont nombreuses tandis qu'il monte sa tribune.

Remarque: Les patrouilles d'observations sont manifestement des missions qui ne nécessite pas le porte de la cuirasse complète.

124 (…)L'empereur méditait l'allocution la plus adoucie; et se préparait à les traiter en hommes qui se repentent, quand l'un d'eux tout à coup lance avec fureur sa chaussure contre le tribunal, en vociférant le mot "Marha, Marha", qui est leur cri de guerre. Toute la multitude, à ce signal, redresse ses enseignes, et se précipite vers le prince avec des hurlements de bêtes féroces.(…) Le bruit aussitôt se répand que l'empereur a failli périr, et que sa vie est encore menacée. L'ardeur du soldat, qui ne le savait pas hors de danger, s'exalte à l'idée de sauver son prince. Il pousse des cris de rage, et, à peine armé (car on était pris à l'improviste), fond sur l'ennemi, qui se bat en désespéré.(…)
LIVRE 19, Chapitre 11.

Contexte: Les Limigantes sont invités à écouter le discours de l'Empereur quand ceux-ci profitent de l'occasion pour attaquer par surprise. Cette fois-ci il faillit être renversé par l'attaque des Sarmates. Sa garde personnelle, trop peu nombreuse est mise à mal et c'est les renforts du contingent qui à la hâte sauve la situation.

Remarque: Il se produit presque le même scénario que la première fois. Sauf que ce coup-ci aurait pu être fatal à Constance II. Dans la bataille qui suivie, la garde des scutaires de l'empereur ne résiste pas à la déferlante.

125 (…)Le coup le plus sensible pour nous fut la mort du tribun des scutaires Cella, qui s'était, dès le commencement de l'action, jeté au milieu des Sarmates.(…)
LIVRE 19, Chapitre 11

Contexte et remarque: Les Scutaires apparaissent régulièrement parmi les Scholae palatinae comme une garde d'élite assurant la sécurité de l'empereur. Les officiers contrairement à l'idée reçue (professionnalisme des sous-officiers; dilettantisme des officiers supérieurs) payent régulièrement de leur personne. Ici, ce Tribun perd la vie en première ligne des combats marque de courage autant que preuve de l'urgence de la situation.

126 (…) Il (Constance II)revint ensuite à Sirmium, d'où il se rendit à Constantinople (…)Placé là presque au seuil de l'Orient, il se trouvait à portée de remédier au désastre d'Amida et de recruter son armée, pour opposer enfin une force égale aux armements du roi de Perse(…)
LIVRE 19, chapitre 11.

Contexte: Cet extrait marque la fin des épisodes guerriers des années 358, 359 Ap.J.C.

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 Sujet du message: Re: Les références militaires dans l'oeuvre d'Ammien Marcellin.
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LIVRE 20.

127 (…)Lupicin était bon soldat et capitaine consommé, mais de ces gens au sourcil dressé, au verbe haut, à l'accent péremptoire; et l'on n'aurait su dire ce qui dominait chez lui, de la dureté de cœur ou de l'amour du gain. Il partit au fort de l'hiver, avec le corps des vélites, composé d'Hérules et de Bataves, deux légions de Mésie, et se rendit à Boulogne.
LIVRE 20, Chapitre 1

Contexte: Ces troubles surviennent dans la province de Britannia où les Pictes rompent leurs traités. Julien craint que si il venait en personne à quitter le continent pour réprimer les "Ecossais" les Alamans en profiterait pour menacer à nouveau les frontière du Rhin. Il envoit donc à sa place un de ses haut-officiers.

Remarque: Ce passage est intéressant pour le portrait qui est fait de cet officier. En effet, celui-ci porte les traits typique du militaire aristocrate imbu de sa condition bien loin de ces officiers méritant mais d'origine germanique romanisés depuis peu. Au contraire, ce personnage comme l'auteur lui-même, est peut-être un de ces représentants romains de vieille souche qui composent encore quelque peu l'Etat major de l'armée romaine du IVe siècle.

128 Il (Constance II) dépouilla le très calomnié Ursicin de sa charge, et, par une promotion vraiment inouïe, lui donna pour successeur Agilon, qui n'était que tribun des scutaires (…)
LIVRE 20, Chapitre 2

Contexte: Ursicin, le supérieur direct d'Ammien est déchu de son commandement en Mésopotamie après l'échec de sa défense stratégique contre l'invasion Perse.

Remarque: Encore une fois on peut voir ici que passer par le commandement des Scholes palatines et a fortiori des scutaires, permet l'obtention d'un poste plus important même si ici il apparaît comme peu commun qu'un tribun des scutaires devienne comes d'Orient. Ainsi les Scholes palatines comme le corps des Protectores apparaît comme une pépinière à officiers d'élite…

129 (…) par le conseil, dit-on, du préfet Florence, il envoya en Gaule Décence, tribun des notaires, avec mission de tirer de l'armée de Julien toutes les troupes auxiliaires, composées d'Hérules, de Bataves, de Pétulants et de Celtes; de réunir trois cents hommes choisis dans les autres corps, et de diriger le tout sur l'Orient.(…)
LIVRE 20, Chapitre 4.

Contexte: Constance II reprend personnellement les rênes des opérations en Orient et demande à Julien des renforts important pour sa campagne de reconquête de la Mésopotamie romaine.

Remarque: Au-delà des manigances orchestrées pour affaiblir Julien, on notera que les Hérules, les Bataves, les Pétulants et les Celtes sont des auxiliaires Palatin du Comitatus et qu'ils sont considérés comme des unités grande valeur.

130 (…)Il (Julien) ne put cependant s'empêcher de protester contre tout emploi de contrainte à l'égard des soldats natifs d'outre-Rhin, qui, venant lui offrir leurs bras, avaient stipulé qu'on ne les ferait jamais servir au-delà des Alpes. C'était, disait-il, une clause toujours insérée par les barbares dans leurs engagements volontaires; y porter atteinte était compromettre cette voie de recrutement pour l'avenir.
LIVRE 20, Chapitre 4.

Contexte: Les soldats concernés par le départ en Orient commencent à gronder et Julien tente de les protéger contre toute atteinte de Constance II si les hommes venaient à désobéir aux ordres.

Remarque: La mention de "natifs d'outre-Rhin" vient bien confirmer la forte proportion de recrues d'origines barbares dans les légions dites des Hérules, des Bataves, des Pétulants et des Celtes.

131 un pamphlet fut jeté au pied des enseignes des Pétulants. Entre autres excitations il contenait ce qui suit: "On nous relègue aux extrémités du monde, comme des proscrits, des malfaiteurs; et nos familles, que nous avons, au prix de tant de sang, arrachées à la servitude, vont retomber sous le joug des Alamans."
LIVRE 20, Chapitre 4.

Contexte: Dans les armées, la révolte gronde et il n'est pas question de quitter la Gaule.

Remarque: D'abord, l'aspect extrêmement organisé et civilisé de l'action contestataire qu'on pourrait presque, par la distribution du pamphlet, rapproché d'un mouvement syndical moderne… Typique de l'armée romaine, cette liberté de ton, cette propension aux discours et à la concertation. Enfin, nous voyons aussi ici un nouvel exemple de l'effet pervers de la provincialisation du recrutement des troupes, peu enclin comme ce fut le cas dans le temps aux voyages et aux grandes expéditions.

132 À l'entrée des troupes dans le faubourg, le prince alla au-devant, selon sa coutume. Il adressa la parole à tous ceux qui lui étaient connus, les loua individuellement de leurs bons services, et les engagea tous à se féliciter de rejoindre le drapeau de l'empereur: "Là, disait-il, ainsi que la générosité, la puissance était illimitée; là les attendaient enfin des récompenses dignes d'eux."
LIVRE 20, Chapitre 4

Contexte: Le césar Julien intervient afin de calmer les esprits …

Remarque: Juste pour signaler cette constante chez Julien: le reproche continuel qu'il se fait de ne pouvoir rétribuer les soldats comme ils le mériteraient. C'est aussi un trait typique de son caractère…

133 César se vit enfin forcé de souscrire à leur exigence. Élevé sur le bouclier d'un fantassin, il fut salué Auguste tout d'une voix. On voulut ensuite qu'il ceignît le diadème; et comme il déclara n'avoir jamais eu d'ornement semblable en sa possession, (…)Alors un certain Maurus; promu depuis à la dignité de comte, qu'il soutint assez mal au pas de Sucques, mais qui n'était alors que simple hastaire dans lés Pétulants, détacha le collier qui le distinguait comme porte-dragon, et le mit audacieusement sur la tête de Julien.(…)
LIVRE 20, Chapitre 4

Contexte: Pressé et sollicité par les soldats mi enthousiastes mi menaçant de ses plus fidèles légions, Julien se voit propulsé à l'augustat et accepte un peu à contre cœur la charge que le destin lui confie…

Remarque: C'est le célèbre passage de la nomination folklorique de Julien à l'augustat. Cet extrait est très riche d'enseignement. D'abord, Contrairement à ce qui est souvent dit l'élévation sur le bouclier est une tradition barbare et non gauloise. Cette tradition de l'élection du chef est d'origine franc comme on le verra à la mort de Childéric et la passation de pouvoir de son fils Clovis. Que ce rite soit mit à l'œuvre aussi naturellement par les soldats de l'armée de Julien ne peut s'expliquer que par la présence d'un fort contingent de recrues germaniques dans cette armée. Rappelons en effet que Julien entretient d'excellents rapports avec les Francs qui sont déjà présent dans l'état major d'Occident depuis longtemps. Cette nomination qui n'a donc rien de romaine est acceptée de tous et ne choque personne. Autre élément qui relève de l'insolite; L'origine du diadème impérial. On a déjà vu que les attributs de la dignité impériale s'exprimait avant tout par le port du manteau de pourpre, de l'or quand cela est possible, et du diadème qui est l'évolution progressive au fil des siècles des lauriers du triomphe des premiers siècles, de la couronne radiée du IIIe siècle et enfin du diadème impérial du IVe. La tradition persistera dans les royaumes barbares par le port de la simple couronne cerclée… Ici, point de diadème. Il est important que Julien ait l'air d'un Auguste puisqu'il l'est à présent de fait, ce qui relève encore une fois le caractère spontané de l'affaire. Ainsi un "torque" est déposé sur le front de Julien. Mais pas n'importe quel torque puisqu'il s'agit de l'ornement hiérarchique qui désigne comme grade le draconnaire. Un collier rigide plus qu'un torque traditionnel suffisamment grand pour reposer sur la tête d'un homme semblable sans doute aux colliers que portent les Protectores de Théodose. Encore une fois on a fait dire que les Pétulants étaient d'origine gauloise. Rien n'est moins sûr. Il est plus raisonnable de penser à une mixité des origines au sein des corps de troupes entre recrues provinciales et germaniques… Formulation étrange d'Ammien Marcellin: Comment un simple hastaire peut-être également Porte Dragon?

134 (…) un décurion du palais, poste qui donne une certaine considération, se met à parcourir précipitamment les quartiers des Pétulants et des Celtes, en criant à tue-tête qu'un horrible forfait vient d'être commis. Celui que leur choix, la veille, a proclamé empereur, un assassin l'a frappé dans l'ombre. (…)L'effroi s'empare des sentinelles, des tribuns de la garde et du comte Excubitor, qui en avait le commandement suprême. Connaissant de longue main l'esprit révolutionnaire des soldats, les officiers supposent un coup monté, et chacun s'enfuit de son côté pour sauver sa vie. (…)
LIVRE 20, Chapitre 4.

Contexte: Comme souvent lors d'un coup d'état, le trouble et l'anarchie s'immiscent avec son lots d'informations contradictoires: signe de la faiblesse d'un pouvoir jeune et non encore établi. Là, il ne s'agira que d'un contre temps qui ne prêtera pas à conséquence mais démontre plutôt l'inquiétude et l'amour que les soldats portent à Julien.

Remarque: "Un décurion du Palais"… Il s'agit certainement ici d'un des Décurions des 30 Silentaires s'occupant de l'étiquette de cour. Ce sont des sortes de major d'hommes chargés des domestiques du palais. Les Pétulants et les Celtes semblent bien être les vrais moteurs de l'élection de Julien à l'Augustat. On trouve des Tribuns absolument pour tout, comme ici les Tribuns de la garde. Même réflexion pour les différents Comes (comtes), qui se multiplient avec le temps et dont les compétences sont parfois très larges. Une constatation pour une fois claire: Le Comes est supérieur hiérarchiquement au Tribun. Enfin nous voyons la crainte malheureusement courante à cette époque des légionnaires en colère que les officiers ne préfèrent pas provoquer par une mise au pas qui ne serait être tolérée…

135 (…)il (Julien) monta sur son tribunal décoré d'aigles et d'étendards, et environné de tous côtés de cohortes bien armées. (…)
Livre 20, Chapitre 5.

Contexte et remarque: Le lendemain de son avènement, Julien fait un discours au troupes réunies dans les formes qui sied le mieux à sa dignité

136 (…)il (Julien) prononça ces paroles, simples autant qu'animées: "(…)Là, courant moi-même au travers d'une grêle de traits, je vous ai vus tour à tour résister comme des rocs, avec ce courage affermi par tant d'épreuves; puis vous précipiter comme un torrent, déborder, surmonter les masses ennemies qui mordaient la poussière à vos pieds, ou s'abîmaient sous les flots; noble succès acheté par le sang de bien peu des nôtres, dont le trépas dut être plus glorifié que pleuré. (…) je décrète, sous la sanction de cette glorieuse assemblée, que, pour toute promotion dans l'ordre civil ou militaire, il ne sera fait acception d'autre titre que le mérite personnel, et qu'une recommandation sera regardée comme un déshonneur pour quiconque aurait employé ce moyen."Les simples soldats, qui se voyaient depuis longtemps exclus des grades et des récompenses, saluèrent cette déclaration de principes d'un retentissement approbateur de leurs piques sur leurs boucliers.
LIVRE 20, Chapitre 5.

Contexte: Discours de Julien aux Légions (le discours à été ici consciemment tronqué…)

Remarque: Dans ce discours sommes toute classique quant a solliciter la fidélité des troupes, Julien dévoile déjà un des aspects les plus important de sa politique: l'absence de favoritisme. Les recommandations n'auront plus court et le mérite personnel revient à l'honneur dans sa pratique. Nous verrons qu'il y aura toutefois des dérogations mais rien de comparable au règne de Constance II. Julien applique ici ses vertus modératrices issues directement de l'antique enseignement de la Paideia. Cette mesure immédiate est saluée par les hommes par le bruit des piques sur le bouclier… C'est jusqu'à maintenant l'inverse de ce que nous avons déjà lu sur de telles manifestations…

137 (…)Cette place (Singare) était bien gardée, et, dans l'opinion de l'autorité, abondamment pourvue de tous les moyens matériels de défense. La garnison, d'aussi loin qu'elle aperçut l'ennemi, ferma les portes, occupa résolument les remparts et les tours, les garnit de machines de guerre et de projectiles, et, tous les apprêts terminés, se tint sous les armes, prêts à repousser tout ce monde d'assaillants dès qu'il tenterait l'approche de ces murailles. (…) Ceux-ci apportant des échelles, ceux-là dressant des machines, le plus grand nombre poussant devant eux des mantelets formés de claies d'osier, tâchent de s'ouvrir un chemin jusqu'aux murs, afin de les saper par le pied. De leur côté, les assiégés, intrépides sur leurs remparts, accablent de pierres et de traits de toute espèce ceux des assaillants qui se montrent les plus acharnés. (…)
LIVRE 20, Chapitre 6.

Contexte et remarque: Nous retournons cette fois en Mésopotamie où Les Perses fort de leurs succès précédent continuent de pousser leur avantage en Orient et font le siège de la place forte de Singare. Rien à signaler de plus sur les techniques de siège des Perses ni sur les moyen de défense des assiégés. Nous verrons plus tard, les différences apparentes entre les techniques de siège des Perses et celles des Romains…

138 les Perses font avancer un bélier d'une force extraordinaire, et en battent à coups redoublés une tour de forme ronde. C'est par ce même moyen qu'ils étaient parvenus à ouvrir la brèche au siège précédent. Tous les efforts alors se concentrent sur ce point, et l'on s'y bat avec fureur. Les brandons, les traits incendiaires pleuvent de toutes parts, indépendamment d'une grêle incessante de flèches et de boulets sur l'instrument destructeur, qui n'en poursuit pas moins son oeuvre en dépit de tout cet orage. Sa pointe acérée perce le ciment encore frais, et par là moins capable de résistance, de la maçonnerie de la tour; et l'édifice, au moment où il est le plus vivement disputé par le fer et par le feu, tout à coup s'écroule, et livre passage dans la ville (…)
LIVRE 20, Chapitre 6.

Contexte et remarque: Suite de la prise de Singare, Notons la forme ronde des tours composant les fortifications typique de l'époque. Deux formes architecturales dominent; La forme ronde et la forme en "U" externe aux remparts et couvrant chaque angle de vue. Plus promptes à amortir les impacts des armes de siège, elle diffèrent par leur fonction avec les tours carrés du haut-empire interne aux remparts et servant plus de point d'observation…

139 La garnison, composée de deux légions, la première Flavienne et la première Parthique, d'un corps nombreux d'indigènes, et d'un détachement de cavalerie que l'apparition soudaine des Perses avait forcé de se renfermer dans la ville, fut emmenée, les mains liées derrière le dos, sans que, de notre côté, on essayât de la délivrer.
LIVRE 20, Chapitre 6.

Contexte et Remarque: Fin de la prise de Singare… Soulignons ici la persistance des anciennes légions dans le dispositif défensif d'Orient. Le nom Flavien peut aussi correspondre à une création datant de l'époque de Constantin, initiateur de la seconde dynastie flavienne.

140 La garnison se composait de trois légions. La seconde Flavienne, la seconde Arménienne, et la seconde Parthique, avec un corps nombreux d'archers zabdicènes; car c'est sur le territoire de cette nation, alors soumise à l'empire, qu'on a fondé la ville municipale de Bézabde.
LIVRE 20, Chapitre 7.

