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 Sujet du message: Re: Une Bretagne, en dehors de Rome ?
Nouveau messagePublié: 11 Jan 2010, 13:52 
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Adwyn a écrit:
Comme le précisait à juste titre mon vénérable (et défunt) professeur G.LeDuc, il faut partir des sources philologiques les plus anciennes pour remonter aux plus récentes ...sinon on part dans l'erreur (mais cela implique d'avoir des connaissances linguistiques digne d'un philologue).


Trois ans déjà que Gwenaël nous a quittés (voir ici).

Quelques uns de ses amis avaient réunis leurs hommages à Gwénaël dans le Bulletin d'information de la société belge d'études celtiques, 21e année, n°167 (avril 2007), p. 36-40. Ce "bouquet" peut être téléchargé en ligne en cliquant ici.

Voir enfin le volume des Mélanges qui lui ont été consacrés (sommaire accessible ici).

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R.I.P.

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André-Yves Bourgès
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 Sujet du message: Re: Une Bretagne, en dehors de Rome ?
Nouveau messagePublié: 11 Jan 2010, 14:02 
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L'usurpateur
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Merci pour ces liens...

On peut trouver cet ouvrage ici http://www.encredebretagne.com/livres/litterature/a-travers-les-iles-celtiques,25549,1.htmli.

Je regrette d'autant plus sa disparition que j'aurai aimé lui présenter notre projet, Letavia.
Je crois, malgré toutes ses réticences et ses méfiances à l'égard des "chiens fous" comme il appelait les celtomanes, qu'il aurait apprécié de voir qu'il est possible de faire quelque chose de sérieux...
Ça me rappelle qu'il nous avaient parlé du sérieux des reconstituteurs britanniques pendant un cours.

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Dybi o Lydaw prydaw gyweithyd. Ketwyr y ar katueirch ny pheirch eu hennyd (...) dyderpi agheu yr du gyweithyd.


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 Sujet du message: Re: Une Bretagne, en dehors de Rome ?
Nouveau messagePublié: 11 Jan 2010, 14:41 
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André-Yves Bourgès a écrit:
Gwalchafed a écrit:
Je veux bien qu'on accorde un peu de crédit historique à Gildas. D'ailleurs sinon autant faire une croix sur un arthur historique...ceci étant, en aucun cas il ne permet de dater un événement comme une intervention romaine en Bretagne dans les années 410...


Juste pour mémoire : il n'est absolument pas question d'Arthur dans le DEB !


Bien sûr, et je ne l'oublie pas...Mais sans le DEB, point de Mons Badonicus, sans Mons Badonicus, point moyen de relier l'Arthur de Nennius à quoi que ce soit de tangible...à moins de souscrire à l'hypothèse d'entrées précoces dans les Annales de Cambrie en suivant L. Alcock, par exemple.

Pour moi, malgré toutes ses inexactitudes et ses errements, le DEB est LE texte qui permet de confirmer un cadre historique à "l'époque d'Arthur", car c'est le seul vrai texte historique contemporain dont toute l'arthuromania a fini par découler indirectement ==> aussi paradoxal que cela puisse paraître, c'est le texte contemporain qui ne nomme par Arthur qui permet de dire que Nennius, Geoffrey, etc...font référence à une véritable époque historique...

Sinon on aurait au mieux la même corrélation qu'entre le Niebelungenlied et la disparition du premier Royaume Burgonde, c'est à dire entre une belle histoire et un événement très flou.

Or s'il est possible de taxer Gildas d'imprécisions, d'ignorances, etc..., il est difficile de mettre en doute le coup d'arrêt mis à la progression saxonne et de le taxer de mensonge flagrant. Et, dans les faits, ce coup d'arrêt est le seul titre de gloire dont on pourrait parer un Arthur historique devenu légendaire.


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 Sujet du message: Re: Une Bretagne, en dehors de Rome ?
Nouveau messagePublié: 11 Jan 2010, 14:58 
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Gwalchafed a écrit:
André-Yves Bourgès a écrit:
Gwalchafed a écrit:
Je veux bien qu'on accorde un peu de crédit historique à Gildas. D'ailleurs sinon autant faire une croix sur un arthur historique...ceci étant, en aucun cas il ne permet de dater un événement comme une intervention romaine en Bretagne dans les années 410...


Juste pour mémoire : il n'est absolument pas question d'Arthur dans le DEB !


