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 Sujet du message: La cuisson des céramiques tardo-antiques
Nouveau messagePublié: 20 Oct 2008, 10:16 
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LA CUISSON DES CERAMIQUES GALLO-ROMAINES TARDIVES

En préambule, il convient de préciser que les opérations de cuisson ne sont pas très différentes aux IVème et Vème siècles par rapport à celles des siècles précédents. En fait, en ce qui concerne les céramiques communes, qu’elles soient claires ou sombres, a été mise au poins à la Tène moyenne ou finale, et celle des céramiques à revêtement argileux grésé (ou vitrifié) se fera vers la fin du Ier siècle av. J.-C. , directement inspirée des techniques italiques. D’ailleurs les premiers ateliers à maîtriser ce processus en Gaule seront souvent des succursales d’ateliers italiques ou padans. Lorsque cela se trouvera nécessaire, je donnerai quelques précisions quant à l’évolution de l’une ou l’autre technique en vigueur aux époques qui nous intéressent.

Je commencerai ce nouveau sujet par résumer un exposé que a été présenté par Philippe Bet, Richard Delage et Paul Van Ossel lors du congrès de la SFECAG ( Société Française d’Etude de la Céramique Antique en Gaule) à St.-Romain-en-Gal en 2003.

Il s’agit de la découverte d’un atelier de production de sigillée de type argonnais du milieu du IVème siècle près de Meaux.

Par le terme « sigillée » il faut entendre une production à revêtement argileux, généralement standardisée sur des formes précises, et de couleur généralement claire due à une cuisson oxydante faite dans des fours à tubulures, c'est-à-dire fonctionnant par rayonnement. Dans l’antiquité tardive, il y a toutefois des exceptions, et les producteurs admettaient dans certains ateliers la commercialisation de pièces flammées accidentellement, ou produites dans des fours à flammes vives, alors qu’au haut-empire, ces pièces accidentellement exposées au feu direct étaient systématiquement mises au rebut.

Le terme « sigillée » provient du « sigillum », c'est-à-dire du sceau portant la marque du potier, souvent apposé au centre de la face interne du récipient. Cela n’implique pas du tout, comme on le croit généralement, que ces productions soient moulées. Aux IV et Vème siècle, elles sons systématiquement tournées. (il est toutefois vrai que lors des siècles précédent on a fait de très nombreuses pièces moulées portant un décor en relief. Cette production sera abandonnée vers la fin du IIIème s.)

L’ATELIER :

C’est lors du contournement autoroutier de la ville de Meaux que Renaud Gosselin, archéologue INRAP a repéré des vestiges de fours gallo-romains à proximité immédiate de bâtiments antiques. Il reçoit bientôt le mandat de la part du Conseil Général d’Ile-de-France de procéder à une fouille d’urgence, qui se déroulera sous sa responsabilité de juin à septembre 2002.
Situé à moins de 5 km. De Latinum, ( aujourd’hui Meaux), sur le territoire de la Première Lyonnaise depuis Dioclétien, puis de la Quatrième Lyonnaise un siècle plus tard, le site se trouve sur un terrain en déclivité situé à moins de 500 m. de la voie reliant Sens à Meaux.

Le site se trouvait dans un enclos de 100 x 228 m., extrêmement arasé, mais dans lequel on a tout de même pu repérer plusieurs étapes de constructions, dont une dernière au IVème siècle, date confirmée par des rebus de cuisson de poteries du IVème sous les fondations.

Cinq fours ont été repérés et fouillés, mais les ateliers et bâtiments se stockage n’ont, au moment de l’exposé, pas pu être formellement identifiés. C’est donc essentiellement sur les fours et les rebuts de cuisson que nous allons nous arrêter.

Ce ces cinq fours, deux sont en excellent état de conservation et méritent que l’on s’y arrête.

LE FOUR No 4 :

Image Image
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Ce four, d’un diamètre intérieur d’1m.10 environ est exceptionnellement bien conservé, et son laboratoire possédait encore une élévation de plus de 90 cm.
C’est une construction assez atypique à plusieurs points de vue. Premièrement c’est un four à flammes nues, ce qui est plutôt rare dans les ateliers fabriquant de la sigillée, et aussi par la faible nombre de ses ouvertures dans la sole, ce que l’on appelle carneaux. 8 carneaux de 60 mm. de diamètre, c’est très peu, et cela implique des cuissons très lentes, probablement pour limiter les « coups de flamme » sur les céramiques.

En comparaison, ce four du même type à Braives ( Belgique) est beaucoup plus proche du standard de ce type d’installations à chargement par le haut.