Contexte et remarque: Après Singare, C'est à la ville fortifiée de Bézabde d'être assailli par les Perses bien qu'ils évitèrent encore une fois de trop s'approcher de Nisibe… On voit ici encore l'existence des anciennes légions…

141 Un grand nombre de Parthes furent blessés en portant des échelles, ou derrière leurs mantelets qui les obligeaient d'avancer en aveugles.(…)
LIVRE 20, Chapitre 7.

Contexte et remarque: Premier assaut des remparts à l'aide d'échelles et de mantelets.

142 Un bruit que, pour ma part, je crois sans fondement, bien qu'il ait eu plus d'un écho, accuse l'évêque d'avoir secrètement révélé à Sapor quels côtés de la place présentaient à l'intérieur moins de défense, et à l'attaque plus de chances de succès. Ce qui donna consistance à ce propos, c'est que de ce moment, et avec un air de triomphe, les ennemis dirigèrent tout l'effort de leurs machines contre les endroits faibles, avec l'intelligence et le discernement de gens sûrs de leur fait. (…)
LIVRE 20, Chapitre 7.

Contexte et remarque: Ce passage n'a pas d'intérêt militaire particulier mais souligne le parti pris ouvertement païen d'Ammien Marcellin. Cette façon de ne pas prêter foi à la rumeur est aussi une manière subtile de la véhiculer.

143 (…) la muraille, et la peine infinie qu'éprouvaient les Perses à se servir du bélier, sous une grêle de flèches et de pierres lancées à la main, les balistes et les scorpions ne cessaient de les accabler d'énormes javelots et de quartiers de rocs. On leur envoyait aussi des paniers remplis de poix ardente et de bitume, dont le liquide enflammé, coulant le long des machines de guerre, les attachait au sol comme si elles eussent pris racine; tandis que des milliers de torches et de brandons jetés du haut des murs achevaient de les consumer. (…)
LIVRE 20, Chapitre 7.

Contexte et remarque: Suite des péripéties du siège de Bézabdé. Rien de plus a relever. Il s'agit de l'éventail classique des moyens employés par les deux camps pour se contrecarrer mutuellement…

144 Mais déjà paralysés par la chute des blocs de pierre et par une pluie de matières inflammables, les béliers ne pouvaient plus se mouvoir lorsqu'un de ces formidables engins, plus fortement construit que les autres, et qu'un revêtement de cuir frais mettait à l'épreuve des traits et des flammes, parvint, après des efforts incroyables, à se pousser en avant et à s'établir au pied du mur. Son action puissante eut bientôt entrouvert les flancs d'une tour qui finit par s'écrouler avec un fracas horrible, entraînant, précipitant, ensevelissant sous ses ruines tous ses défenseurs. Sa chute ouvrait une voie facile à l'escalade: l'ennemi s'y porte en foule. Aussitôt de sauvages hurlements retentissent dans la ville envahie; une mêlée furieuse s'engage dans les rues; on se joint corps à corps, on s'égorge sans pitié.
LIVRE 20, Chapitre 7.

Contexte: Chute de Bézabdé.

Remarque: Il arrive parfois que des machines de siège d'une qualité remarquable ne soit pas construis sur place comme c'est de coutume mais amené sur le terrain des opérations en pièce détaché et remonté pour l'occasion. Perses comme Romain pratiquent ce "recyclage" technique…

145 De là poursuivant sa marche, dans la confiante présomption de tout soumettre devant lui, il enleva, chemin faisant, un certain nombre de bicoques, et vint mettre le siège devant Virta, forteresse de très ancienne origine, puisque la tradition lui donne pour fondateur Alexandre de Macédoine. Cette place, située sur l'extrême frontière de la Mésopotamie, et pourvue de fortifications à angles saillants et rentrants, était d'ailleurs munie de toutes choses nécessaires pour la rendre imprenable. Sapor épuisa près de la garnison les plus séduisantes promesses et les menaces les plus terribles. Il fit mine de l'attaquer par des terrassements, de la battre par des machines; mais, en définitive, il se vit contraint à la retraite, sans même avoir fait autant de mal qu'il en avait reçu.
LIVRE 20, Chapitre 7

Contexte: le roi des rois Perse continu sa conquête méthodique de l'Orient romain avec succès mais il butte sur la forteresse de Virta qu'il ne parvint pas à prendre.

Remarque: Noter l'architecture à angle saillant et rentrant de la forteresse qu'Ammien fait remonter à la conquête d'Alexandre le Grand. On peut parfois se poser la question de la qualité réelle des fortifications des villes et places prise par Shapur II…

146 Julien ne doutait pas cependant que déjà Constance ne fût instruit de tout, et par le rapport des officiers de la chambre, qui venaient de quitter les Gaules après lui avoir fait les remises ordinaires sur les tributs, et par celui de Décence qui les avait devancés.
LIVRE 20, Chapitre 8.

Contexte De retour du coté de Julien, celui-ci s'inquiète des fuites probables de son "usurpation". En effet, nombre de gens de sa cour sont encore fidèle à Constance II. Si Julien commande à la fidélité des troupes et de l'état major, les haut-fonctionnaires lui sont à quelques exceptions près (Sallustius Secondus…) assez hostile…

Remarque: Les officiers de la chambre; le Cubiculum? Quels sont leurs fonctions? Font-ils partis des silentaires sous autorité du primicier de la chambre où sont-ils des gardes, militaires à part entière?

147 Voici en peu de mots comme je comprends nos obligations réciproques. Je vous fournirai des chevaux de trait d'Espagne, et des contingents formés tant de jeunes Lètes, peuplade en deçà du Rhin, que de volontaires de l'autre rive, propres les uns et les autres à recruter les corps des scutaires et des gentils. J'en prends l'engagement à vie, et le remplirai avec plaisir, avec bonheur. De votre côté, votre sollicitude pour moi me désignera pour préfets du prétoire des hommes de probité et de talent. Quant aux autres magistrats civils et aux chefs militaires, il convient de m'en laisser le choix, ainsi que celui de mes gardes. Il serait vraiment absurde à un prince de confier, pouvant faire autrement, sa personne à tel dont les dispositions et la moralité lui seraient inconnues.
LIVRE 20, Chapitre 8

Contexte: Julien dans une lettre adressée à son Oncle, tente de convaincre Constance II de la bonne foi de ses intentions (Julien pensait un peu naïvement, où du moins nous le laisse croire qu'il pourrait gouverner l'Occident en second Auguste à la manière des anciens tétrarques…) Dans cet extrait, il donne des garantis qui ne seront évidemment pas suffisantes aux yeux de Constance et demande un échange de bons procédés.

Remarque: Nous avons ici la preuve explicite que les Scholes Palatines se recrutent essentiellement chez les peuples germaniques, de volontaires et des fameux Lètes; recrues engagées dans l'armée romaine aux sein des peuples fédérés de l'intérieur de l'Empire. Attention, il y a une nuance quand aux troupes fédérés (qui sont les mêmes) venant combattre pour Rome mais sous leurs propres enseignes et commandés par leurs rois, état de fait qui se généralise principalement à l'extrême fin du IVe siècle et surtout aux Ve siècle. Par ailleurs, nous voyons aussi que Julien se plaint de la fidélité relative de certains éléments de son entourage et de sa volonté de nommer lui même ses hommes de confiance.

148 Là il (Constance II) fit une station prolongée pour attendre les renforts de troupes et les convois de vivres qui lui arrivaient de tous côtés, et n'en sortit qu'après l'équinoxe d'automne, pour se rendre à Amida.
LIVRE 20, Chapitre 11.

Contexte: Enfin! Après de longs préparatifs, Constance II est en mesure d'opérer une contre-attaque en Orient et démarre sa reconquête par la place forte la plus emblématique: Amida.

149 "Et voilà comme nos villes sont défendues par ceux que l'État s'épuise à ne laisser manquer de rien!"
LIVRE 20, Chapitre 11

Contexte et remarque: Anecdote amusante… et il y en aura plus d'une dans cette reconquête révélant des traits de caractères et des comportements atypiques haut en couleur propres aux soldats romains… Ici, il s'agit d'une remarque maladroite d'un officier de la garde du trésor accompagnant Constance. A la vue des ruines d'Amida complètement dévastée, l'officier fustige les hommes qui ont défendu la place. Pour nous, nous pouvons relever l'allusion à l'annone militaire et à l'entretien des troupes. Pour les soldats de l'époque qui ont entendu la critique plutôt malvenue, l'officier à sali la mémoire des légionnaires morts en défendant la ville et plus tard, à la suite de troubles, le même homme sera assassiné…

150 D'Amida, l'armée se porta en colonnes serrées sur Bézabde, et y campa en se retranchant d'un fossé et d'une palissade.(…)
LIVRE 20, chapitre 11

Contexte et remarque: Après avoir réinvesti les ruine d'Amida, l'armée se dirige vers l'autre grande place forte prise par Shâpur. Cette fois, la ville est défendue et le siège s'installe. Remarquons, et cela n'est pas la première fois la construction du camp de campagne classique selon le triptyque ancien: fossé-vallum-pallissade.

151 Alors l'armée serre ses rangs, et, s'ébranlant au son guerrier des trompettes, aborde vigoureusement la place de tous côtés à la fois. Les légions se divisent en plusieurs corps, qui forment la tortue de tous leurs boucliers unis (legionibus in testudines), et tentent sous cet abri de saper le pied des murs.(…) Tout le circuit des remparts était tendu de cilices qui cachaient les assiégés à notre vue; mais ils n'hésitaient pas, quand il le fallait, à sortir de derrière ce rideau pour jouer des bras, et nous accabler d'une grêle de pierres et de traits. Ils laissaient nos mantelets s'approcher avec confiance du pied des murs; mais, dès qu'ils y touchaient, des tonneaux remplis de terre, des meules de moulins, des fragments de colonnes, se ruaient d'en haut, brisaient ces abris factices, et forçaient ceux qui s'en étaient protégés à se disperser à tout risque. Le siège durait depuis dix jours, et la confiance que continuaient à montrer les nôtres commençait à alarmer les assiégés, lorsqu'on s'avisa de mettre en batterie un bélier monstrueux, qui jadis avait procuré aux Perses la prise d'Antioche, et qu'ils avaient ensuite laissé derrière eux à Carrhes.(…)
LIVRE 20, Chapitre 11

Contexte: Après le petit tour de piste classique du général en chef (ici Constance II) autour des remparts de la place. La diplomatie et son cortège de promesses. Les assiégés coupent court aux négociations et la tentative d'investissement démarre…

Remarque: On peut voir à l'occasion de ce siège des différences notables entre le siège à la perse et le siège à la romaine. Bien que les techniques employés soient rigoureusement les mêmes, les Perses préfèrent procéder par étapes. On le voit dans les nombreux exemples ci-dessus; Les Perses organisent leurs assauts de façon progressive et par degrés. D'abord un assaut avec des échelles et un travail de sape rudimentaire effectués par les hommes. Ensuite si cela ne suffit pas, il intervient les mantelets et les galeries. A la suite de cela le harcèlement s'intensifie par les balistes, catapultes et autres scorpions le temps de monter les terrasses et les tours d'assaut. Les charges se multiplient à l'aide bélier jusqu'à la chute des remparts. Ce siège par étape, les romains ne le pratique apparemment pas et constituent directement des chantier séparés aptes à 'intervenir dans le même temps. Meilleur organisation ou souci de promptitude pour s'assurer plus rapidement la victoire. Les romains semble mettre tout en œuvre dès le départ. Dans notre extrait, les soldats font la tortue et commencent le travail de sape en parallèle des mantelets. On le verra par la suite, les terrasses sont déjà en construction quand le bélier spécial est utilisé pour la première fois. Ammien nous donne une marque temporelle 10 jours… C'est beaucoup moins que les Perses au siège d'Amida si vous comparez avec les extraits déjà cités où Ammien donne là aussi des chiffres.

152 (…)Tandis que les assiégeants s'évertuaient de tous leurs moyens à rajuster les pièces de ce vieux bélier, qu'on avait démonté pour la commodité du transport; que tous leurs efforts étaient tendus à en protéger l'approche, les balistes et les frondes de la ville ne cessaient leurs volées de pierres, qui, de droite ou de gauche, atteignaient nos ouvriers (…)Nos terrasses cependant faisaient des progrès rapides, et les opérations de jour en jour se poussaient avec plus de vigueur.
LIVRE 20, Chapitre 11

Contexte: Suite des opérations au siège romain de Bézabde…

Remarque: En parallèle du chantier de construction du vieux Bélier importé pour l'occasion, les romains on déjà débuté la mise en place des terrasses selon un plan simultané différent du plan par étape des Perses.

153 (…) Combattant sous les yeux de leur empereur, quelques-uns allaient jusqu'à désarmer leur tête du casque pour être plus sûrement reconnus, et devenaient ainsi des points de mire pour les flèches des Perses.(…)
LIVRE 20, Chapitre 11

Contexte: Anecdote révélatrice de la mentalité du guerrier.

Remarque: De tout temps nous voyons cela: des bêtes de guerres fières et m'as-tu-vu multipliant les exploits pour la gloire. Les romains ont les leurs qui voient un point d'honneur à ce que leurs camarades saches, et à fortiori leur empereur qu'ils sont ceux qui accomplissent les tours de forces. Question de prestige ou d'honneur, ce schéma mental est caractéristique du soldat de carrière qui sait jusqu'où aller trop loin et cela en dépit du danger. Le bénéfice secondaire de cette prise de risque un peu gratuite est évidemment la grande assurance et la confiance en soit que non seulement le soldat en retire mais aussi l'effet de contagion que cela peut produire à toute l'armée qui se voit aussi sans peur et conquérante (finalement c'est une attitude qu'on peut encourager… il faudrait le faire en reconstit…)

154 (…) Cependant les Perses voyaient nos terrasses s'élever de plus en plus, et le grand bélier s'avancer, suivi d'autres de dimensions moindres.(…) les machines étaient couvertes en partie de cuirs frais ou de tissus mouillés, et enduites, quant au reste, d'alun, ce qui les rendait incombustibles.
LIVRE 20, Chapitre 11.

Contexte: Intervention des béliers…

Remarque: Evocation des techniques utilisées pour faire résister les armes de siège aux flammes. Plus sophistiqué néanmoins, l'utilisation d'alun (sulfate double de potassium et d'aluminium hydraté, forme solide par l'action d'un acide sulfurique sur de l'argile pure. Il peut être utilisé comme mordant à la conservation des peaux, comme enduit ou comme colle) afin de rentre incombustible les structures de bois et de matière organique…

155 (…) Ils (les perses) prirent la résolution désespérée de faire une sortie, et d'incendier au milieu du combat les béliers avec des torches et des pots à feu (…)les Romains, du haut de leurs terrasses, font sur les remparts une décharge générale de leurs arcs et de leurs frondes, sans oublier les traits enflammés qu'ils lancèrent avec profusion sur les tours (…)
LIVRE 20, Chapitre 11.

Contexte et remarque: Utilisation simultanée de la position dominante que représentent les terrasses et des béliers pour enfoncer les remparts et créer une brèche. Les Perses s'apprête à faire une sortie courageuse afin de détruire les béliers.

156 Une force imposante se montra tout d'un coup hors des murs; et cette fois les incendiaires, qui étaient placés au centre des combattants, réussirent à jeter sur nos machines une multitude de corbeilles de fer, pleines de sarments enflammés et d'autres combustibles. (…)À cette vue, la trompette sonne, et les légions qui se trouvaient sous les armes précipitent le pas. Leur ardeur s'accroît à mesure qu'elles avancent; mais à peine en vient- on aux mains, que déjà nos machines apparaissent embrasées. Le grand bélier seul put être sauvé (…)
LIVRE 20, Chapitre 11

Contexte et remarque: La tentative des Perses est une réussite, l'armée romaine ne parvient pas à sauver leur batterie de béliers, à l'exception du principal. Remarquons à la fois la prépondérance des armes de siège comme leur grande fragilité…

157 ils (les légionnaires) reçurent l'ordre de faire rétrograder loin des murs l'attirail entier des machines; et l'on prit des mesures pour une attaque faite du haut des terrasses qui dominaient déjà les fortifications. On y dressa deux balistes, afin de nettoyer plus aisément ces remparts de leurs défenseurs; car leur seul aspect, croyait-on ferait que pas un ennemi n'oserait s'y montrer.(…)
LIVRE 20, Chapitre 11

Contexte et remarque: Les romains misent tout cette fois sur les terrasses seules, les garnissant de balistes. On peut raisonnablement penser que celles-ci étaient déjà en action avant l'échec de l'assaut des béliers mais qu'elles ne jouaient jusqu'à maintenant qu'un rôle secondaire de harcèlement…

158 (…) une triple ligne de combattants, dont un grand nombre était muni d'échelles, s'avance, secouant le cimier du casque en signe de défi , pour tenter l'assaut des murs. Le bruit des clairons se mêle au retentissement des armes, et de part et d'autre le combat s'engage avec une égale audace. Les Romains, dont le front d'attaque était plus étendu, voyant se cacher les Perses, qu'intimidait l'aspect de nos balistes, recommencèrent à battre du bélier la tour, et, en dépit d'une grêle de traits, toujours poussaient en avant, armés de leviers, de marteaux et d'échelles.
LIVRE 20, Chapitre 11.

Contexte: Constance II ordonne une grande offensive afin d'enlever définitivement la place (et faire oublier l'échec précédant…).

Remarque: Dans cette phase décisive du siège nous voyons les romains s'organiser sur une triple ligne… S'agit t-il de la tactique de la triplex acies telle qu'effectuée dans les grandes batailles en terrain plat? Ici, il est question d'un siège on ne pourrait affirmer cette même filiation mais plutôt un dispositif tactique original répondant à un plan d'ensemble concerté. Nouvelle anecdote intéressante: L'attitude des légionnaires secouant le cimier en signe de défi. Amusant. Comment secouaient-il ce cimier? Voilà une question qui mérite d'être posée ne serait-ce que pour appliquer ce geste à notre reconstitution. Encore une fois, le port du cimier est évoquer sans référence à un grade en particulier. Il est de plus en plus frappant de constater que les fantassins possédaient des cimiers semble-t-il en grand nombre. De plus en plus peut-on pencher pour la distinction d'unités différentes reconnaissable au port de certains cimier, de panaches ou d'aigrettes; plutôt qu'un symbole hiérarchique définitif à l'image des marquages des boucliers (d'autant plus prégnant au IVe siècle…)

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LIVRE 21.