Bien sûr, et je ne l'oublie pas...Mais sans le DEB, point de Mons Badonicus, sans Mons Badonicus, point moyen de relier l'Arthur de Nennius à quoi que ce soit de tangible...à moins de souscrire à l'hypothèse d'entrées précoces dans les Annales de Cambrie en suivant L. Alcock, par exemple.

Pour moi, malgré toutes ses inexactitudes et ses errements, le DEB est LE texte qui permet de confirmer un cadre historique à "l'époque d'Arthur", car c'est le seul vrai texte historique contemporain dont toute l'arthuromania a fini par découler indirectement ==> aussi paradoxal que cela puisse paraître, c'est le texte contemporain qui ne nomme par Arthur qui permet de dire que Nennius, Geoffrey, etc...font référence à une véritable époque historique...

Sinon on aurait au mieux la même corrélation qu'entre le Niebelungenlied et la disparition du premier Royaume Burgonde, c'est à dire entre une belle histoire et un événement très flou.

Or s'il est possible de taxer Gildas d'imprécisions, d'ignorances, etc..., il est difficile de mettre en doute le coup d'arrêt mis à la progression saxonne et de le taxer de mensonge flagrant. Et, dans les faits, ce coup d'arrêt est le seul titre de gloire dont on pourrait parer un Arthur historique devenu légendaire.


D'accord avec cette analyse jusqu'à un certain point : le "téléscopage" entre les événements rapportés par Gildas sans véritable souci d'historien et l' "invention" d'Arthur ne doit pas dissimuler que, pour qu'un tel télescopage existe, il faut que le texte le plus ancien (en l'occurrence le DEB) ait été "réinterprété" par les écrivains postérieurs : il me semble donc assez vain de chercher dans le texte de Gildas le moindre commencement de début de preuve de la possible existence d'Arthur, lequel est manifestement un personnage légendaire ultérieurement "historicisé".

Cordialement,

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 Sujet du message: Re: Une Bretagne, en dehors de Rome ?
Nouveau messagePublié: 11 Jan 2010, 15:06 
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Adwyn a écrit:
Je regrette d'autant plus sa disparition que j'aurai aimé lui présenter notre projet, Letavia.
Je crois, malgré toutes ses réticences et ses méfiances à l'égard des "chiens fous" comme il appelait les celtomanes, qu'il aurait apprécié de voir qu'il est possible de faire quelque chose de sérieux...
Ça me rappelle qu'il nous avaient parlé du sérieux des reconstituteurs britanniques pendant un cours.

Je pense qu'il y a effectivement de la place dans le monde des études bretonnes pour les "reconstituteurs" quand ceux-ci sont "sérieux" : le peu que je connais de Letavia au travers de discussions ici ou ailleurs avec Morcant me laisse à penser que c'est le cas de ce projet.

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 Sujet du message: Re: Une Bretagne, en dehors de Rome ?
Nouveau messagePublié: 11 Jan 2010, 22:47 
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Adwyn,
DEB est la seule source que nous pouvons citer pour certains événements, et je pense que qu'une intervention romaine était possible pour l'année 418, qui permettrait d'expliquer la survivance de postes romains en Bretagne. Le cas de coel Hen en est le meilleur exemple.
Non, je ne cite jamais à la légère mes sources, si c'est ce que tu penses. J'ai utilisé l'argumentaire d'autres auteurs, car il était intéressant. Et c'est aussi un travail personnel. Bien sûr, j'ai été conseillé, pour qu'il soit pertinent. J'ai essayé d'être prudent, mais je pense que le but escompté a été mal compris.
Merci !


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 Sujet du message: Re: Une Bretagne, en dehors de Rome ?
Nouveau messagePublié: 12 Jan 2010, 00:43 
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Le cas de Coel Hen n'est en lui même pas un bon exemple. Il n'est après tout connu que par les généalogies (postérieures au VIIIe siècle) qui font remonter les différentes dynasties des royaumes bretons du nord à son nom. S'il est envisageable que le personnage ait existé il est par contre difficile de bâtir un argumentaire sur son hypothétique titre de Dux britanniarum.

Des exemples plus solides existent quant à la persistance de titres de de fonctions romaines en Bretagne aux V-VIe siècle, et d'ailleurs c'est là que le DEB fournit une grande partie de son potentiel. Ces titres n'ont d'ailleurs pas besoin d'une intervention de Constantius pour s'être maintenus. Autonome ou pas, la Bretagne ne s'est tout simplement pas éloignée du monde romain du jour au lendemain.