159 À Paris, un jour, Julien, qui n'était encore que César, se livrait dans le champ de Mars à quelque exercice militaire. Son bouclier, sur lequel il frappait, se disloqua, et il ne lui en resta dans la main que la poignée, qu'il tint ferme. Les assistants paraissaient alarmés de cet incident, qu'ils prenaient comme un mauvais présage: "Rassurez-vous, leur dit Julien, je n'ai pas lâché prise."
LIVRE 21, Chapitre 2

Contexte: Nous quittons une fois de plus l'Orient pour retourner en Gaule. En effet, malgré la grande offensive de Constances II et Bézabde sur le point de tomber, les intempéries se mêlent des opérations et ralentissent l'avantage des romains. Le temps ne changeant guère, et le calendrier étant bien trop avancé Constance II décide de retourner dans ses quartiers d'Antioche jusqu'à la prochaine saison… Pendant ce temps, Ammien évoque l'entraînement aux armes de Julien…

Remarque: Julien dans son entraînement frappe son bouclier avec son arme. Ce geste fait penser à une chorégraphie ou la répétition des gestes fait figure de leçon à l'image du fitness moderne. S'agit-il d'une évocation évasive de la Pyriques, la fameuse danse en arme pratiquée, on le sait, à cette époque?

160 Dans les premiers jours du printemps Julien reçut une affligeante nouvelle. On l'informait que des Alamans appartenant au canton de Vadomaire, dont il croyait, depuis le traité, n'avoir plus à redouter d'insulte, ravageaient les frontières de la Rhétie, et envoyaient des partis piller de tous côtés. (…) Julien envoya sur ce point le comte Libinon avec les Pétulants et les Celtes, qui hivernaient autour de lui, chargeant cet officier de rétablir l'ordre. Libinon approchait de la ville de Sanction lorsque de loin il fut aperçu par les barbares, qui, dans le dessein de fondre à l'improviste sur lui, s'étaient embusqués dans une vallée. Libinon exhorte sa troupe, qui brûlait d'en venir aux mains malgré l'inégalité des forces, et attaque imprudemment les Germains. Il tomba le premier dès le début de l'action. Sa mort, en augmentant la confiance des barbares, enflamma les nôtres du désir de le venger. Mais, après un engagement très vif, ils se virent accablés par le nombre et mis en déroute, laissant des morts et des blessés sur le champ de bataille.
LIVRE 21, Chapitre 3

Contexte: Les Alamans remettent ça au moment ou le sort d'une guerre civile est sur le point de se jouer. L'avantage, c'est que cette campagne forcée par la veulerie des barbares va déplacer Julien jusqu'en Rhétie… plus proche que jamais de passer son propre "Rubicon". Mais l'agression des Alamans n'est pas une feinte et va nécessiter une répression.

Remarque: Défaite des romains. Encore une fois les romains sont battus par l'empressement des hommes à se battre et par leur trop grande assurance. La non-préparation est systématiquement sanctionnée. A leur décharge, les Barbares étaient à priori en surnombre ce qui n'effraya pas les légionnaires. Signalons encore qu'après sont avènement, Julien semble se reposer fortement sur les Pétulants et les Celtes, sans doute ses troupes les plus fidèles à ce moment de son histoire

161 (…) il (Julien) passa le Rhin dans le silence de la nuit, avec les plus légères troupes auxiliaires, et entoura les ennemis, qui ne songeaient à rien. Pendant que, réveillés par le bruit des armes, ils cherchent leurs traits et leurs épées, le prince fond sur eux, en tue un grand nombre, fait grâce à ceux qui offrent en suppliants la restitution de leur butin, et accorde la paix au reste, sur l'assurance qu'ils ne la troubleront plus désormais.
LIVRE 21, Chapitre 4.

Contexte: Après avoir exilé le roi Vadomaire en Espagne qui protestait de sa participation dans la coupable traîtrise d'une partie de son peuple, Julien s'occupe en personne des dissidents afin de laver l'affront antérieurement subi.

Remarque: Une fois de plus la tactique de guerria est employée pour défaire l'ennemi. La technique est toujours la même; les fantassins légers traversent le Rhin et attaquent par surprise le camp des Alamans. Originalité: L'empereur Julien participe lui-même au combat dans une bataille qui n'est pourtant que de second ordre. Sans doute est-ce dû à son désir de vengeance contre un ennemi qui lui a fait subir un revers important.

162 Il (Julien) fait assembler l'armée au son des trompettes; puis, se plaçant sur une estrade en pierre, il s'exprime, déjà plus sûr de lui-même, et donnant à sa voix plus d'éclat qu'à l'ordinaire, dans les termes que voici (…) " Mais, je vous en conjure, veillez sur l'entraînement de votre ardeur belliqueuse; que l'intérêt privé n'en reçoive aucune atteinte. Souvenez-vous que moins de gloire a rejailli sur vous de cette multitude d'ennemis abattus sous l'effort de vos armes, que du bel exemple que vous avez donné en traitant avec humanité la province que vous avez sauvée par votre courage."
LIVRE 21, Chapitre 5.

Contexte: Dans la foulée de la répression des Alamans, et tout apprêté en Rhétie, Julien annonce solennellement à ses hommes qu'il compte prendre l'autre moitié de l'empire romain et de rentrer en guerre contre son oncle. Julien donne donc ses recommandations…

Remarque: Rassemblement au son des trompettes, utilisation de la tribune. Julien fait appelle à la modération des soldats en vue d'une campagne sur le sol romain contre un ennemi romain. Il ne s'agit donc pas de s'aliéner les populations civiles, de piller et ravager les campagnes. il s'agit d'une conquête légitime non d'une invasion. L'humeur de la soldatesque étant, on l'a vu, difficile à canaliser.

163. Ce discours de leur empereur eut sur les soldats l'effet d'un oracle. Une émotion passionnée s'empara de tous les cœurs, et l'enthousiasme pour le règne nouveau se manifesta par un tonnerre d'acclamations, mêlées au retentissement des boucliers. De tous côtés on n'entendait que répéter les noms de grand capitaine, de chef sans égal, et le titre, mérité sous leurs yeux, d'heureux dompteur des nations. Tous, approchant de leur gorge la pointe de leur épée nue, jurèrent, suivant la formule consacrée, et sous les plus terribles exécrations, d'offrir, s'il le fallait, tout leur sang en sacrifice à leur empereur. Les chefs de l'armée, et les gens attachés à la personne du prince, en firent autant.
LIVRE 21, Chapitre 5.

Contexte: Réaction des hommes au discours de Julien (ici tronqué…)

Remarque: La grande ferveur et l'immense dévotion des soldats pour leur chef nul doute élu tant bien par la force des évènements (rappelons qu'ils ne voulaient pas partir sous l'égide de Constance II en Orient) que par le cœur! S'il fallait encore une preuve de l'influence germanique et de l'assimilation des rites barbares au sein de l'armée romaine de l'époque… Que dire de plus.

164 À son retour de Mésopotamie, les premiers d'entre les tribuns, et d'autres personnes de rang, vinrent lui faire leur cour. Dans le nombre était un ex-tribun nommé Amphiloque, Paphlagonien de naissance, qui avait longtemps servi sous l'empereur Constant, et qu'on soupçonnait, avec grande vraisemblance, d'avoir jadis semé la discorde entre les deux frères.
LIVRE 21, Chapitre 6

Contexte: Retour d'Orient de Constance.

Remarque: Juste pour signaler que l'ancien tribun Amphiloque est Paphlagonien. Nous pouvons de plus en plus constater que la tête de la hiérarchie militaire romaine se divise entre des germains romanisés et méritant et des provinciaux romanisés de longue date. Reste à savoir s'il existe une niche réservée à ces mêmes romains de vieille souche ou provinciaux de longtemps romanisés… Le Protectorat et le commandement des Sholes palatines aux romains, le recrutement des soldats d'élite aux germains. La mixité paraît complète.

165 La cavalerie se renforçait de nouveaux escadrons. Pour recruter les légions, on ordonna des levées dans les provinces. Chaque ordre de l'État, chaque profession fut taxée pour fournir des vêtements, des armes, des machines, soit en argent, soit en nature, ainsi que pour approvisionner l'armée de vivres de toute espèce, et la pourvoir de bêtes de somme.
LIVRE 21, Chapitre 6

Contexte: En apprenant la décision de Julien de lui déclarer la guerre. Constance prend des mesures de renforcement…

Remarque: Nous avons une belle description du système d'approvisionnement de l'armée. C'est bien L'annone militaire qui nous est précisée: Levée des recrues dans les provinces. Les collèges professionnels sont mis à contribution; ce qui nous montre au passage que les vêtement portés par les militaires sont bien issues du milieu civil. Les tuniques à cette époque sont des tuniques civiles portées par des militaires et non des tuniques spécifiquement militaires. La bipartition de l'impôt levé soit en argent soit en nature. Les fabricae et leur production…. Tout est là sous une forme; l'impôt en argent ou une autre; l'impôt en nature…

166 Sur ces entrefaites, Julien, qui se disposait à quitter Rauraque, après les mesures indiquées plus haut, envoya Salluste comme préfet dans les Gaules, et donna à Germanien le poste laissé vacant par Nébride. Il nomma aussi Névitte général de la cavalerie en remplacement de Guyomer, qui lui était suspect pour avoir, disait-on, lorsqu'il commandait les scutaires sous Vétranion sourdement travaillé à livrer son maître. Jove, dont il est question dans l'histoire de Magnence, fut investi de la questure, et Mamertin de la charge de trésorier. Le commandement de ses gardes fut confié à Dagalaif. Il fit encore plusieurs promotions d'officiers dans l'ordre de mérite personnel, et sans consulter que ses notes particulières.
LIVRE 21, Chapitre 8.

Contexte: Julien remodèle son état major et ses hauts postes avant de partir en campagne contre Constance II.

Remarque: Toute cette série de noms d'origine à la fois provinciale et romanisé et à la fois ouvertement germanique…

167 Il (Julien) divisa tout son monde en deux corps. Les uns, sous la conduite de Jove et de Jovin, prirent rapidement la route bien connue de l'Italie. Le reste chemina par le cœur de la Rhétie, ayant pour chef Névitte, général de la cavalerie.(…) Alexandre le Grand, et d'autres capitaines après lui, avaient fait usage de la même tactique.
LIVRE 21, Chapitre 8.

Contexte: Plan de conquête de la partie Orientale de l'empire.

Remarque: A l'échelle stratégique, un double corps expéditionnaire est souvent l'option qu'affectionnent les romains lors d'une grande invasion. C'est ce que fit notamment Trajan pour la conquête de la Dacie, Marc Aurèle dans sa guerre contre les Marcomans et Septime Sévère en Orient contre les Parthes. C'est ce que fait Julien ici et ce qu'il fera dans sa propre conquête de l'Orient contre les Sassanides. Ammien nous donne peut-être la réponse à cette manie: la tradition et l'exemple des ancêtres les plus illustres…

168. Il (Julien et son armée) profita de la rencontre fortuite de plusieurs petites embarcations pour descendre le courant, dérobant ainsi sa marche autant que possible. Il le pouvait d'autant mieux, qu'avec ses habitudes de frugalité et d'abstinence, les aliments les plus grossiers lui étaient bons; ce qui le dispensait de toute communication avec les villes ou forteresses riveraines. Il aimait à s'appliquer cette belle parole de Cyrus l'ancien à son hôte, qui lui demandait ce qu'il voulait pour son dîner: "Rien que du pain, répondit-il; car j'ai là près un ruisseau."
LIVRE 21, Chapitre 9.

Contexte: Les armées de Julien se mettent en marchent.

Remarque: Cette guerre civile se déroulera exactement comme Julien l'avait souhaité: En furtivité et en douceur afin d'être le plus rapide et le plus discret possible sans s'attirer d'inimitié. Cet épisode nous montre encore son tempérament austère et son contrôle moral.

169. La barque de Julien, prompte comme un trait, ou comme le brandon lancé d'une machine de guerre, arrive à Bononie, à dix milles de Sirmium; et d'un saut le prince se trouve à terre. La lune était sur son déclin, et conséquemment les nuits étaient presque sans lumière. Julien dépêche aussitôt Dagalaif et quelques hommes armés à la légère, avec ordre de lui amener Lucillien de gré ou de force. (…)Le fier général de la cavalerie, contraint de s'humilier devant la force, fut placé sur le premier cheval qui se trouva, et amené à Julien comme un prisonnier de bas étage. (…) mais quand il vit qu'on lui donnait la pourpre à baiser, il revint à lui, et, déjà d'un ton plus assuré: "Le pays, dit-il, n'est pas pour vous, et c'est grandement vous aventurer que d'y venir avec si peu de monde." Julien répondit avec un sourire amer: "Gardez vos bons avis pour Constance. Je ne songeais pas à vous consulter, mais bien à vous tirer de crainte. N'interprétez pas autrement ma clémence."
LIVRE 21, Chapitre 9.

Contexte: Julien arrive en Illyrie et use de sa furtivité pour prendre la place forte de Sirmium en douceur. Il fait capturer le commandant de la place.

Remarque: Démonstration de clémence et de clairvoyance stratégique de la part de Julien. L'homme malgré son tempérament emporté était tout sauf une tête brûlée et savait prendre avantage de toutes les situations.

170. Il (Julien) y manda l'historien Aurélius Victor, qu'il avait vu à Sirmium, et le nomma consulaire de la seconde Pannonie. De plus, l'honneur d'une statue en bronze fut accordé à cet homme d'une vertu exemplaire, qu'on a vu, mais beaucoup plus tard, devenir préfet de Rome.
LIVRE 21, Chapitre 10

Contexte et remarque: De cet historien il nous reste encore aujourd'hui quelques savants écrits…

171. Névitte, dont il fit le collègue de Mamertin au consulat, ne pouvait assurément, ni par la naissance, ni par les talents, ni par les services, soutenir la comparaison avec aucun de ceux que Constantin avait honorés de la suprême magistrature. C'était un homme sans éducation, sans tenue, et cruel, qui pis est, dans l'exercice du pouvoir.
LIVRE 21, Chapitre 10

Contexte: Julien affirme son pouvoir d'Auguste en nommant les consuls de l'année…

Remarque: Ammien n'aime pas Nevitta et ne le cache pas en critiquant ses origines soit modeste soit germanique indigne de la charge consulaire. C'est encore un signe aristocratique de la condition de l'auteur ou une dent personnelle contre Nevitta…

172. Ce fut en ce moment que Julien apprit la mort de Constance. Traversant alors la Thrace au plus vite, il entra dans Constantinople.(…)
LIVRE 21, Chapitre 12.

Contexte et remarque: Très court, très laconique c'est ainsi que Julien se retrouve seul empereur en la moitié de l'année 361.

173 Il (Julien) y recevait régulièrement avis de ce qui se passait devant Aquilée.(…) (Julien) confia la suite des opérations du siége à Immon, assisté de quelques autres officiers.
LIVRE 21, Chapitre 12.

Contexte et remarque: Julien bien que seul maître voit éclater des poches de résistances de troupes fidèles à Constance II et dans ce cas, de la place forte d'Aquilée, ignorant plus ou moins la mort de ce dernier. Le siège de la ville fortifiée est donc ordonné. Ce ne fut point un épisode très glorieux du règne de Julien qui malgré toute l'imagination des troupes de Julien se montrèrent sur la fin peu digne…

174 Trois embarcations fortement amarrées ensemble servirent de plancher à l'érection d'autant de tours dépassant le niveau des remparts, à portée desquels on dut les faire arriver. Ces tours étaient couronnées de soldats armés qui faisaient tous leurs efforts pour écarter des murs leurs défenseurs, tandis que des ouvertures, pratiquées plus bas dans les flancs de ces édifices, livraient passage à des vélites armés à la légère, qui, en un clin d'œil, eurent jeté et franchi des ponts volants adaptés à cet usage. Ceux-ci, (…)travaillaient à faire brèche dans les murs, et à pénétrer par là dans la ville.
LIVRE 21, Chapitre 12

Contexte: Les légions loyalistes de Julien commencent très fort le siège de la place d'Aquilée.

Remarque: Cette tour d'assaut original et particulièrement bien pensé nous pousse à croire que les romains étaient plus productifs et ingénieux en poliorcétique que leur rival perse. Cette constatation un peu partisane il est vrai se renouvelle également lors de la campagne perse de Julien.

175 Parmi les assiégeants, les uns, pour combattre plus à l'aise, élevaient leurs boucliers au-dessus de leur tête; d'autres portaient, comme précédemment, des échelles sur leurs épaules.(…) ceux-là, qui avaient résolument franchi le fossé, s'y trouvaient culbutés par les brusques sorties que la garnison opérait par les poternes, ou ne se retiraient que couverts de blessures. La retraite des assiégés était protégée contre tout retour offensif par des espèces de redoutes en gazon, élevées en avant des murailles.
LIVRE 21, Chapitre 12

Contexte et remarque:Suite du siège d'Aquilée… Construction d'avant postes de la part des assièges en avant des remparts. Les boucliers élevés au-dessus des têtes (facile à comprendre pourquoi…)

176 Enfin, la certitude de rencontrer toujours des difficultés insurmontables amena du relâchement dans les efforts. On abandonnait son poste ou sa faction pour marauder dans les campagnes voisines. Y trouvant tout en profusion, on faisait part de son butin à ses camarades. L'armée se gorgeait de vin et de nourriture, et ces excès répétés finirent par lui ôter de sa vigueur.
LIVRE 21, Chapitre 12

Contexte: Le siège s'enlise, les assiégeants n'arrivant pas à emporter la place commencent à commettre des déprédations dans les campagnes voisines.

Remarque:Episode peu glorieux de ce siège, c'est aussi une des rare fois qu'Ammien évoque les exactions des militaires sur des terres proprement romaines…

177 (…)on essaya de réduire la ville par la soif, en coupant les aqueducs.(…) Une enquête fut introduite sans délai sous la direction de Mamertin, préfet du prétoire, à la suite de laquelle Nigrinus fut brûlé vif, comme premier instigateur de l'insurrection.
LIVRE 21, Chapitre 12

Contexte: Fin du siège d'Aquilée (ou presque…). Couper les approvisionnement en eau est aussi une technique de siège souvent employée par les romains. Rien de très original à cela mais il est ici regrettable qu'un aqueduc d'une ville romaine soit endommagée.

Remarque: C'est une autres des constantes de Julien: Le souci de légalité et d'équité. Ici, l'exemple est particulier mais le droit, l'usage et le recours aux tribunaux est une marque particulière de son règne qui s'annonçait sous des auspices libéraux et réformateurs.

178 L'Orient aussi lui donnait des craintes. Le comte Marcien, disait-on, avait formé un noyau des cantonnements épars dans la Thrace, et marchait vers le pas de Sucques. Julien (…) concentrait son armée d'Illyrie, composée de troupes éprouvées, et toujours prête à suivre son belliqueux chef au milieu des dangers.
LIVRE 21, Chapitre 12

Contexte et remarque: Julien doit faire face à une autre poche de résistance fidèle à Constance II. Quand il est dit que Julien regroupe son armée d'Illyrie, il n'est peut-être pas question des troupes cantonnées sur ce secteur géographique précis mais de l'armée qu'il a mobilisée pour la conquête de la partie Orientale de l'Empire. On le sait déjà , son armée lui est très dévouée… et l'Illyrie trop fraîchement ralliée à sa cause.

179 Julien nomma Mamertin, qui était préfet d'Illyrie, consul avec Névitte, lui qui naguère reprochait si durement à Constantin de prostituer les dignités à des barbares.
LIVRE 21, Chapitre 12.

Contexte et remarque: C'est à présent certain; Ammien Marcellin déteste Nevitta et ses origines barbare sont ici dénoncés sans ambiguïté.

180 Les deux maîtres généraux de l'infanterie et de la cavalerie furent donc envoyés en avant avec un corps considérable, mais avec l'ordre toutefois d'éviter tout engagement avec les Perses. Ils devaient se borner à garnir la rive citérieure du Tigre, et à reconnaître sur quel point déboucherait l'impétueux monarque. De plus, il leur était spécialement recommandé, tant de vive voix que par écrit, de se replier aussitôt qu'une force ennemie tenterait le passage.(…) C'est que chez les Perses le secret des plans n'est connu que des plus grands personnages, confidents impénétrables, et qui ont la religion du silence.
LIVRE 21, Chapitre 13.

Contexte et remarque: Ammien revient ici sur des évènement un peu antérieur à la mort de Contance II et précise le dispositif de défense entreprit par lui contre les Perses au moment où il apprend que Julien marche contre lui. Constance II est hésitant et se désengage de la guerre contre les Perses pour parer au danger immédiat que représente son neveu.

181 Il (Constance II) résolut de se porter d'abord où le péril était le plus menaçant, et de faire partir devant lui l'armée par convois successifs sur les voitures de l'État.
LIVRE 21, Chapitre 13.

Contexte et remarque: Constance II finit par prendre le parti d'engager la guerre contre Julien. Comme il apprend que celui-ci à déjà prit de l'avance et que l'Illyrie est tombée, pour aller plus vite il fait convoyer son armée par des voitures réquisitionnées pour l'occasion ou appartenant au Cursus publicus.

182 Centuries, manipules et cohortes sont convoqués au son des trompettes, et remplissent au loin la campagne. Lui, monté sur un tribunal qu'entoure une garde plus forte que de coutume, compose son visage à l'air de confiance et de sérénité, et leur adresse ce discours(…)
LIVRE 21, Chapitre 13

Contexte: Discours de Constance II à ses troupes.

Remarque: Il semblerait qu'au IVe siècle et d'après Ammien qui les cite plus d'une fois déjà que les dénominations de Centuries, manipules et cohortes (centurias, manipulos, cohortes dans le texte…) existent encore à cette époque. Quelle est leur réalité tactique? Quel est leur véritable effectifs? Les chiffres et les interprétations divergents selon les historiens et les spécialistes tels que Richardot, Paul Petit, Jean Michel Carrié (bien sûr il y en a d'autres, mais les effectifs véritables de l'armée romaine tardive posent problème selon "l'optimisme" ou le "pessimisme" des auteurs concernant la période étudiée).

183 Il (Constance II) congédia promptement l'assemblée, et tout aussitôt fit prendre les devants à Arbétion avec les lanciers, les mattiaires, et les troupes légèrement armées. Il supposait à ce chef la main heureuse, d'après ses précédents succès dans les guerres civiles. Guyomer, avec les Lètes, dut faire face au corps ennemi qui occupait le pas de Sucques. Ce dernier détestait Julien, pour l'affront qu'il avait reçu de lui dans les Gaules; et c'est pour cette raison qu'il fut choisi.
LIVRE 21, Chapitre 13.

Contexte: Suite des opérations de Constance II. Celui-ci rattrape son retard et une partie de ses forces rejoints déjà l'armée de Julien et la poche de résistance du pas de Sucques en Thrace.

Remarque: Les lanciers évoqués ici par Ammien s'appellent "lanceariis" en latin. Les mattiaires étant on l'a vu des dardeurs, et les troupes légères étant porteuses de javelines, on peut estimer que ces lanciers sont en réalité porteurs des lancea telles que nous les comprenons à présent; c'est à dire des javelots légers et non des "lances" d'arrêt au sens stricte du terme. Les historiens décrivent souvent les Lètes comme des recrues allogènes à l'empire mais incorporées à l'armée romaine au sein des légions et des auxillia. Ici pourtant c'est en corps constitué qu'ils évoluent…

184 On dit qu'ayant encore sa présence d'esprit, il désigna Julien pour son successeur. Le râle incontinent étouffa sa voix, et, après une longue agonie, il expira le 3 des nones de novembre, dans la quarantième année de son règne et de son âge. (…) On députa donc vers lui (Julien)les comtes Théolaiphe et Aligilde, pour lui annoncer la mort de son parent, et le prier de se rendre sans tarder au désir de l'Orient, qui lui tendait les bras.

LIVRE 21, Chapitre 15.

Contexte et remarque: Constance II finit par mourir en désignant Julien comme successeur. Evitant ainsi les affres d'une guerre civile vraiment meurtrière et une bataille qui failli bientôt exploser…

185 Excellent cavalier, il maniait le javelot, et l'arc surtout, avec une adresse merveilleuse, et n'était pas moins habile aux exercices de l'infanterie.(…)
LIVRE 21, Chapitre

Contexte Ammien Marcellin établi un portrait de caractère du défunt empereur Constance II établissant ses qualités, ses défauts, ses forces et faiblesses…

Remarque: Nous recoupons ici les dires de Végèce et de Maurice qui veulent que l'entraînement militaire soit le plus complet possible. Toutes les armes doivent être connues et pratiquées ainsi, l'arc y comprit.

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LIVRE 22.

186 Le premier acte du nouveau règne fut d'ouvrir une série d'informations judiciaires, dont la direction fut donnée à Secundus Salustius, récemment nommé préfet du prétoire, et investi de toute la confiance de Julien. Le prince lui donna pour assesseurs Mamertin, Arbétion, Agilon et Névitte, auxquels il adjoignit encore Jovin, qu'il venait de créer maître de la cavalerie, lors de son passage en Illyrie. La commission, réunie à Chalcédoine, fit assister à ses actes les princes et tribuns des légions Jovienne et Herculienne.
LIVRE 22, Chapitre 3.

Contexte: Une fois son pouvoir bien installé, Julien procède à une épuration par le biais de procès politiques. Notons le rôle d'un des Gaulois les plus célèbre de ce temps: Salustius Secundus qui revêtira plusieurs honneurs et magistratures.

Remarque: Voici ici clairement nommés la légion herculienne au coté de la légion jovienne. L'extrait n'est pas complètement claire et il n'y aura pas d'autres explications de savoir si les officiers de ces légions comparaissent devant le tribunal pour sa fidélité à Constance II ou si ces même officiers (tribuns; officiers, et princes; l'ordre regroupant les principaux sous officiers de légion… à ne pas confondre à les hommes composant la seconde ligne de bataille). Viennent soutenir "assister" les magistrats désignés dans leur tache judiciaire. Personnellement et par pur esprit de parti je dirais qu'ils sont du coté des magistrats de Julien…sic! Mais ne nous leurrons pas il s'agit peut-être aussi d'écarter du commandement des hommes qui pourraient se retourner contre le nouvel empereur ou qui pourrait faire montre de peu de Zèle…

187 À ce tableau de corruption ajoutez la dissolution de la discipline militaire, les airs lascifs répétés au lieu de chants guerriers, la pierre servant jadis d'oreiller au soldat échangée contre le duvet de la couche la plus molle, sa coupe à boire plus pesante que son épée; des vases de terre il n'en voulait plus, il lui fallait des palais de marbre. Et nous lisons dans l'histoire qu'un Spartiate fut vivement réprimandé seulement pour avoir mis le pied sous un toit en temps de guerre. Féroce et rapace envers ses concitoyens, le Romain était devenu lâche et mou devant l'ennemi. Gâté par le loisir, perverti par les largesses, en revanche il était grand connaisseur en fait d'or et de pierreries. Et cependant le temps n'était pas loin où un simple soldat de César Maximien, trouvant, dans le pillage du camp des Perses, un petit sac de peau rempli de perles, fut assez simple pour en jeter le contenu, se contentant de l'enveloppe, dont la fourrure l'avait séduit.
LIVRE 22, Chapitre 4.

Contexte: Ammien Marcellin compose le tableau du comportement de l'armée de Constance II sous son règne. La description est haute en couleur, et on comprends mieux ainsi les poncifs qui courent encore aujourd'hui sur l'armée tardive. On en connaît maintenant l'origine: les romains eux-mêmes. L'esprit partisan d'Ammien Marcellin est assez criant, car d'un constat aussi affligeant comment ne pas croire alors que l'armée de Julien puisse être à ce point différente. Elle ne l'est pas! C'est l'encadrement des chef et la volonté de l'empereur Julien qui fait la différence… Le message est trop gros pour être prit au pied de la lettre.

Remarque:Ammien pour forcer un peu plus le trait nous cite en exemple ce légionnaire de l'époque de l'empereur Maximien (un des collègue de Dioclétien…) qui, selon les dires d'Ammien préfère une bourse de peau à son riche contenu. Vertu de l'ancien légionnaire ou bêtise crasse?

188 Par des édits clairs et formels il enjoignit de rouvrir les temples, et d'offrir de nouveau des victimes aux autels abandonnés. Pour assurer l'effet de ces dispositions, il convoqua au palais tous les évêques divisés entre eux de doctrine, et les représentants des diverses sectes qui partageaient le peuple, et leur signifia, bien qu'avec douceur, qu'il fallait que les disputes cessassent, et que chacun pût sans crainte professer le culte de son choix. S'il se montrait si tolérant sur ce point, c'est qu'il comptait bien que la liberté multiplierait les schismes, et que de la sorte il n'aurait pas l'unanimité contre lui, sachant par expérience que divisés sur le dogme les chrétiens sont les pires des bêtes féroces les uns pour les autres. Il leur disait souvent: "Écoutez-moi; les Alamans et les Francs m'ont bien écouté." C'était parodier le mot de Marc Aurèle; et Julien ne s'apercevait pas que les circonstances étaient tout autres. Marc Aurèle traversait la Palestine pour se rendre en Égypte. Excédé de l'horrible malpropreté des Juifs et de leur humeur turbulente, il s'était écrié, d'un ton de doléance: "Ô Marcomans! ô Quades! ô Sarmates! j'ai donc rencontré de plus brutes que vous."
LIVRE 22, Chapitre 5.

Contexte et remarque: Une anecdote amusante sur le traitement des factions chrétiennes par Julien lors de son gouvernement. Il n'y a aucune information proprement militaire mais je laisse apprécier cet épisode à ceux que cela peuvent amuser…

189 Vers ce temps-là une nuée d'Égyptiens, sur la foi de vagues espérances, vint s'abattre sur Constantinople. Race processive, chicanière, ne payant que par contrainte, infatigable dans ses répétitions, toujours exagérées, et qui pour obtenir décharge, remise ou délai, a toujours quelque plainte en concussion toute prête. Ils assiégeaient en masse les audiences du prince et des préfets du prétoire, parlant tous à la fois comme autant de geais, et les étourdissant de demandes fondées ou non, dont l'origine pouvait remonter jusqu'à soixante-dix ans, plus ou moins. Il devenait impossible de vaquer à d'autres affaires. Julien leur donna par un édit rendez-vous à Chalcédoine, avec promesse de s'y transporter en personne pour statuer sur leurs prétentions. Aussitôt qu'ils furent partis, défense absolue fut faite aux navires en retour de donner passage à des Égyptiens; ce qui fut exécuté à la lettre. Toute cette ardeur de réclamation s'évanouit aussitôt que l'inutilité en fut démontrée, et chacun s'en retourna chez soi. On prit occasion de là pour rendre une loi qui semble dictée par l'équité même, et qui déclare bien acquis tout argent donné en vue d'obtenir un avantage, et en interdit la répétition.
LIVRE 22Chapitre 6

Contexte et remarque: Seconde anecdote plus drôle encore que la première! Des péripéties comme cela il y en a beaucoup dans le règne "civil" de Julien. Je ne les annoterais pas toutes mais celle-ci sont impayables…

190 L'attention que Julien apportait à ses réformes dans l'administration civile ne lui faisait pas perdre de vue les intérêts militaires. Il ne confiait les commandements qu'à des chefs éprouvés par de longs services, relevait par toute la Thrace les fortifications en ruines, et veillait avec la plus active sollicitude à ce que les postes distribués sur la rive droite de l'Ister, et qu'il savait faire bonne et sûre garde contre les entreprises des barbares, ne manquassent ni d'armes, ni d'habits, ni de solde, ni de vivres. Tandis qu'il se multipliait pour suffire à tant de soins, et imprimait l'activité de son esprit à tous les ressorts de l'État, on lui conseilla une expédition contre les Goths de la frontière, qui nous avaient donné tant de preuves de leur mauvaise foi et de leur perfidie. Mais il voulait, répondit-il, des adversaires d'une autre trempe. À l'égard de ceux-ci, on n'avait qu'à laisser faire les marchands galates, qui les vendaient à tant par tête, sans regarder à la condition des individus. La renommée cependant proclamait à l'étranger son courage, sa tempérance, ses talents militaires; et de proche en proche son nom, éveillant l'idée de toutes les vertus, faisait le tour du monde. Un sentiment de crainte respectueuse se communiqua des peuples voisins aux nations les plus éloignées. De tous côtés, et coup sur coup, arrivaient des ambassades. Il en vint pour négocier la paix avec lui, de l'Arménie et des contrées au- delà du Tigre. Des extrémités de l'Inde, jusqu'à Dib et Serendib, partirent à l'envi des députations chargées d'offrandes.
LIVRE 22, Chapitre 7.

Contexte: Julien applique ses résolution. Seuls les hommes méritant montent dans la hiérarchie tandis qu'il fait œuvre publique…

Remarque: Le peu d'estime que le prince porte aux Goths d'au-delà du Danube qu'il ne considère ni comme une menace ni comme un sujet digne de son intérêt. A peine installé il pense à sa campagne contre les Perses… Remarquons qu'ici les galates on la réputations de pratiquer la vente d'esclave comme une spécialité marchande. La renommée de Julien est énorme, elle dépasse largement les frontière du monde romain et trouve des échos jusqu'en Inde. A l'image de son règne éphémère et de l'aventure humaine Julien est bien l'Alexandre du IVe siècle…

191 Et l'on envoya en exil les tribuns des scutaires Romain et Vincent, des première et seconde école (scholes palatines) , tous deux convaincus de vues ambitieuses trop au-dessus de leur condition.
LIVRE 22, Chapitre 11.

Contexte et remarque: Plus que la mort, l'exil est parfois vécue par les romains comme la pire des infamies. Le nom Vincent est employé au IVe siècle…

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 Sujet du message: Re: Les références militaires dans l'oeuvre d'Ammien Marcellin.
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LIVRE 23

192 Il (Julien) avait cependant signifié à Arsace, roi d'Arménie, qu'il eût à tenir prêt un corps de troupes considérable, pour opérer de la manière et dans la direction qui lui seraient ultérieurement indiquées. Ses dispositions prises, il fit, dès les premiers jours du printemps, notifier à tous les corps l'ordre de départ, et, jaloux de devancer le bruit de sa marche, leur prescrivit de passer immédiatement l'Euphrate.
LIVRE 23, Chapitre 2

Contexte: Julien met au point un grand plan de conquête aux proportions digne d'un Trajan et aux moyens considérables. Rien n'est laissé au hasard, et le souverain impérial est bien plus décidé que ne le fut son oncle. Si l n'y avait eu de très mauvais présages la campagne se serait annoncée des plus sereine…

Remarque: Le plan de Julien nous le verrons est de couper le plus rapidement possible l'ancienne Mésopotamie romaine du champs d'action des Perses. Après avoir récupéré les anciennes places fortes et assurés ses alliances avec ses clients sarrasins et arméniens la conquêtes deviendra systématique selon le tracé des fleuves Tigres et Euphrate. Julien compte dans les premiers temps sur la rapidité d'action qui fait sa réputation puis sur les moyens écrasants mis en œuvre, et l'effet psychologiques que ceux-ci peuvent produire sur la population Perses


193 Là (de Tarse) il (Julien) réunit son armée, et se porta sur la Mésopotamie avec une telle célérité (ce qui entrait dans ses plans), que l'Assyrie était déjà occupée avant même que le bruit de sa marche eût circulé. Renforcé d'un corps de Scythes, il passa lui-même l'Euphrate sur un pont de bateaux, et arriva à Batné, ville municipale de l'Osrhoène, où un accident funeste vint ajouter encore aux sinistres pressentiments.
LIVRE 23, Chapitre 2.