Avant de s'appuyer sur une source il faut savoir la critiquer. Pour les événements antérieurs à l'Adventus saxonum (et même la vision de ce dernier qui est discutable), tout au plus le DEB fournit des indices. Certes ils sont intéressants compte tenu de la relative carence documentaire de l'époque, mais de là à y chercher une chronologie précise c'est pousser trop loin. Dans le domaine des études bretonnes, tout particulièrement. Les textes sont souvent difficiles d'approche et incertains quant on souhaite les interpréter, il faut donc redoubler de rigueur.
Certains chercheurs qui ont manqué de cette rigueur en ont énormément pâti. Je pense à John Morris et son ouvrage The Age of Arthur où il utilisait à profusion la littérature galloise médiévale pour présenter une Ile de Bretagne avec à sa tête Arthur comme véritable empereur. La réponse critique fut particulièrement importante...

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 Sujet du message: Re: Une Bretagne, en dehors de Rome ?
Nouveau messagePublié: 12 Jan 2010, 13:36 
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Morcant,
Je pense à la survivance de postes romains. L'intervention de Constantius tient plus à une remise à l'ordre rapide, d'ailleurs tout au plus on confirma peut-être à leur charge les personnes déjà nommées à ces postes, mais je n'ai jamais dit que c'était certain. La datation donnée est faite également à partir d'autres ouvrages, notamment sur la carrière de Constantius. Et encore une fois, c'est une hypothèse, pas une vérité, mais je la juge intéressante. Je ne l'impose pas et j'ai déjà signaleé que c'est à vous de vous faire un avis. Et je vois que mon propos n'a pas été compris.
Et je ne tiens pas à faire comme John Morris, je trouve que tu es dur. D'ailleurs je trouve son argumentaire dangereux.
Merci !


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 Sujet du message: Re: Une Bretagne, en dehors de Rome ?
Nouveau messagePublié: 12 Jan 2010, 15:28 
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André-Yves Bourgès a écrit:
D'accord avec cette analyse jusqu'à un certain point : le "téléscopage" entre les événements rapportés par Gildas sans véritable souci d'historien et l' "invention" d'Arthur ne doit pas dissimuler que, pour qu'un tel télescopage existe, il faut que le texte le plus ancien (en l'occurrence le DEB) ait été "réinterprété" par les écrivains postérieurs : il me semble donc assez vain de chercher dans le texte de Gildas le moindre commencement de début de preuve de la possible existence d'Arthur, lequel est manifestement un personnage légendaire ultérieurement "historicisé".

Cordialement

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C'est bien ça...ce que j'essaie d'exprimer avec plus ou moins de bonheur, c'est que si on retire de la littérature arthurienne" tout ce qui est directement pompé de Gildas, il ne reste rien d'historique.


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 Sujet du message: Re: Une Bretagne, en dehors de Rome ?
Nouveau messagePublié: 12 Jan 2010, 17:14 
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Gwalchafed a écrit:
C'est bien ça...ce que j'essaie d'exprimer avec plus ou moins de bonheur, c'est que si on retire de la littérature arthurienne" tout ce qui est directement pompé de Gildas, il ne reste rien d'historique.

C'est peut-être moi qui suis un peu dur à la comprenette :oops:

En fait la nuance porte simplement sur le "si on retire..." : je ne vois pas comment d'un point de vue méthodologique, on pourrait faire autrement aujourd'hui que de retirer à la littérature arthurienne les emprunts faits à Gildas et surtout les extrapolations à partir du DEB : cet ouvrage, dont la richesse dépasse de loin sa médiocre dimension "historique" (cf. la thèse de Kerlouégan :mrgreen:) n'a pas pas été écrit dans une éventuelle perspective arthurienne, et pour cause ! car celle-ci était manifestement inconnue de Gildas !

En tout cas heureux de cette proximité d'analyse !