Contexte et remarque: Rapidité, appui des alliés et mauvais présages…

194 Julien quitta Batné plein de sombres pensées, et se rendit en toute hâte à Carrhes, ville antique, et fameuse par le désastre des deux Crassus et de leur armée.(…) Pendant que Julien s'occupait à Carrhes de mouvements de troupes et de direction de convois, des coureurs vinrent lui annoncer hors d'haleine que les escadrons ennemis avaient fait irruption sur un point de la frontière, et enlevé du butin. Ce coup de main audacieux l'irrita singulièrement. Il avait auparavant un projet qu'il mit sur-le-champ à exécution. Trente mille hommes choisis furent placés sous le commandement de Procope, auquel il adjoignit le comte Sébastien, précédemment duc d'Égypte. Il leur donna pour instruction de manœuvrer sur la rive gauche du Tigre, et d'être bien en garde contre les surprises dont l'histoire de nos guerres avec les Perses fournit des exemples si nombreux. Il leur recommandait en outre d'opérer, s'il était possible, leur jonction avec Arsace, pour ravager de concert le district de Chiliocome, le plus fertile de toute la Médie; puis de revenir, par la Gordyène et la Moxoène, le seconder dans ses opérations ultérieures en Assyrie. Ces dispositions prises, il simule lui-même une pointe sur le Tigre, ayant, dans ce dessein, dirigé des approvisionnements de ce côté; puis tout d'un coup il fait un coude sur la droite, et ordonne halte pour la nuit, qui se passa sans alerte.
LIVRE 23, Chapitre 3

Contexte: Ammien décrit avec une grande précision le jeu stratégique que Julien déploie.

Remarque:Comme à l'habitude des romains lors de campagnes de grande importance, le corps expéditionnaire est divisé en deux grandes armées. Le but de cette manœuvre est de pouvoir ouvrir deux grands fronts et d'accélérer la conquête. Les possibilités sont multiples mais souvent l'objectif est de frapper au cœur du pays, de prendre les principales villes et places fortes isolant le pays de son centre politique. La prise en tenaille, la jonction des armées, l'appui des alliés ne peut à terme que forcer l'ennemi à engager une grande bataille rangée. A l'inverse de quoi il perdrait le contrôle définitif du pays. Cette stratégie à été employé par Trajan en Dacie et contre les Parthes, par Marc Aurèle contre les Marcomans et les Parthes, et Septime Sévère une fois de plus contre les parthes. Il semble bien que Julien tente la même stratégie mais à une échelle inédite. On le verra, sa motivation est bien l'écrasement totale des sassanides.

195 Il repartit le lendemain, côtoyant avec son escorte les rives du fleuve, dont le cours en cet endroit commençait à se grossir d'une multitude de tributs. Ce jour-là il stationna sous la tente, et y reçut l'hommage de différents chefs de tribus sarrasines, auxiliaires excellents pour les coups de main, qui lui offrirent à genoux une couronne, d'or, et l'adorèrent comme souverain du monde entier.
LIVRE 23, Chapitre 3

Contexte: et remarque: travail diplomatique de Julien et engagement des alliés….

196 Tandis qu'il (Julien) leur parlait (aux alliés sarrasins), arrive la flotte commandée par le tribun Constantien et le comte Lucillien. Rivale de celle de Xerxès, elle faisait disparaître l'Euphrate sous ses nombreux vaisseaux. Sa force était de mille navires de charge, de constructions diverses, abondamment pourvus de vivres, d'armes et de machines de siège, de cinquante galères de combat, et d'autant de barques destinées à former la base des ponts.
LIVRE 23, Chapitre 3

Contexte et remarque: Voici donc une des armes secrètes de Julien dans cette campagne. Une flotte incommensurable capable de pourvoir aux besoin d'une grande armée et débarrassant celle-ci d'impedimenta encombrant risquant de ralentir la marche. Ici, la logistique est sans égale et ne semble pas avoir d'équivalant dans toute l'histoire romaine. Julien est bien là pour vaincre et annexer une bonne partie au moins de l'empire Perse. Ravitaillement, transport, armes de sièges, pont de bateaux, flotte de combat, navettes… Rien ne doit résister à cette entreprise.

197 Je me vois naturellement amené à décrire aussi exactement qu'il me sera possible, pour l'instruction de mes lecteurs, la forme et les effets des instruments de guerre dont je viens de parler. Commençons par la baliste. Un bâti solide maintient, fixe entre deux montants, une plaque d'une certaine largeur, dont la ligne médiane, parfaitement polie, se prolonge en un style carré, formant une sorte de timon. À la base de ce style, sillonné dans toute sa longueur d'une étroite rainure, se trouve assujetti un tortis composé d'un grand nombre de cordes à boyaux, et qui va être tendu par deux fortes vis en bois, dont chacune a une grosse tête saillante, et croisée d'un moulinet. Près de l'une de ces vis se tient le pointeur, qui surveille la manœuvre, et qui engage lestement dans la rainure une flèche de bois armée d'un fer pointu, de grande dimension. Placés à droite et à gauche de la baliste, des hommes vigoureux tournent aussitôt et vivement le double moulinet, dont le jeu donne une tension énorme au tortil, qui tire la flèche en arrière jusqu'à ce que le sommet de la pointe ferrée ait atteint, en reculant, les attaches du tortis fixé à la base du style. À ce moment précis l'action des moulinets a lâché la détente; le tortis, brusquement débandé, chasse à travers de la rainure la flèche, que fait quelquefois étinceler la rapidité de son mouvement; et presque toujours on est frappé à mort avant d'avoir vu le trait.
LIVRE 23, Chapitre 4.

Contexte: Ammien décrit avec une très grande précision les armes de sièges employées par l'armée romaine tardive. Tout ce passage est du pain béni pour les historiens militaires et… les reconstituteurs.

Remarque: Nous le voyons ici, et nous le verrons plus bas (comme l'a d'ailleurs déjà signalé Philippe Richardot…) si il y a bien une chose que l'armée du IVe siècle n'a pas à envier à ses ancêtres du haut empire c'est bien l'art de la poliorcétiques et des armes de sièges. En effet, celles ci sont aussi évoluées sinon plus que celles du passé. Autre remarque et non des moindres. Il s'opère un glissement de sens au IVe siècle et la baliste décrite ici (l'arbalète géante en simplifiant à l'extrême…) aurait été appelé Scorpion sous le haut-empire ce qui n'est plus le cas ici.

198 Voici comment s'établit le scorpion, qu'on appelle aujourd'hui onagre. On façonne à la plane deux ail de rouvre ou de chêne vert, auxquels on donne une légère courbure. Puis on les assemble comme pour une scie de long, de façon à ce qu'ils portent l'un contre l'autre par leurs extrémités, dont chacune a été percée d'avance de deux trous assez grands pour recevoir de fortes cordes destinées à consolider l'assemblage qu'elles traversent près des deux bouts, et qu'elles serrent puissamment. Entre ces cordes immobiles s'élève obliquement un style de bois, qui, à l'aide d'autres cordes, se hausse et se baisse à volonté, comme un timon de voiture, la base de ce style tournant autour d'un fort boulon: son sommet, garni d'un crochet de fer où se trouve solidement suspendue une fronde dont la cuiller est en fer ou simplement en cordes, peut parcourir une demi- circonférence. Quand le style s'abat sur le devant de l'appareil, il frappe un gros coussin rembourré de paille hachée menu, solidement attaché, et posé lui-même sur un tertre de gazon ou de briques; car si l'appareil était soutenu par un mur de pierres, il en disjoindrait les assises non par son poids, mais par la violence des secousses. Quand le scorpion doit fonctionner, on charge la fronde d'un boulet de pierre: quatre hommes placés des deux côtés de la machine compriment, à l'aide de treuils et de cordes, d'énormes ressorts, et ramènent ainsi le style en arrière jusqu'à une position presque horizontale; une clavette tient alors le tout en arrêt. Debout derrière le scorpion, le pointeur prend sa mire, puis, d'un coup de marteau bien appliqué, fait sauter la clavette; le style s'échappe avec une violence qu'amortit le coussin; mais la fronde a lancé son boulet, qui va tout briser sur sa route. Cette machine s'appelle tantôt "tormentum", de "torquere", "tordre", parce que l'effet qu'elle produit est en raison de la torsion qui fait la force des cordes; et tantôt scorpion, parce que le style se termine en forme de dard. Enfin, de nos jours, on lui a donné le nom d'onagre, c'est-à-dire âne sauvage, parce que cet animal, quand il est poursuivi, lance de ses pieds de derrière des cailloux avec assez de force pour briser la poitrine ou fracasser le crâne des chasseurs.
LIVRE 23, Chapitre 4

Contexte: Cette description est aussi une mine d'information à la fois fabuleuse de méticulosité et primordiale pour comprendre le mécanisme de ces armes antiques.

Remarque: C'est curieux cette appellation d'Onagre. Elle était déjà connue de César selon Christian Goudineau (César et la Gaule) et Flavius Joseph nous parle dans sa guerre des Juifs de grands modèles de ce que nous, moderne, appelons aujourd'hui à tort catapulte. Si on en croit Ammien c'est à son époque que ce terme apparaît. Encore une fois, les historiens sachant que ces armes étaient déjà employées sous la république et le haut-empire, et ne prêtant qu'aux riches ont généralisé les informations d'Ammien à toute la période impériale… Passons ces considérations qui n'engagent que moi et comprenons bien qu'au IVe siècle, le scorpion désigne la "catapulte", le lanceur de boulet…(j'utilise ce terme à mauvais escient afin d'être compris par tout le monde Catapulte vient en réalité du mot Grec "Cata pelta"; Perceur de pelte autrement dit de bouclier et devait désigner un lanceur de traits…) et non la baliste de l'époque. Précisons que la baliste dans certains de ses plus gros modèles pouvaient envoyer des boulets de pierres et autres projectiles (voir Amida, Bézabdé…)

199 Passons au bélier. On choisit soit un grand sapin, soit un orne, que l'on arme par un bout du fer le plus dur, façonné en tête de bélier, ce qui a fait donner à la machine le nom de cet animal. Le bélier est horizontalement suspendu par des chaînes à une grosse poulie placée au-dessus, et soutenue elle-même en l'air par de longues jambes de force. Tout l'appareil est recouvert de madriers, revêtus de lames de fer. Les chaînes de suspension sont assez longues pour donner beaucoup de ballant à l'arbre, suspendu en équilibre. Le mouvement de va-et-vient est imprimé par un nombre d'hommes proportionné à la longueur totale du bélier. Cette multitude de bras, par une manœuvre incessante, après avoir poussé la masse en arrière, la ramène vivement en avant. Dès que le branle parcourt assez de champ pour que la tète du bélier atteigne le mur, elle y imprime des chocs répétés dont la violence s'accroît sans cesse, à l'imitation de l'animal, qui se dresse pour donner plus de force à son coup de tête. Par ses coups redoublés, pareils à ceux de la foudre, elle disjoint les pierres et entrouvre les murailles. Devant son action, quand elle a toute son énergie, point de rempart qui ne fléchisse, de défense qui ne disparaisse, de forteresse qui ne perde son nom.
LIVRE 23, Chapitre 4.

Contexte et remarque: Rien à dire si ce n'est l'importance documentaire de ces extraits et les protections en lames de métal recouvrant le toit de l'armature…

200 Le bélier, devenu d'un usage trop commun, a été remplacé par une autre machine souvent mentionnée par les historiens, et que nous appelons en grec hélépole "elepolin". C'est à l'emploi constant qu'il fit de cette machine, tant au siège de Rhodes que devant d'autres places, que Démétrius, fils d'Antigone, est redevable de son surnom de Poliorcète. En voici la structure: Sur une vaste tortue, formée de grosses et longues poutres liées ensemble par de forts crampons de fer, on étend des cuirs de bœufs recouverts d'un tissu d'osier fraîchement coupé et d'un enduit de mortier, pour la mettre à l'épreuve des projectiles à la fois et des flammes. Le front de l'engin est hérissé d'énormes éperons de fer à triple pointe, imitant la forme donnée aux foudres par les sculpteurs et par les peintres, et qui en rendent le choc destructif au dernier degré. Cet appareil, porté sur des roues, est mû à l'intérieur par un certain nombre de soldats, qui le lancent, à grand renfort de câbles et de poulies, contre les points les plus faibles des remparts, où il ne tarde pas à faire brèche, à moins que du haut de ses murs la garnison ne parvienne à en neutraliser l'effet.
LIVRE 23, Chapitre 4.

Contexte et remarque: l'Hélépole, une invention pourtant ancienne est l'autre arme secrète de Julien, construit dans des dimensions gigantesques. Dans cette description ce n'est qu'une amélioration du Bélier. Encore une fois au IVe siècle un glissement de sens s'est opéré. Les galeries d'approches, armatures avec toits renforcés de matériaux inflammables servant aussi bien pour protéger des armes tels que les béliers ou l'hélépole que servant aux sapeurs s'appellent "tortue", et ce terme ne désigne plus la formation protectrice des fantassins joignants leur bouclier au dessus de leur tête.

201 Voici en quoi consiste le projectile appelé malléole. C'est une flèche de roseau, garnie tout autour de bandes de fer qui se renflent par le milieu, en laissant ouverts leurs interstices, ce qui lui donne l'apparence extérieure d'un fuseau à filer. La concavité se remplit de matières inflammables, auxquelles on met le feu; et ce trait, lancé par un arc à la corde lâche (une vibration vigoureuse l'éteindrait), brûle avec opiniâtreté tout corps auquel il s'attache. L'eau même ne fait qu'accroître l'intensité de l'embrasement; et ce n'est qu'en jetant dessus de la poussière qu'on parvient à le maîtriser. Ces divers mécanismes sont peu connus; ce qui motive les explications. où je suis entré. Reprenons notre récit.
LIVRE 23, Chapitre 4

Contexte et remarque: La malléole est la pointe de flèches ou de traits de baliste au fer ajouré pour y inclure de l'étoupe ou autre matières inflammables (pois, bitume naturel si il est accessible). Ici Ammien nous décrit même la technique permettant de lancer le projectile sans l'éteindre par la vitesse de sa propulsion.

202 L'empereur, renforcé du contingent offert avec empressement par les Sarrasins, hâta sa marche, et entra dans Cercusium. C'est une place très forte, et admirablement située au confluent de l'Aboras et de l'Euphrate, qui l'environnent presque complètement de leurs eaux. Elle n'offrait précédemment que peu d'importance et de sécurité. Dioclétien l'entoura de hautes murailles flanquées de tours. Il entrait dans ses plans, en effet, que la ligne de nos places frontières anticipât plutôt sur le sol ennemi, afin de mieux tenir en bride les Perses, dont les incursions avaient naguère désolé toute la Syrie.
LIVRE 23, Chapitre 5.

Contexte et remarque: Julien et son armée procèdent par étape, faisant halte en vue des places fortifiées.

203 La construction d'un pont de bateaux sur l'Aboras retint quelques jours l'empereur à Cercusium. Il y reçut de Salluste, préfet des Gaules, une lettre décourageante. Cet officier le conjurait de suspendre son expédition contre les Parthes. Les dieux, disait-il, s'y montraient défavorables; et persister sans avoir désarmé leur courroux, c'était courir à sa perte. Ce sage conseil ne fit aucune impression sur Julien, qui n'en poursuivit pas moins résolument sa marche: tant il est vrai que ni vertu ni prudence ne peuvent conjurer un arrêt du destin! Le passage opéré, Julien fit rompre le pont, pour ôter à l'armée toute idée de retraite.
LIVRE 23, Chapitre 5

Contexte et remarque: Construction d'un ponts de bateau comme César en son temps ou Trajan sur sa colonne… Qui dit que les légionnaires tardifs rechignent à la tâche? Ils construisent des camps, des armes de sièges, des terrasses, des ponts de bateaux, ils ne déméritent pas de leurs glorieux ancêtres. Mais il est vrai que les actions de Julien (ici, la rupture du pont…) dans cette campagne a beaucoup joué sur le moral des troupes qui ne voyaient pour eux aucune autre alternative que la victoire.

Julien (…)s'achemina vers Doura. En approchant de cette ville déserte, il vit venir à lui un groupe de soldats, et fit halte, ne sachant ce qu'ils lui voulaient. Ceux-ci lui présentèrent le corps d'un énorme lion qui, venant fondre sur l'armée, était tombé criblé de coups. On tira un heureux présage de cette aventure, et la route se continua joyeusement. Le fait toutefois pouvait s'interpréter de deux manières, et le sort en décida contrairement aux conjectures. Un souverain devait succomber; mais lequel?
LIVRE 23, Chapitre 5.

Contexte et remarque: rappelez-vous des scènes de la piazza armerina, les soldats sont rompus à la chasse, du gibier traditionnel aux grands fauves. Evocation des présages et des doutes qui planent sur cette campagne de perse.

204 Après avoir vu terminer le pont et défiler ensuite ses troupes, Julien n'eut rien de plus pressé que de haranguer cette armée, dont l'allure intrépide annonçait toute sa confiance dans son chef. À l'appel du clairon se rassemblent aussitôt centuries, cohortes et manipules. Lui, monté sur un tertre et entouré de ses principaux officiers, d'un visage serein qui répondait aux sympathies de la multitude, leur adresse à peu près ce discours: "Braves guerriers, votre général, en contemplant avec orgueil ces corps vigoureux, ces mines fières et résolues, ne peut se défendre de vous adresser quelques mots de satisfaction. On a voulu vous persuader que jamais jusqu'ici armée romaine n'avait pénétré en Perse: des faits nombreux donnent le démenti à ces suppositions malveillantes. Sans parler de Lucullus, sans parler de Pompée, dont les armes, victorieuses de l'Albanie, ont forcé le pays des Massagètes que nous appelons les Alains, et visité la mer Caspienne, un lieutenant d'Antoine, Ventidius, a plus tard versé des flots de sang ennemi dans toutes ces contrées. Mais laissons là l'antiquité: ce sont des faits reçus que je vais remettre sous vos yeux. Trajan, Vérus et Sévère ont rapporté de ces régions des palmes et des trophées. Un retour non moins éclatant était réservé au jeune Gordien, dont nous voyons d'ici le mausolée. Il battit et mit en fuite le roi de Perse près de Resaine. Mais la trahison impie du préfet du prétoire Philippe, secondé par une poignée de scélérats, mit fin à ses jours au lieu même où s'élève aujourd'hui son tombeau. Ses mânes n'ont pas longtemps erré sans vengeance. Comme si la justice elle-même fût intervenue pour les punir, tous les conjurés ont expié leur crime au milieu des tortures. Les grands noms que je viens de citer n'ont eu pour leurs exploits d'autre mobile que la gloire: nous avons à venger, nous, le sac de nos cités, le massacre de nos armées, la destruction de nos forteresses, le désastre de nos provinces. La patrie en deuil nous crie de fermer ses plaies, de relever son honneur, et d'assurer la paix de nos provinces en portant la gloire de notre nom jusqu'à la dernière postérité. S'il plaît à l'éternelle volonté, vous me verrez à votre tête ou dans vos rangs, à cheval ou à pied, partager vos périls, et, je l'espère, vos succès. Si le sort capricieux de la guerre veut que je succombe, eh bien! je mourrai content de m'être dévoué pour la patrie, à l'exemple des Curtius, des Scévola, et de l'illustre génération des Décius. Effaçons du rang des nations une race ennemie, dont les glaives fument encore du sang de nos concitoyens. Nos ancêtres aussi employèrent bien des années à se défaire d'adversaires trop dangereux. Que de temps, que d'efforts pour abattre Carthage! Encore son vainqueur a-t-il craint qu'elle ne se relevât de ses ruines. Scipion ne détruisit Numance de fond en comble qu'après avoir passé par toutes les vicissitudes d'un long siège. Rome renversa Fidènes, pour n'avoir point de rivale: elle écrasa les Véiens et les Falisques. Si bien qu'il faut l'attestation de nos annales pour croire qu'autant de cités puissantes aient existé sous chacun de ces noms. Voilà quelles leçons le passé nous offre. Une recommandation me reste à vous faire. Trop souvent l'ardeur du pillage fut la perte du soldat romain. Mettez-vous au-dessus d'un entraînement si peu digne de vous. Que nul ne quitte son bataillon, afin que tous, si l'on en vient aux mains, soient prêts à combattre sous le drapeau. Sachez-le bien; il y va pour les traîneurs d'avoir les jarrets coupés, et de périr sans secours possible; car nos ennemis sont rusés, et je ne crains d'eux que leurs surprises. Le succès de cette expédition donnera la paix à l'empire. Alors, je le promets, déposant la prérogative, et renonçant à l'irresponsabilité du pouvoir, je me tiendrai comptable envers chacun du bien opéré comme des fautes. Courage, mes amis, courage! Espérez le mieux, mais acceptez avec moi une communauté d'efforts et de périls, forts de cette conviction, qu'au bon droit reste toujours la victoire." La conclusion était heureuse. Transportés à la fois d'enthousiasme pour leur chef, de ferveur guerrière et d'espoir, les soldats, d'un même mouvement, élèvent en l'air leurs boucliers, et s'écrient que ni périls ni travaux ne les étonnent avec un général qui en prend une part plus forte que le dernier des soldats. L'exaltation était surtout extrême parmi les légions gauloises, chez qui était encore présent le souvenir de Julien marchant à leur tête ou parcourant leurs lignes, et qui sous ses ordres n'avaient abordé l'ennemi que pour l'anéantir ou l'entendre crier merci.
LIVRE 23, Chapitre 5

Contexte et remarque: Voici l'intégral du discours de Julien aux troupes avant que la campagne en territoire perse ne début vraiment. D'habitude, je ne commente que des extraits mais celui-ci est tellement riche et caractéristique que je vais sans doute m'en inspirer pour une nouvelle harangue (en plus court évidemment…) à moins que je ne laisse à d'autres le plaisir de le faire. On retrouve ici tous les ingrédients d'une bonne harangue je ne reviendrais pas dessus. A l'appel du clairon… "Signo itaque per lituos dato cum centuriae omnes et cohortes et manipuli conuenissent" dans le texte en latin le clairon est le lituus et la trompe ou la trompette est le cornu. Braves guerriers… "Fortissimi milites". Les légions gauloises sont mentionnées. Il s'agit sans doute des Petulantes et des Celtae que Julien à emmené avec lui, cette précision nous fait logiquement admettre qu'il y a d'autres légions. Nous savons par les écrits suivants que les légions herculienne et Jovienne sont aussi présentes. Cela nous fait déjà quatre légions d'identifiées mais nous sommes encore loin du compte….

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Nouveau messagePublié: 05 Sep 2008, 20:59 
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LIVRE 24

205 On le voyait (Julien), l'œil en feu, courir à cheval de rang en rang, donnant à tous l'exemple de l'ardeur et du courage. La connaissance des lieux lui manquait; et comme l'ennemi pouvait en profiter pour lui tendre des pièges, il fit dès le début, en chef instruit par l'expérience, prendre aux troupes l'ordre de marche par carrés. Avant tout il avait distribué sur son front et ses flancs quinze cents coureurs, pour éclairer le pays et prévenir toute surprise. Se tenant lui-même au centre avec l'infanterie, qui formait la force principale de l'armée, il prescrivit à Névitte de longer l'Euphrate à sa droite avec quelques légions. La cavalerie à la gauche, sous les ordres d'Arinthée et d'Hormisdas, s'avançait sur un sol uni par escadrons serrés. Dagalaif et Victor commandaient l'arrière-garde, et la marche était fermée par Sécondin, duc d'Osrhoène. Enfin, pour grossir son armée aux yeux des ennemis, et frapper leur imagination de l'idée d'une force supérieure, il eut soin d'espacer les divisions et les rangs de manière à ce que la colonne couvrit près de dix milles de terrain entre le front de marche et les derniers serre-files; manœuvre très fréquemment et très habilement mise en pratique par Pyrrhus, roi d'Épire, le plus savant des généraux dans l'art de tirer parti du terrain, d'étendre ou resserrer son ordre de bataille, et de multiplier pour l'œil ou diminuer ses forces, suivant le besoin. Les intervalles des corps furent remplis par les bagages, les valets, et tout ce qu'une armée traîne à sa suite, et qui, laissé en prise, peut être enlevé d'un coup de main. La flotte, malgré les sinuosités du fleuve, dut aller de conserve, et se tenir constamment à notre hauteur. Nous arrivâmes après deux jours de marche à la ville de Doura sur l'Euphrate, que nous trouvâmes déserte.
LIVRE 24, Chapitre 1

Contexte: Décidément cette campagne de perse est une mine documentaire. Dans cette extrait, nous avons la description précise de l'armée de Julien en ordre de marche ainsi que les noms des officiers commandants les divers contingents. Nul doute que le corps expéditionnaire est énorme pour l'époque, Richardot l'estime dans une fourchette de 65 000 à 80 000 hommes. L'armée de Julien doit s'étendre sur des kilomètres…

Remarque: Travail du général en chef, disposition des troupes en mouvement, protection des bagages (oui, tout n'est pas véhiculé par voie fluviale…) rôle des éclaireur. Stratagème mit en place (voir Frontin…)

206 Nous fîmes ensuite quatre petites journées; et, vers le soir de la dernière, le comte Lucillien eut ordre de prendre mille hommes légèrement armés dans des barques, et d'aller enlever le fort d'Anathan, situé, comme presque tous ceux du pays, dans une île de l'Euphrate. Les barques prennent donc position autour de la place, masquées par une épaisse nuit. Mais, aux premières lueurs du jour, un habitant qui sortait pour puiser de l'eau jeta de grands cris en voyant les nôtres, et donna l'alarme à la garnison. Julien, qui s'était placé en observation sur une hauteur, passe alors le bras du fleuve avec deux navires de renfort, suivi de plusieurs autres qui portaient des machines de siège. Mais arrivé sous les murs, et jugeant qu'une attaque de vive force présentait de grands dangers, il voulut d'abord tenter sur les assiégés l'effet des promesses et des menaces. Ceux-ci demandèrent à s'entendre avec Hormisdas, qui réussit à faire impression sur eux en se portant garant de la mansuétude avec laquelle ils seraient traités. Ils vinrent donc tous faire leur soumission, précédés d'un bœuf couronné, qui chez ce peuple est un emblème d'intentions pacifiques. Le fort évacué fut sur-le-champ réduit en cendres. Pusée, son commandant, obtint le tribunat pour récompense, et, dans la suite, le duché d'Égypte. Le reste des habitants fut traité humainement, et transféré corps et biens à Chalcis en Syrie. Dans le nombre se trouvait un soldat romain qui avait fait partie de l'expédition de Maximien, et qui était resté malade en arrière. Il avait pris plusieurs femmes, suivant la mode du pays, et était devenu la souche d'une nombreuse famille. Quand on l'abandonna, il était, disait-il, à peine en âge d'avoir de la barbe, et nous le retrouvions sous les traits d'un vieillard décrépit. La reddition de la place, à laquelle il passait pour avoir contribué, comblait cet homme de joie. Il prenait à témoin diverses personnes d'avoir toujours prédit qu'il mourrait à près de cent ans, et serait enterré en terre romaine. À quelque temps de là, des coureurs sarrasins vinrent présenter des prisonniers à l'empereur, qui en témoigna sa satisfaction la plus vive, et, pour les engager à continuer, les combla de présents.
LIVRE 24, Chapitre 1

Contexte et remarque: Rien de bien nouveau dans cet extrait à l'exception de ce vieillard d'origine romaine qui rend ce passage particulièrement savoureux…

207 Nous avions pris et incendié la seule forteresse ennemie qui se fût rencontrée devant nous. et transporté ailleurs ses défenseurs captifs. La confiance de l'armée s'en était accrue. Elle proclamait à haute voix son enthousiasme pour son prince, qu'elle considérait comme l'élu de la faveur divine. Mais sa circonspection à lui n'en était pas diminuée: il se sentait en pays inconnu et savait avoir affaire aux plus insaisissables des ennemis et aux plus féconds en stratagèmes. On le voyait tantôt en front, tantôt en queue, ou, suivi d'un détachement de cavalerie légère, fouillant les taillis, explorant les vallées, dans la crainte de quelques embûches, et tour à tour gourmandant avec sévérité, ou reprenant avec sa douceur naturelle, l'imprudence du soldat qui s'écartait trop du gros de l'armée. Il permit toutefois d'incendier, avec les habitations, les riches moissons qui couvraient la campagne, mais seulement après que chacun eut fait provision suffisante de toutes choses. L'ennemi, qui ne s'attendait pas à ces rigueurs, en souffrit cruellement. Le soldat consommait joyeusement ces vivres obtenus à la pointe de l'épée, en songeant que sa valeur assurait d'autant sa subsistance à venir, et que, tout en vivant dans l'affluence, il ménageait les provisions dont la flotte était chargée. Il y en eut un qui, dans l'ivresse, eut l'imprudence de passer sans ordre sur l'autre rive. Il fut pris, et mis à mort sous nos yeux.
LIVRE 24, Chapitre 1.

Contexte et remarque: Une fois encore l'extrait est suffisamment parlant de lui-même mais malgré l'avance aisée des romains, on peut voir que la menace perse, selon leurs habitudes, toute en furtivité, n'est jamais très loin et on peut comprendre que la stratégie des Perses est un regroupement massif des forces recentrées sur les villes les plus importantes. Du coté romain, il n'y a pas encore de réelle victoire, pour l'instant la place est nette, et il s'éloignent de plus en plus de leur bases arrières ce qui normalement ne devrait pas être un problème compte tenu de l'intendance de la flotte.

208 Nous fîmes encore les deux jours suivants deux cents stades avant d'arriver à Baraxmalcha, où nous passâmes le fleuve, pour occuper, sept milles plus loin, la ville de Diacira (…)Cette ville fut encore incendiée; après quoi nous prîmes deux jours de repos. Mais à la fin de la seconde nuit Hormisdas faillit tomber entre les mains du suréna (la plus haute dignité après le roi chez les Perses), qui lui avait préparé une embuscade de concert avec Malek Posodacès, le phylarque des Sarrasins Assanites, brigand fameux par ses sanglantes déprédations sur les frontières. Ils avaient été, on ne sait comment, avertis d'une reconnaissance que notre allié devait faire. Mais le coup manqua, parce que Hormisdas ne put trouver de gué pour passer le fleuve, dont le lit est en cet endroit très resserré, mais très profond.
LIVRE 24, Chapitre 2

Contexte et remarque: Les romains ne rencontrent toujours aucune résistance alors que le Surena des Perses et ses alliés procèdent à leur technique bien connue de harcèlement. On peut dès lors imaginer dans la stratégie perse deux armée aux missions distinctes. Une première dirigée par le Surena ayant l'ordre de suivre les déplacements des romains, de les surveiller et de les harceler tandis qu'une autre commandée par le roi des roi attend en retrait pour un choc plus frontal… Leur pays est grand, les Perses vont se servir de cette géographie mais préfèrent comme à chaque fois rester en retrait tant que la force des romains est écrasante.

209 Nous eûmes les Perses en présence aux premières lueurs du jour. On vit de loin briller les casques, et s'avancer rapidement ces redoutables cavaliers emboîtés dans le fer. Les Romains, d'un élan intrépide, et couverts de leurs boucliers, volent à leur rencontre. La colère a doublé le courage. Rien ne les arrête, ni la menace de tous ces arcs tendus, ni l'éblouissement causé par le reflet des armures; et l'ennemi se voit joint de si près qu'il ne peut décocher une flèche. Animés par ce premier succès, les nôtres poussent jusqu'au bourg de Macépracta, où subsistent encore les restes d'une muraille servant jadis, à ce qu'il paraît, de boulevard à l'Assyrie contre les entreprises de ses voisins. Là le fleuve se partage en deux bras, dont l'un forme de larges canaux qui vont au loin fertiliser les campagnes, et distribuer l'eau dans les villes de la Babylonie. L'autre bras, qu'on appelle Naarmalcha, c'est-à-dire fleuve royal, baigne les murs de Ctésiphon. Une haute tour, en forme de phare, s'élève au point de jonction. On établit sur le dernier bras des ponts solides pour le passage de l'infanterie. Nos cavaliers tout armés fendirent de biais le courant, en choisissant les endroits les moins dangereux. Une grêle de traits accueillit subitement nos troupes à l'autre bord; mais nos auxiliaires, exercés à la course, s'acharnèrent comme autant d'oiseaux de proie sur ceux qui les avaient lancés, et n'en laissèrent pas un debout.
LIVRE 24, Chapitre 2

Contexte et remarque: C'est le premier accrochage entre l'armée romaine et l'armée perse. Aux vues des descriptions et de l'admiration non dissimulée d'Ammien pour l'équipement perse (casque, cavaliers emboîtés dans le fer…), il est possible que l'ennemi soit des archers montés lourds équipés à la manière des clibanaires. Les romains effectuent la technique éprouvée du fulcum et repoussent rapidement l'ennemi. Les combats se poursuivent de l'autre coté du bras du fleuve et les cavaliers romains entrent en scène offrant la victoire. Par contre, il n'est pas dit si l'ennemi vaincu est le même que les cavaliers montés de la première rencontre… Qu'importe, c'est la victoire. On remarquera que dans le texte en latin le bouclier n'est pas dit Scutum mais Clipeus…

210 Nous arrivâmes après cet exploit devant Pirisabora, ville étendue, populeuse, et environnée d'eau comme une île. L'empereur en fit le tour à cheval, prenant ostensiblement toutes les dispositions préalables d'un siège. Il espérait, par cette seule démonstration, ôter aux habitants l'idée de résister; mais divers pourparlers ayant eu lieu, sans que prières ni menaces eussent produit aucune impression, il résolut d'en venir aux effets. Trois lignes d'attaque se formèrent donc autour de la ville, et pendant un jour entier on échangea des projectiles. La garnison, forte et résolue, s'empressa, pour amortir nos traits, de garnir tout le développement des remparts d'épais rideaux en poil de chèvre. Derrière leurs boucliers, formés d'un épais tissu d'osier recouvert de cuirs frais, les Perses faisaient bonne résistance: on eût dit des statues de fer, car une succession de lames de ce métal artistement superposées, et obéissant à tous les mouvements du corps, les enveloppait, de la tête aux pieds, d'une défense impénétrable.
LIVRE 24, Chapitre 2

Contexte et remarque: Premier siège contre une garnison ennemie. Disposition en trois lignes d'attaques et description de la grande qualité d'équipement des perses (Ammien semble décrire une cuirasse lamellaire). Paradoxalement leurs boucliers semblent de conception rudimentaire mais ce matériel est peut-être mieux adapté à la nature du siège et de ses projectiles…

211 Mais dès que la nuit fut venue on fit avancer diverses espèces de machines, et l'on procéda au comblement du fossé. La première lueur du jour révéla aux habitants, effrayés, les progrès qu'avaient faits nos ouvrages; et, pour surcroît, un vigoureux coup de bélier ayant effondré le bastion d'un des angles du rempart, ils abandonnèrent la double enceinte extérieure de la ville, pour se retirer dans la citadelle. (…)Le soldat, irrité de n'avoir trouvé personne dans la ville, tourne sa fureur contre la citadelle, d'où les habitants font pleuvoir une multitude de traits. Aux coups de nos balistes et de nos catapultes ils opposent l'effet non moins destructeur de leur arc aux extrémités recourbées, qu'ils tendent avec une lenteur extrême, mais dont la corde, en échappant des doigts qui l'ont attirée, darde avec roideur un roseau ferré, dont l'atteinte en plein corps est toujours mortelle.
LIVRE 24, Chapitre 2

Contexte et remarque: Suite de la prise de la ville de Pirisabora. Après la chute des remparts, les romains s'attaquent à la citadelle où la population s'est réfugiée… Description d'une cuirasse lamellaire, arc aux extrémités recourbées. Ammien est admiratif de la technologie militaire des Perses mais ce qui est le plus étonnant c'est qu'il décrit ces équipement comme si les romains ne les connaissaient pas… Etrange.