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 Sujet du message: Re: Une Bretagne, en dehors de Rome ?
Nouveau messagePublié: 04 Oct 2014, 11:45 
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Je ne suis pas spécialiste de la Bretagne romaine (Britannia), actuelle Grande-Bretagne. Mais dans la suite de ce qui a été dit ici, il me semble que la date de 410 est purement conventionnelle pour fixer la fin de la période romaine. Que s'est-il alors passé ? Suite à l'usurpation de Constantin III, la plupart des troupes romaines avaient quitté la Bretagne en 407. En proie à diverses invasions (Pictes, Scots, Anglo-Saxons), la Bretagne est laissée à elle-même. Une délégation des civitates bretonnes demande alors à l'empereur Honorius (à Ravenne) de rappeler les troupes romaines. Honorius répond en demandant aux Bretons d'assurer eux-mêmes leur défense : rescrit de 410. Honorius devait en effet faire face aux Wisigoths en Italie, sans compter diverses peuplades germaniques en Gaule. Je me réfère ici à la version classique, dont on n'est pas entièrement sûr. Elle parait en tout cas vraisemblable.

Il semble en tout cas certain que la Bretagne n'a pas déclaré son indépendance en 410. De fait on retrouvera par la suite des monnaies romaines bien postérieures à cette date. Yann Le Bohec, dans "Naissance, vie et mort de l'Empire romain" (éditions Picard) mentionne par exemple (page 812) des pièces à l'effigie de Constance III, empereur d'Occident en 421. La Bretagne n'avait aucun intérêt à déclarer son indépendance. Elle ne demandait qu'à être protégée par les troupes romaines d'envahisseurs ne faisant aucune différence entre les Bretons selon leur degré de romanisation.

De son côté, Honorius n'a pas abandonné formellement sa souveraineté sur la Bretagne. On ne voit d'ailleurs pas pourquoi il l'aurait fait ! Son rescrit laisse seulement entendre qu'il n'avait pas les moyens de défendre la Bretagne, mais les aurait peut-être un jour. L'administration romaine reste en place.

Cela dit, les invasions germaniques provoquent un isolement croissant de la Bretagne tout au long du Ve siècle, ce qui équivaut à une sécession de facto, pas en droit. Remarquez ici que la Bretagne avait déjà fait sécession de facto à plusieurs reprises : empire des Gaules au IIIe siècle, diverses usurpations par la suite. Pour autant, aucun historien ne conteste qu'elle faisait alors toujours partie du monde romain !

À quelle date faut-il donc situer la fin de la période romaine en Bretagne ? Très difficile à dire ! Ce ne serait pas avant la fin du VIe ou le début du VIIe siècle (au plus tôt), si je me réfère à l'un des intervenants. Les invasions germaniques (anglo-saxonnes) provoquent des guerres incessantes avec les Celtes bretons, par contrecoup l'effondrement progressif de l'administration romaine.

Pour conclure, on peut affirmer que les envahisseurs germaniques ont rencontré le plus de résistance en Bretagne. Mais c'est la résistance même des Bretons qui a provoqué la quasi-disparition de l'héritage romain, s'étant par contre largement maintenu en Gaule ou en Hispanie : droit, langue... Très peu de mots anglais remontent par exemple à l'époque romaine. La plupart des nombreux mots anglais d'origine latine (française) viennent de la conquête de l'Angleterre par Guillaume II de Normandie en 1066.

Êtes-vous d'accord avec cette analyse ? :roll:


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 Sujet du message: Re: Une Bretagne, en dehors de Rome ?
Nouveau messagePublié: 04 Oct 2014, 19:51 
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Bienvenue Spalding et merci de ta première contribution ici. La date de 410 est en effet pour moi seulement symbolique, davantage encore si l'on remet en cause le rescrit d'Honorius (l'hypothèse alternative étant que l'empereur se soit adressé non pas aux Bretons mais aux cités du Bruttium en Italie).

Par contre une date peut-être plus significative, c'est 409, année pour laquelle Zosime signale que l'administration romaine est chassée de Grande-Bretagne et d'Armorique. Il s'agirait de l'administration mise en place par Constantin III, dont les Bretons auraient été particulièrement déçus, abandonnés par l'usurpateur face aux menaces barbares. Pour Ken Dark cet événement aurait signé une révolution sociale et marqué la fin de l'administration diocésaine, les centres de pouvoirs n'étant plus assumés qu'au niveau provincial. Pour Stuart Laycock, l'éclatement aurait pu avoir eu lieu encore plus tôt et marquant l'émergence de conflits entre civitates rivales, un retour aux guerres entre tribus bretonnes en somme qui se poursuivit aux siècles suivants avec l'émergence des royaumes bretons et anglo-saxons. Tu trouveras des comptes rendus de leurs ouvrages respectifs sur ce forum.