212 Les cailloux lancés à la main volaient aussi sans interruption de part et d'autre, et l'on se battit ainsi depuis le point du jour jusqu'assez avant dans la nuit, sans qu'il y eût d'avantage d'aucun côté. Le combat recommença le jour suivant, et se soutenait avec de grandes pertes réciproques et sans plus de résultat, quand l'impatience de l'empereur voulut hâter la décision. À la tête d'un détachement qu'il fit ranger boucliers contre boucliers, pour mieux se garantir des flèches, il s'élança soudain contre une des portes de la citadelle, défendue par un épais revêtement de fer. (…) Il revint sans avoir perdu un soldat, ramenant quelques hommes blessés, mais légèrement, et lui-même sans atteinte, mais la rougeur au front; car il avait lu que Scipion Émilien avec l'historien Polybe de Mégalopolis en Arcadie, et seulement trente soldats, avait, de la même manière, forcé l'une des portes de Carthage. Sans déprécier un exploit attesté par nos annales, nous croyons que celui de Julien peut soutenir le parallèle.
LIVRE 24, Chapitre 2

Contexte et remarque: Encore une démonstration de courage et de totale implication de l'empereur dans les combats. C'est aussi ce qui participe à sa popularité auprès des troupes. Mais sa témérité, on le verra plus tard, peut lui jouer des tours et ses références au passé comme principale motivation montre aussi, et c'est plus dangereux, un cœur lyrique et romanesque peu en clin aux conditions réelles d'une bataille…

213 Mais Julien, pressé d'agir ailleurs, et voyant s'ajourner indéfiniment la confection des mantelets et des terrasses, ordonna de construire au plus vite la machine connue sous le nom d'hélépole, à l'emploi de laquelle, avons-nous dit, Démétrius fut redevable du surnom de Poliorcète. Témoins alors des progrès du monstrueux édifice, qui bientôt allait menacer d'en haut leurs tours les plus élevées, et réfléchissant en outre à la résolution dont les assiégeants semblaient être animés, les habitants eurent enfin recours aux prières. On les vit se répandre sur les tours et les remparts, et de là, tendant aux Romains des mains suppliantes, implorer leur commisération. Puis comme l'œuvre s'arrêtait, comme les travailleurs restaient inactifs, symptôme d'une suspension d'hostilités, ils demandèrent à conférer avec Hormisdas, ce qui fut accordé. Mamersidès, le commandant de la place, se fit alors descendre au moyen d'une corde, fut conduit à l'empereur; et, après avoir demandé et obtenu la vie sauve pour lui et les siens, s'en retourna vers eux. Au compte qu'il rendit de sa négociation, tout ce qui était enfermé dans la forteresse souscrivit aux conditions stipulées. Le traité fut conclu avec les consécrations religieuses de coutume. Les portes s'ouvrirent alors, et tout le monde sortit, proclamant à haute voix la grandeur d'âme et la clémence de César, qui venait de leur apparaître comme un bon génie. On ne compta que deux mille cinq cents individus des deux sexes. Le reste de la population, prévoyant un siège, avait à l'avance évacué la ville dans de petites barques. On trouva dans la citadelle des approvisionnements considérables en armes et en provisions de bouche. On en prit ce qu'on jugea nécessaire; le reste fut livré aux flammes, ainsi que la place elle-même.
LIVRE 24, Chapitre 2

Contexte et remarque: Fin de la prise de la cité. Utilisation dissuasive de l'Hélépole qui ne servit même, mais dont la terreur psychologique qu'elle inspirait suffit amplement. Sur cette note d'Ammien nous disant qu'elle dépassait les rempart de la ville on peut l'imaginer comme étant une sorte de grande tour d'assaut muni du bélier spécifique de l'hélépole à sa base. Pour l'Instant, l'armée romaine est assez clémente. Il est vrai que quand l'assiégé prend sur lui de négocier sa reddition, la tradition romaine veut qu'il ait la vie sauve. Une clémence qui n'a pas lieu lorsque l'ennemi est réduit à la bataille… Réquisition des stocks en vivre et en armes de la place Perse. C'est la seconde victoire des romains.

214 Le jour suivant l'empereur, prenant son repas dans un moment de loisir, reçut une fâcheuse nouvelle. Le suréna qui commandait l'avant-garde des Perses avait surpris trois de nos escadrons, et, bien qu'il ne leur eût tué que très peu de monde, dont un tribun, s'était emparé d'un étendard. Julien en conçut une violente colère. Suppléant au nombre par la célérité, il se porta sur les lieux avec sa seule escorte, et tomba sur le parti ennemi, qui, frappé de terreur, se dispersa honteusement. Il cassa ensuite les deux tribuns survivants, comme lâches et indignes, et décima leurs escadrons, dégradant, avant de les faire mourir, ceux que le sort avait désignés; le tout en conformité des lois anciennes.
LIVRE 24, Chapitre 3

Contexte et remarque: Le Surena harcèle toujours l'armée de Julien. On voit ici que la perte d'une enseigne est toujours durement ressenti par les romains. Julien une fois de plus donne de sa personne et applique l'ancienne règle déjà très rare dès la fin de la République, de la décimation (un homme sur dix est exécuté) lorsqu'une troupe à failli par manque de courage ou par lâcheté. On ne sait pas si cette loi est normalement appliqué par l'armée du IVe ou si il s'agit d'une initiative personnelle de Julien…

215 Après l'incendie de Pirisabora, Julien du haut de son tribunal rendit grâce à l'armée de sa bravoure, l'exhortant à continuer d'en donner des preuves, et lui promit une gratification de cent pièces d'argent par tête. Puis, s'apercevant des murmures excités par la modicité de la somme, il éleva la voix, et, d'un ton où perçait un généreux dédain, "Vous avez, dit-il, devant vous les Perses et leur opulence. Voulez-vous vous enrichir? ayez le courage de prendre leur dépouille. Mais, croyez-moi, la république, qui disposait autrefois de tant de trésors, est aujourd'hui bien pauvre; et la faute en est à ceux dont la bassesse osa conseiller à vos princes d'acheter des barbares, au prix de l'or, la paix et la liberté du retour.(…)
LIVRE 24, Chapitre 3

Contexte et remarque: Cette pic de la part de Julien à ses hommes est particulièrement blessante pour ces hommes dont beaucoup sont d'origine Barbare. Julien au delà de sa modération toute philosophique peut parfois être très acerbe.

216 Par une marche de quatorze milles nous joignîmes ensuite un point du fleuve, où sont établies des écluses qui portent la fécondité dans toute la campagne attenante. Les Perses les avaient levées, sachant que nous devions prendre cette route, et avaient ainsi opéré une vaste inondation. Contraint de s'arrêter un jour devant cet obstacle et de laisser reposer les troupes, l'empereur se porta de sa personne en avant, et, à grand renfort d'outres gonflées, de bateaux en cuir et de pilotis de bois de palmier, il parvint, non sans peine, à établir une multitude de petits ponts sur lesquels passa l'armée.
LIVRE 24, Chapitre 3

Contexte et remarque: Voici encore une preuve très originale de l'inventivité des romains au IVe siècle… Ce système de pont de bateaux et de "matelas pneumatiques" permettant aux troupes de se mouvoir.

217 L'armée se gorgea des fruits qu'elle trouvait sous sa main; et l'on eut même à se garder des excès de la gourmandise, là où l'on craignait de rencontrer la disette. Nous laissâmes ensuite plusieurs îles derrière nous; et, après avoir essuyé une décharge d'un parti d'archers perses qui s'était embusqué pour nous surprendre, et dont nous eûmes raison, nous arrivâmes à un endroit où le bras principal de l'Euphrate se divise en une multitude de canaux.
LIVRE 24, Chapitre 3

Contexte et remarque: Les légions pour le moment ne manquent de rien… Bien au contraire. Nouvelle escarmouche contre des archers perses et nouvelle victoire mais ce jeu d'usure fait sans doute parti de la stratégie des perses…

218 De là Julien continua sa marche avec la confiance de l'homme qui croit avoir pour lui les dieux, et atteignit Mahozamalcha, ville considérable et entourée de fortes murailles. Il y dressa ses tentes avec toutes les précautions possibles pour les mettre à couvert des attaques de la cavalerie perse, si redoutable en plaine. Prenant ensuite avec lui quelques vélites, il fit à pied une reconnaissance complète de la place, mais ce ne fut pas sans tomber dans une embuscade où sa vie courut le plus grand danger. Dix soldats perses, sortis par une porte masquée, s'étaient glissés sur leurs genoux le long d'un talus, et fondirent à l'improviste sur les nôtres. Deux d'entre eux qui reconnurent Julien aux marques de sa dignité, vinrent à lui l`épée au poing: mais il reçut intrépidement leurs coups sur son bouclier, perça le flanc de l'un, et l'autre fut criblé de coups par ceux qui entouraient le prince. Les huit autres, dont quelques-uns blessés, prirent la fuite. Julien rapporta la dépouille des deux morts comme trophée au camp, où il fut reçu avec enthousiasme.
LIVRE 24, Chapitre 4

Contexte et remarque: Excellente démonstration de courage et de force de la part de Julien. On imagine très bien l'effet que dû produire sur les hommes de troupe cette victoire personnelle contre l'ennemi. Pour les légionnaires et peut être plus que l'aura divine qui se dégage de la fonction impériale, l'homme qu'est Julien, dût vraiment passer pour un d'entre eux du moins dans leur cœur et non en tant que leur empereur mais comme frère d'arme… Cet exploit est à lui seul plus efficace que n'importe quelle harangue mais on peut s'étonner de voir un empereur, personnage aussi éminent prendre un peu gratuitement tant de risques…

219 Le lendemain, un pont fut construit, et l'armée passa un bras du fleuve, pour trouver un campement plus favorable. Julien le fit entourer d'un double retranchement, sachant qu'il avait tout à craindre au milieu de plaines dégarnies. Il était déterminé à emporter Mahozamalcha; car c'eût été s'exposer que de pénétrer plus avant, laissant une réunion si considérable d'ennemis sur ses derrières. (…)
La population de deux villes, malgré leur position insulaire, avait pris l'alarme, et cherchait à se retirer à Ctésiphon. La retraite des uns fut protégée par l'épaisseur des forêts; d'autres ne trouvèrent de salut qu'en s'embarquant dans des troncs d'arbres creusés, et s'enfonçant dans l'intérieur du pays. Nos soldats en tuèrent une partie, qui se mit en défense. Eux-mêmes parcouraient le fleuve sur des barques et des esquifs, ramassant çà et là des prisonniers. En effet, par une disposition très-bien entendue de nos forces, tandis que l'infanterie se livrait aux travaux du siège, la cavalerie, par détachements, battait au loin la campagne, pour se procurer des vivres. L'armée, de la sorte, tout en ménageant la partie du pays actuellement occupée, vivait cependant aux dépens de l'ennemi.
Déjà nos troupes, formées sur trois lignes, attaquaient vigoureusement la double enceinte de la ville, et l'empereur se flattait d'en venir à ses fins. Mais s'il était indispensable de se rendre maître de la place, il n'était pas aisé d'y réussir. La citadelle était assise sur un rocher à pic, découpé en saillies de l'accès le plus difficile et le plus périlleux: de plus, l'art avait fait monter, au niveau de cette élévation naturelle, des tours formidables qui étaient remplies de combattants; et des ouvrages d'une grande force hérissaient les approches de la partie basse de la ville, construite sur une pente qui aboutissait à la rivière. Joignez à ces obstacles matériels une garnison nombreuse et d'élite, inaccessible à toute séduction, et dont le patriotisme voulait vaincre ou s'ensevelir sous les ruines.
D'un autre côté, nos troupes montraient une ardeur peu docile, et qu'on avait peine à contenir. Dans leur impatience de joindre l'ennemi corps à corps, ils s'indignaient contre le son de la retraite qui les rappelait de l'assaut. L'habileté du chef triompha de cet emportement des esprits par une sage répartition des forces, et en assignant à chacun sa tâche, qu'il s'empressa de remplir. Ici, on travaillait à élever de hautes terrasses; là, on s'efforçait de combler le fossé; plus loin, on ouvrait de longues galeries souterraines. Les ingénieurs disposaient les machines, dont le sifflement allait bientôt se faire entendre.
Névitte et Dagalaif avaient la surveillance spéciale des travaux de mine et d'épaulement. Diriger les assauts, et protéger les ouvrages contre les sorties et les feux jetés des murailles, fut la part que se réserva l'empereur. On était au bout de tant d'efforts, et, les apprêts de destruction terminés, le soldat demandait à grands cris l'assaut, quand le duc Victor, qui avait poussé une reconnaissance jusqu'à Ctésiphon, revint avec la nouvelle qu'il n'avait trouvé l'ennemi nulle part. L'ivresse de joie qu'elle causa chez nos troupes accrut leur confiance et leur ardeur belliqueuse, et l'on attendit impatiemment le signal.
Le martial clairon résonne des deux parts. D'abord les Romains s'efforcent de diviser l'attention de l'ennemi par des cris menaçants et de feintes attaques multipliées; leurs boucliers unis forment au-dessus de leurs têtes une voûte de figure indécise, tantôt continue, tantôt fractionnée, suivant le besoin des manœuvres. Les Perses, abrités sous les lames de fer qui les couvrent, et qui s'étagent comme les plumes sur le corps des oiseaux, pleins de confiance dans ces armures à l'épreuve, sur lesquelles les traits ne font que rejaillir, font bonne contenance sur leurs remparts, toujours prêts à déjouer ou repousser de vive force toute tentative des assiégeants.
Mais quand ils voient nos gens, derrière des mantelets d'osier, attaquer sérieusement leurs murailles; flèches, frondes, fragments de rocs, brandons, brûlots, mettent tout en œuvre pour les faire reculer. Les balistes ne cessent de jouer, et d'envoyer en sifflant des volées de traits continuelles; et, les scorpions, partout où l'on put les ajuster, nous accablent d'une grêle de boulets. L'assaut se renouvela plus d'une fois; mais vers midi la chaleur devint trop forte pour se battre et remuer les machines. Les deux partis durent suspendre, épuisés de fatigue et de sueur. Le lendemain avec même ardeur l'action recommença sous toutes les formes, et se termina comme la veille sans avantage décidé. Cependant le prince, présent partout, pressait la prise de cette ville, qui, en l'arrêtant sous ses murs, l'empêchait de frapper ailleurs de plus grands coups.
Mais dans ces moments de crise le moindre incident a parfois les conséquences les plus inespérées. Vers la fin d'un assaut, au moment où, comme d'ordinaire, on se battait plus mollement, un dernier coup, négligemment donné par un bélier qu'on venait seulement de poser, fit écrouler la plus haute des tours de briques, laquelle entraîna dans sa ruine un pan considérable du mur contigu. La lutte alors se rengage avec des alternatives où se signalent l'élan terrible de l'attaque et l'inventive énergie de la résistance. Nul effort ne rebutait le soldat romain, enflammé d'ardeur et de colère; nulle extrémité n'effrayait les assiégés, combattant pour leur salut. La nuit seule mit trêve, et fit songer au repos.
Tout cela s'était passé à la face du ciel. Vers la fin de la nuit, on vint annoncer à l'empereur, que tant de soins tenaient éveillé, que les légionnaires qu'il avait chargés de pratiquer la mine avaient, en étayant les terres, poussé une galerie jusque sous les fondements des murailles, et qu'ils n'attendaient que ses ordres pour pénétrer dans l'intérieur.
Le jour allait paraître; la trompette sonne; on court aux armes. L'assaut fut, à dessein, dirigé à la fois sur deux points opposés, afin que, dans le tumulte d'une défense partagée, l'attention des assiégés, distraite du bruit toujours plus voisin du travail des mineurs, ne songeât pas à leur opposer de troupes à leur sortie. L'ordre est exécuté, la garnison occupée, l'ouverture pratiquée. Exsupère, soldat de la légion Victorine, sort le premier, puis le tribun Magnus, puis le notaire Jovien. Ils sont suivis d'une troupe hardie. On égorge d'abord les habitants de la maison dans laquelle a débouché la mine; puis, avançant avec précaution, on fait main basse sur les sentinelles, qui chantaient à tue-tête, suivant l'usage de leur nation, les louanges de leur juste et fortuné souverain.
Ceux qui tiennent pour constante la tradition du dieu Mars en personne assistant Luscinus à l'attaque du camp lucanien, et admettent sans scrupule la possibilité d'une telle dérogation de la majesté divine, eurent ce jour-là une confirmation de leur croyance. Un guerrier d'une stature colossale, qui s'était fait remarquer au fort de l'assaut, portant seul une échelle, ne repartit pas le lendemain, et ne put être retrouvé, nonobstant toute enquête, dans une revue générale de l'armée. Or un soldat, avec la conscience d'avoir, aussi bien mérité, n'eût certes pas manqué de se faire connaître. Mais pour un qui resta ignoré, les noms de tous ceux qui s'étaient distingués d'ailleurs furent mis en lumière. La couronne obsidionale leur fut décernée, et, suivant l'usage antique, leur éloge fut prononcé devant l'armée.
Envahie de deux côtés, la malheureuse ville fut bientôt complètement occupée; et; sans distinction d'âge ou de sexe, la furie du vainqueur immola tout ce qui se rencontra d'abord. Quelques-uns placés entre le fer et la flamme, pour échapper au péril présent; se précipitèrent eux-mêmes du haut de leurs murailles et, mutilés par leur chute, souffrirent mille fois la mort en attendant le coup qui leur arracha la vie. Il n'y eut de pris vivant que Nabdatès, chef des gardes du roi, avec quatre-vingts de ses hommes. On les présenta à l'empereur, qui, dans sa clémence, donna l'ordre de les épargner. Le butin fut ensuite équitablement réparti suivant le mérite.
Quant à l'empereur, qui se contentait de peu, il ne se réserva que trois pièces d'or et un enfant muet, doué de la pantomime la plus gracieuse et la plus éloquente, et se déclara très convenablement récompensé pour sa victoire. Parmi ses captives il s'en trouvait naturellement de très séduisantes, car la Perse est renommée pour la beauté de ses femmes. Julien ne voulut pas même les voir. C'est un trait de ressemblance avec Alexandre et Scipion l'Africain, qui, supérieurs aux travaux et aux périls, craignaient de succomber à la volupté.
Durant le siège un de nos ingénieurs, dont le nom m'échappe, se trouvant près de l'affût d'un scorpion, eut la poitrine brisée par la pierre que le pointeur avait maladroitement ajustée à la fronde, et qui fut chassée en sens inverse de sa direction. On le trouva étendu sur le dos, et tellement disloqué que son corps ne conservait plus la forme humaine.
L'empereur eut avis qu'un parti ennemi se tenait caché non loin des murs de la ville détruite, dans un de ces souterrains dont il existe un grand nombre dans le pays, et se préparait à tomber sur notre arrière-garde. Il dépêcha aussitôt pour le débusquer un détachement d'infanterie composé d'hommes d'élite. Ceux-ci ne crurent pas devoir s'engager dans cette caverne; et, ne pouvant attirer ceux qui l'occupaient au dehors, ils en fermèrent l'entrée avec un amas de chaume et de sarments, et y mirent le feu. La fumée, d'autant plus épaisse qu'elle trouvait moins de jour à pénétrer dans l'intérieur, suffoqua un grand nombre de Perses. La flamme qui les gagnait força le reste à s'offrir d'eux-mêmes à la mort. Après en avoir eu raison par le fer ou par le feu, les nôtres revinrent au camp.
Ainsi la valeur romaine triompha de cette puissante et populeuse cité, et n'en laissa que cendres et que ruines.
LIVRE 24, Chapitre 4.

Contexte et remarque: Intégralité du texte composant la prise de Mahozamalcha tant le contenu est riche en anecdotes et informations . Outre tous les ingrédients et péripéties classiques du siège notons la cinquième légion identifiée: la légion Victorine, et la tradition des couronnes honorifiques qui perdurent encore au IVe siècle. La couronne obsidionale récompense classiquement ceux qui les premier traversent les remparts ennemis…

220 Nous essuyâmes un échec peu après notre départ. Une avant-garde de trois cohortes rencontra un parti ennemi sorti de Ctésiphon, et, tandis qu'on était aux mains, un autre détachement passa le fleuve, enleva les bêtes de somme de la suite, et nous tua quelques fourrageurs surpris à l'écart.
LIVRE 24, Chapitre 5

Contexte et remarque: La marche reprend et le harcèlement du contingent romain continu.

221 Julien, la rage au cœur, se dirigea sur Ctésiphon. Un château situé sur un point élevé, et muni de fortes défenses, arrêta sa marche. Il fit à cheval, et faiblement accompagné, une reconnaissance autour de cette forteresse mais, s'étant imprudemment avancé jusqu'à portée des traits, il fut remarqué. Une volée de projectiles tomba soudain autour de lui et blessa son écuyer, qui le touchait presque. Il eût été lui-même atteint d'un javelot de rempart, si tous, s'empressant de le couvrir de leurs boucliers, ne l'eussent préservé d'un danger imminent.
Cette insulte lui causa une irritation extrême, et le décida à mettre le siège devant ce fort Mais la garnison préparait une vigoureuse défense, comptant sur sa position presque inaccessible, et sur l'arrivée prochaine du roi, que l'on disait en marche avec des forces imposantes. Les mantelets et les autres apprêts de siège furent bientôt terminés. Mais les assiégés, qui par le clair de lune suivaient nos opérations du haut de leurs remparts, firent tout à coup une sortie en masse vers la seconde veille, et taillèrent en pièces une de nos cohortes qu'ils surprirent. Le tribun qui la commandait fut tué en combattant.
Au même instant la manœuvre qui avait déjà réussi aux Perses se renouvelle. Un autre parti passe le fleuve, tombe sur nos gens, en tue un certain nombre, et leur fait des prisonniers. La persuasion d'avoir sur les bras une force supérieure fit que, de notre côté, on ne résista que mollement. On revint de cette panique; mais les Perses, qui, de leur côté, prirent l'alarme en entendant la trompette appeler le secours du reste de l'armée, se retirèrent sans avoir essuyé de perte. L'empereur, indigné, mit à pied les cavaliers de la cohorte qui avait si faiblement soutenu le choc des assiégés; ce qui les faisait descendre d'un degré, en leur imposant un service plus dur.
Son ressentiment se tourna ensuite contre ce fort qui avait mis en danger ses jours; et il employa toute son habileté, toute son application à s'en emparer. Toujours au premier rang, et témoin de chaque fait d'armes, il louait la bravoure, et en donnait l'exemple. Enfin, après des alternatives diverses, accablée des projectiles des assiégeants, la place fut emportée par un dernier effort mieux combiné, et sur-le-champ réduite en cendres. Ce résultat obtenu, Julien accorda à l'armée quelques jours de repos, devenus indispensables en raison des efforts qu'elle avait faits et de ceux qui lui restaient à faire, et ordonna une large distribution de vivres. Mais avant tout il jugea prudent de se retrancher d'un fossé profond et d'une forte palissade; car, outre les sorties que faisait craindre le voisinage de Ctésiphon, mille dangers inconnus pouvaient surgir à l'improviste.
LIVRE 24, Chapitre 5

Contexte et remarque: Prise dune forteresse à proximité de Ctésiphon. Quelques pertes on été enregistrée sans doute par trop d'assurance. Le roi des roi dit-on s'approche de l'armée romaine…

222 Nous arrivâmes ensuite au Naarmalcha, ou Rivière des rois. C'est un bras artificiel du fleuve, que nous trouvâmes à sec. Trajan et après lui Sévère avaient ouvert ce canal sur le plan le plus vaste, et, reliant par ce moyen l'Euphrate au Tigre, avaient opéré une communication directe d'un fleuve à l'autre pour les plus gros navires. Les Perses, comprenant tout le parti qu'un ennemi pouvait tirer de cet ouvrage, l'avaient dès longtemps comblé. Nous jugeâmes devoir, dans notre intérêt, rouvrir cette voie, qui reçut, quand elle fut déblayée, un volume d'eau assez considérable pour porter la flotte durant un trajet de trente stades, et la faire déboucher dans le lit du Tigre. L'armée, au même instant, en opéra le passage sur des ponts, et se dirigea sur Coché.
LIVRE 24, Chapitre 5.

Contexte et remarque: Grands travaux des romains pour faciliter leur progression.

223 Jusque-là Julien avait vu tout lui réussir. Son courage se roidissait d'autant plus contre les obstacles, et cette continuité de succès lui inspirait une confiance voisine de la témérité. Sur son ordre, des plus solides parmi les vaisseaux qui portaient les machines de guerre et les subsistances furent débarrassés de leur chargement, et chacun reçut quatre-vingts soldats sur son bord. Il forma ensuite trois divisions de la flotte, en garda deux sous son commandement, et remit à Victor la direction de la troisième, composée de cinq navires, avec mission de passer rapidement le fleuve aux premières ombres de la nuit, et d'occuper le rivage opposé. Cette résolution alarma au dernier point ses lieutenants, qui tous, d'une commune voix, le supplièrent d'y renoncer. Mais il fut inébranlable. Les galères obéirent; elles déployèrent leurs enseignes, et furent bientôt hors de vue. Au moment d'aborder, elles se virent accueillies par une pluie de feux et de matières combustibles, et eussent été réduites en cendres avec les hommes qui les montaient, sans l'énergique décision de Julien, qui, s'écriant que ces feux étaient le signal convenu de débarquement, entraîna tout le reste de la flotte à faire force de rames. Ce mouvement, exécuté avec promptitude, dégagea les cinq navires, qui prirent terre sans grand dommage; et le reste des troupes, après une action très vive, et malgré les pierres et les traits de toute espèce dont on les accablait d'en haut, put enfin couronner les escarpements du fleuve et s'y maintenir.
LIVRE 24, Chapitre 6.

Contexte et remarque: Premier échec tactique de Julien. Celui-ci rattrape l'erreur dans la foulée…

224 On a beaucoup vanté Sertorius d'avoir, tout armé, la cuirasse sur le dos, traversé le Rhône à la nage. Que dire de ceux des nôtres qui par point d'honneur en cette occasion, et pour suivre leur drapeau, se risquèrent, sans autre soutien que leurs larges et convexes boucliers, sur l'eau profonde et tourbillonnante du fleuve, et qui, bien que novices en cette manœuvre, luttèrent en quelque sorte de vitesse avec les vaisseaux?
LIVRE 24, Chapitre 6

Contexte et remarque: Voici enfin le célèbre épisode des soldats traversant le fleuve à la nage s'aidant de leur boucliers. Là c'est clairement indiqué… Le grand bouclier convexe. Il s'agit peut-être d'un bouclier lenticulaire.

225 Les Perses nous opposèrent les rangs serrés de leurs cataphractes, dont l'armure d'acier flexible frappe d'éblouissement leurs adversaires, et qui montent des chevaux caparaçonnés d'un cuir épais. Leurs escadrons s'appuyaient sur plusieurs lignes d'infanterie armés de longs boucliers convexes, et dont le tissu d'osier était recouvert de peaux non tannées. Derrière manœuvraient les éléphants, montagnes mouvantes, nous menaçant de loin d'un conflit dont nous avions déjà fait la terrible expérience. L'empereur, de son côté, adopta l'ordre homérique d'intercaler ce qu'il avait de moins sûr dans son infanterie, entre le premier corps de bataille et la réserve. Cette troupe en effet, s'il l'eût mise en front, suffisait, lâchant le pied, pour entraîner la déroute du reste; et, placée en queue, elle n'eût rien eu derrière elle pour la contenir. Quant à lui, il ne faisait que voltiger de l'avant à l'arrière avec un corps d'auxiliaires, légèrement armés. Dès que les deux armées sont en présence, les Romains agitent leurs aigrettes, secouent leurs boucliers et s'avancent avec lenteur, marquant le pas comme sur une mesure d'anapeste. L'action commence par quelques traits lancés hors des rangs, et déjà du sol battu s'élèvent des tourbillons de poussière. Au son martial du clairon se joint l'excitation des cris poussés, suivant l'usage, de part et d'autre. On s'aborde à coups de piques et d'épées. Nos gens, serrant de près l'ennemi, ont d'autant moins à souffrir de ses flèches. Julien semblait se multiplier, portant du secours où l'on pliait, ranimant les courages qu'il voyait faiblir. Enfin la première ligne des Perses commença peu à peu à rétrograder, puis précipita sa retraite vers Ctésiphon, ne pouvant supporter plus longtemps l'échauffement de ses armures. Nos troupes, bien qu'également harassées, ayant du matin au soir combattu sous un ciel de feu, poussèrent néanmoins les Perses, l'épée dans les reins, jusque sous les murs de la ville, où ceux-ci se jetèrent avec leurs chefs, le suréna, Pigrane et Narsès. Nos gens y seraient même entrés pêle-mêle avec les fuyards, si le duc Victor, qui avait reçu une flèche dans l'épaule, ne leur eût crié et fait signe de s'arrêter, craignant que s'ils s'engageaient une fois dans les murs, les portes ne se refermassent sur eux, et qu'ils n'y fassent accablés par le nombre. L'affaire était terminée; et les soldats, foulant aux pieds les morts, et tout couverts d'un sang glorieux, se réunirent autour de la tente impériale pour payer à leur chef un tribut d'admiration et d'actions de grâce. On ne savait qui l'on devait plus louer en lui, du général ou du soldat. Deux mille cinq cents Perses, plus ou moins, avaient mordu la poussière, et nous n'avions pas à regretter plus de soixante-dix des nôtres. Julien interpella par leurs noms ceux qui, sous ses yeux, avaient le plus intrépidement payé de leur personne, et distribua des couronnes appropriées à chaque belle action.
LIVRE 24, Chapitre 6

Contexte et remarque: C'est la première grande victoire en bataille rangée des romains contre les Perses. Cet extrait est encore une fois d'une extrême précision et se révèle riche en indication exploitable pour la reconstitution. D'abord, la description de l'ordre de bataille adopté par Julien sans doute une triple ligne (triplex acies) avec en son centre les troupes les moins fiables ou les moins aguerries (l'ordre homérique…). Au delà de cela, nous avons tous les détails des préliminaires de la bataille. Quand les deux armées se font face, les romains avancent avec lenteur (ça on le savait déjà…) au rythme de ce pas mystérieux "anapeste" sans doute une marche très cadencée et très marquée puisqu'en même temps les légionnaires, et c'est une autre particularité qu'il nous faut intégrer, agitent leur aigrette tout en secouant leur bouclier. Comment reproduire une telle chorégraphie? Il nous faudra nous y atteler… Ensuite vient les affres du combat proprement dit, la poussière soulevée est sans doute celle des hommes se chargeant et bataillant l'un contre l'autre. Ce passage est vraiment d'une grande importance. Des couronnes sont ici aussi distribuées. Notons une fois de plus le peu de perte dans les rangs romains.

226 Mais l'ardeur de Julien le poussait en avant, au mépris des avis contraires. Il gourmandait ses lieutenants, qui par pusillanimité, disait-il, ou par amour du repos, osaient lui conseiller de laisser inachevée la conquête de la Perse. La résolution lui prit tout à coup de s'avancer dans les terres, et il laissa le fleuve à sa gauche, sur la foi de guides trop peu sûrs, en donnant l'ordre fatal de mettre le feu à la flotte. Il ne réserva que douze des plus petits navires, destinés à jeter des ponts, et qu'il fit suivre sur des chariots. Il crut avoir agi pour le mieux en arrachant cette proie à l'ennemi, et en rendant ainsi disponibles vingt mille hommes environ que la manœuvre ou la remorque des vaisseaux avait occupé depuis le début de la campagne. Éclairé plus tard par les murmures, il reconnut enfin (ce qui n'était que trop évident) que dans le cas d'un échec la retraite vers le fleuve devenait impossible à travers ces plaines arides et ces montagnes à perte de vue. Mais aux yeux de Julien cet inconvénient était compensé par la faculté de concentrer l'armée, et d'opérer désormais sans division de ses forces. On avançait donc par masses compactes dans l'intérieur des terres, et partout l'on trouvait encore abondamment à subsister.
LIVRE 24, Chapitre 7

Contexte et remarque: La fameuse décision stratégique fatal à l'empereur et à sa campagne. Pourtant, et nous le verrons dans le livre 25, les romains n'ont eu à déplorer aucune défaite et si il n'y avait eu la mort quasi "accidentelle" du Prince, les romains aurait pu célébrer une victoire et une conquête affermissant au moins les intérêts de Rome en Mésopotamie… Mais que fait l'armée de 30 000 hommes partie rejoindre l'Arménie. Pourquoi n'a t-elle pas été appelée en renfort, pourquoi n'a t-elle pas ouvert un nouveau front sur le Nord du pays Perse?

227 Les ennemis, pour nous ôter cette ressource et nous prendre par la famine, mirent le feu aux pâturages et aux moissons déjà mûres. Cet embrasement nous arrêta court, et, pour attendre qu'il eût cessé, nous contraignit de recourir à un campement provisoire. Cependant les Perses nous harcelaient sans cesse, tantôt sous la forme d'escarmouches, se dispersant dès qu'on leur faisait tête, et tantôt nous opposant des masses, afin de laisser croire que le roi les avait joints, et que c'était ce renfort qui leur donnait cette audace et cette vigueur inaccoutumées. Ce fut alors que chef et soldats déplorèrent la perte de la flotte, qui leur ôtait les moyens de jeter des ponts et de prévenir les mouvements de l'ennemi, dont l'approche n'était plus annoncée que par le scintillement lointain des armures. À ces inconvénients s'en joignait un autre non moins grave: on n'entendait point parler des secours promis par Arsace, ni de l'arrivée prochaine des deux corps détachés.
LIVRE 24, Chapitre 7

Contexte et remarque: En s'enfonçant dans des terres arides, les Perses qui sont loin d'être des demeurés pratiquent déjà la tactique du harcèlement, et enchaîne avec celle de la terre brûlée qui à fait maintes fois ses preuves en de nombreuses occasions.

228 Pour redonner du cœur aux soldats, Julien fit paraître devant eux un certain nombre de prisonniers grêles et décharnés comme le sont presque tous les Perses; et s'adressant aux nôtres: "Voilà pourtant, dit-il, ce que les enfants de Mars regardent comme des hommes. Espèce rabougrie et rechignée, poltrons que nous avons vus tant de fois jeter leurs armes et tourner le dos sans se battre."
LIVRE 24, Chapitre 8.

Contexte et remarque: Quelques considérations des plus marquées sur le phénotype des perses. La propagande est toujours utiles aux jours difficiles.

229 La prudence humaine n'offrant aucune solution, on éleva des autels, on immola des victimes, et les dieux furent consultés sur le point de savoir s'il fallait retourner directement par l'Assyrie, ou tourner les montagnes à petites journées pour tomber brusquement sur la Chiliocome, qui touche à la Gordyène, et la ravager. L'inspection des entrailles laissant la question indécise, on s'arrête enfin à l'idée d'occuper, faute de mieux, la Gordyène. Le 16 des calendes de juillet, l'armée était en marche depuis le point du jour, quand on vit apparaître à l'horizon ce qui semblait une épaisse fumée ou un tourbillon de poussière. On crut que c'étaient des ânes sauvages, dont la race abonde en cette contrée, et qui ont coutume de s'attrouper pour se garantir des attaques des lions. D'autres pensaient que c'étaient des hordes de Sarrasins qu'attirait sous nos drapeaux le bruit qui s'était répandu du siège prochain de Ctésiphon. Suivant une troisième opinion, c'était sans doute l'armée perse qui venait à notre rencontre. Dans cette incertitude et de crainte d'une surprise, on fit sonner le rappel, et l'armée, formant le cercle, campa tranquillement au bord d'un ruisseau, dans un vallon tapissé d'herbes et sous la protection de plusieurs lignes de boucliers. Ce rideau nébuleux resta en vue jusqu'au soir, sans qu'il fût possible de discerner ce qu'il cachait derrière lui.
LIVRE 24, Chapitre 8

Contexte et remarque: Fin du Livre 24 et tournant de la campagne. Le roi des rois Perse Shâpur II approche et une série de grande bataille va suivre jusqu'à la mort de l'empereur Julien.

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