Mais la culture romaine a très certainement survécu plus longtemps en Grande-Bretagne, de même qu'un certain sens d'appartenance à l'empire même si au VIe siècle, Gildas distingue bien Bretons (qu'il désigne d'ailleurs comme cives, citoyens) et Romains.

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 Sujet du message: Re: Une Bretagne, en dehors de Rome ?
Nouveau messagePublié: 04 Oct 2014, 22:22 
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Bonjour, Morcant ! Félicitations d'abord pour ton avatar, très réussi. Le mien figure Spalding, l'un des personnages de "Vol 714 pour Sydney", un excellent Tintin !


Si je comprends bien, la fin de la Bretagne romaine se serait faite en trois phases, se chevauchant par ailleurs :


1) La Bretagne évolue de plus en plus en dehors de l'Empire romain. Il faut d'abord signaler le départ de la plupart des soldats romains en 407, emmenés sur le continent par l'usurpateur Constantin III. Cela signifie que l'Empire romain n'a plus les moyens d'assurer effectivement sa domination sur la Bretagne. Les invasions germaniques du Ve siècle en Gaule ne peuvent qu'accentuer l'isolement de la Bretagne romaine. Il se produit une sécession de facto, pas en droit. La Bretagne ne déclare pas son indépendance, et les empereurs romains n'abandonnent pas formellement leur souveraineté.


2) L'administration romaine commence à se désagréger, peut-être dès le IVe siècle (Laycock). Zosime signale qu'elle cesse d'exister en 409. Pour Ken Dark, c'est l'administration centrale (diocésaine) qui aurait disparu à la suite d'une révolution sociale. Les Bretons voulaient apparemment se débarrasser de toutes les créatures installées par Constantin III, usurpateur les ayant abandonnés. L'administration romaine n'existe donc plus qu'au niveau provincial. Cela rend très difficile le rétablissement de la domination impériale, sauf intervention militaire massive. Mais les empereurs d'Occident n'en ont plus les moyens, avec les invasions germaniques sur le continent.

Cette tendance se poursuivra ensuite, les civitates bretonnes entrant en conflit l'une contre l'autre. Elle finit par déboucher sur la reconstitution des royaumes celtes préexistant à la conquête romaine. Nous avons par exemple le légendaire roi Arthur. Seule différence : il existe maintenant aussi des royaumes anglo-saxons, issus des invasions germaniques. Bien entendu, un état de guerre chronique existe entre Bretons et Anglo-Saxons. Cela ne peut qu'accélérer la désagrégation de l'administration romaine.

Pour essayer de faire une transposition à notre époque, c'est comme si l'administration centrale d'un pays comme la France cessait d'exister pour une raison ou une autre. Chaque région vit alors de manière autonome. Si les administrations régionales cessent aussi de fonctionner, nous descendons au niveau des départements, ainsi de suite. L'Allemagne a connu plus ou moins cette situation de 1945 à 1949, quand il n'existait plus de gouvernement central, seulement quatre zones d'occupation.


3) La culture romaine se maintient toutefois assez bien jusqu'à la fin du VIe siècle au moins, si j'en crois le lien signalé : http://taigong788.skyrock.com/2548669839-Une-Bretagne-en-dehors-de-Rome.html - Elle finit toutefois par disparaitre presque complètement, suite aux bouleversements politiques des deux phases précédentes. J'ai signalé que seuls quelques mots anglais étaient d'origine romaine : "street", "mile", "wall", les terminaisons en "chester"... Le droit romain n'a plus cours non plus. Résultat étonnant après une présence qui a quand même duré près de quatre siècles, surtout à côté de la Gaule ou de l'Hispanie ! Cela dit, on peut penser que la Bretagne n'a été que superficiellement romanisée en dehors du bassin de Londinium (Londres).


L'isolement croissant de la Bretagne (phase 1) a dû favoriser la désagrégation de l'administration romaine (phase 2), finalement la disparition presque complète de la culture romaine (phase 3). Au cours de la phase 1, la Bretagne fait sécession de facto comme au temps de l'empire des Gaules (IIIe siècle). Au cours de la phase 2, elle sort du moule politique romain et devient en quelque sorte une "terra incognita". Au terme de la phase 3, c'est la culture romaine elle-même qui disparait presque complètement. Ces trois phases se sont bien sûr chevauchées.

D'un point de vue politique, on peut considérer que la Bretagne ne fait plus partie du monde romain au cours de la deuxième phase. La meilleure date serait alors 409, avec l'effondrement de l'administration centrale romaine, comme tu le suggères. Mais sinon, est-ce que tu es d'accord avec mes trois phases ? ;)


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 Sujet du message: Re: Une Bretagne, en dehors de Rome ?
Nouveau messagePublié: 05 Oct 2014, 00:50 
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C'est cependant plus complexe que ça et on peut imaginer une multitude de scénarios à l'échelle locale. L'antagonisme entre Bretons et Anglo-Saxons est très probablement à nuancer étant données les nombreuses guerres entre Bretons, entre Saxons, ou les alliances réciproques faisant fi des cultures et des religions ; pour ne retenir qu'un seul exemple : celle de Cadwallon, roi du Gwynedd, avec Penda, roi païen de Mercie, contre Edwin, premier roi angle chrétien de Northumbrie.

Les Bretons ont longtemps conservé des traditions romaines, certes provinciales et assez partielles parce que paradoxalement ils se sont maintenus plus longtemps dans les franges occidentales de l'île, moins romanisées (sans compter l'influence gaélique). L'étude de l'épigraphie montre qu'il existait une forme de bas latin typique à la Bretagne et pratiqué à côté du brittonique, avec une forte influence réciproque entre les deux langues. Il existe de nombreux mots d'origine commune latine toujours usités en breton moderne ou en gallois, comme pont, cwmwl (un nuage), etc. Au VIe siècle le christianisme a constitué la meilleure preuve de continuité avec l'empire romain, avec même une expansion de la culture latine aux voisins gaels et pictes.

Paradoxalement ce qui a exclut le plus les Bretons c'est leur conservatisme, notamment au niveau religieux. La conversion au Christianisme des Anglo-Saxons au VIIe siècle et leur choix de l'église romaine au détriment des églises insulaires les a considérablement rapprochés des cultures dominantes sur le continent, notamment des Francs, successeurs politiques de l'autorité romaine en Gaule.

Pour un tour complet du sujet, je te conseille la lecture de cet ouvrage récent, malheureusement trop cher à l'achat !
viewtopic.php?f=39&t=2474

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 Sujet du message: Re: Une Bretagne, en dehors de Rome ?
Nouveau messagePublié: 05 Oct 2014, 10:04 
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Pour résumer ton propos, certaines traditions romaines et le latin ont continué à influencer les Celtes de Bretagne (actuelle Grande-Bretagne) dans les franges occidentales de l'île : pays de Galles, Cornouailles. Ces régions avaient été pourtant peu romanisées. On peut toutefois penser qu'un exode massif des Celtes relativement romanisés (plus à l'est) a dû se produire vers l'ouest, sous l'effet des invasions anglo-saxonnes. La culture des Celtes occidentaux (Galles, Cornouailles) a pris alors une touche romaine et/ou latine. Par contre, les mots latins issus de la période romaine sont très peu nombreux en anglais. Mais il est vrai que cette langue est d'origine germanique (pas celte). Elle a été apportée par les envahisseurs anglo-saxons du Ve siècle.

Par ailleurs, le christianisme a permis en effet de préserver dans une certaine mesure l'héritage romain. L'Église utilisait le latin, se faisait le dépositaire de la culture antique dans ses monastères et l'enseignait autant que possible. Les Anglo-Saxons ont dû subir son influence comme les Celtes.


Tout ce qui précède concerne la culture proprement dite (ma phase 3). Sur le plan politique, j'avais situé la fin de la Bretagne romaine au début de la phase 2 : effondrement de l'administration centrale (diocésaine) en 409. Mais à la réflexion, je pense qu'il vaut mieux considérer la fin de cette phase 2. L'effondrement complet de l'administration romaine doit alors correspondre à la résurgence des royaumes bretons. Je parle ici des royaumes celtes de Grande-Bretagne, pas des royaumes anglo-saxons issus des invasions germaniques sur cette île.

Mes questions sont donc les suivantes. Quels sont les royaumes celtes apparus à la fin de la période romaine et leur localisation approximative ? Connait-on leurs rois ? Que sait-on du légendaire roi Arthur ? À quelles dates approximatives ces royaumes celtes se sont-ils constitués ? Est-ce au début, au milieu ou à la fin du Ve siècle ? Ou bien encore au VIe siècle ? Existe-t-il un bon site là-dessus sur Internet ? :roll:


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