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La sole (c’est ainsi que l’on nomme la dalle de fond percée) comportait ici au moins 60 carneaux. Mais l’installation est un peu plus volumineuse, il convient de le préciser.
Cette évolution, précisons-le, n’a pas de rapport avec l’époque de construction des fours. In le faut en aucun cas en déduire que le tirage des fours était moindre au Bas-Empire. A Braives, on a choisi de construire une installation puissante, à Meaux, plutôt lente. Ce genre de chaoix est en règle générale dicté par la qualité des argiles utilisées pour confectionner les céramiques, certaines terres exigeant absolument une montée en température très lente.

Ce type de four est généralement presque complètement enterré. Non seulement la terre du remblai améliore l’isolation thermique, mais en plus elle bloque les parois et évite que les inévitables fissures dues à la dilatation n’aboutissent à des effondrements.

Ces fours de Meaux sont construits en argile et torchis, et les supports de la sole sont fait de tegulae, les grandes tuiles plates à rebords communes à tout l’Empire Romain. Le garnissage de la sole peut âtre fait d’argile sablonneuse ou de torchis, cela dépend des matériaux de construction et de la qualité des terres à disposition.

Le feu est pratiqué dans un foyer souterrain, puis amené dans la partie inférieure du four par un canal que l’on nomme « alandier ». Un fois la chambre de chauffe (la partie inférieure du four) atteinte, il filtre lentement au travers des carneaux et chauffe les céramiques en cours de cuisson.

Image

Ce type de four se charge donc par le haut, et une fois les céramique à cuire empilées, on installe une couverture faite généralement de tessons

LE FOUR No 3 :

Ce type de four, lui aussi très bien conservé, quoique l’élévation au-dessus de la sole n’est que de quelques centimètres, correspond bien aux ateliers de sigillée tardo-antiques. Sa spécificité se trouve dans l’intégration des canaux de chauffage dans les parois du laboratoire, ainsi que dans quatre tubulures internes. Pour autant que l’on n’ait pas de fuites, ce type de four fonctionne comme un four électrique, c’est à dire par rayonnement, les tubulures agissant comme corps de chauffe. Les flammes ne sont donc plus en contact direct avec les céramiques, ce qui assure une couleur parfaitement uniforme du revêtement. Le four No 3 fait environ 1,40 m. de diamètre intérieur. Compte tenu des éléments manquants, il était équipé de 56 conduits de chaleur dans les parois, et 4 traversant le laboratoire.

Image Image

On peut voir le principe de fonctionnement dans le dessin ci-dessous, bien que le nombre de tubulures internes soit plus grand :

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On le voit donc, il s’agit d’un système assez perfectionné, demandant un entretien rigoureux. La moindre fuite amènera des gaz de combustion dans le laboratoire, et les coloris qui devraient être orange ou rouge vifs vireront au brun. Dans les faits, c’est un accident assez fréquent, qui peu « griller » une fournée dans que l’on puisse s’en apercevoir en cours de cuisson.

Mais que produisait-on dans cet atelier ?

Eh bien, le parfait standard de la sigillée d’Argonne et de ses dérivées vers le milieu du IVème siècle :

Image Image

Des assiettes, des mortiers (6 et 7), des bols moulurés grands et petits, et, ce qui fera plaisir à Hengist, des cruches peintes dans le style de celle découverte dans la sépulture de la Dame de Fécamp ! En ce qui concerne les bols et mortiers, ce type dit « à bandeau » est typique de l’antiquité tardive.
Et bien entendu les inévitables bols décorés en damier à la molette, inévitable parce qu’il s’agit là d’un des incontournables de la céramique antique tardive. L’image est peu parlante, le grisé figurant le décor a disparu au scan. Il se situe sur la partie inférieure du bol, entre les sillons que l’on remarque bien sur les plans.

Image

Une assiette Ch. 304. Elle ne provient pas de Meaux, mais correspond parfaitement au genre de productions de cet atelier.


Image

Un petit bol à décor en damiers. Bien que l’argile soit trop rouge pour être celle de Meaux, la forme est parfaitement concordante. Cet exemplaire pourrait bien provenir d’Avocourt.

Compte tenu des styles de vases produits à Meaux, une datation dans le courant du second tiers du IVème siècle a été proposée. Cete production a surtout été diffusée en Ile-de-France, mais quelques pièces ont été repérées dans le Nord et en Picardie.

Cette découverte st considérée comme exceptionnelle par la qualité de conservation de ces deux fours, mais aussi parce que cela faisait longtemps que l’on suspectait une production de dérivées de sigillées d’Argonne en Ile.-de-France, céramiques à pâte siliceuse beige et revêtement orangé.

Cette présentation illustre un type de production de l’antiquité tardive, et deux genres de fours qui lui correspondent, et qui sont assez typiques des productions claires. Pour la déramique sombre, que ce soit en technique « terra nigra », c'est-à-dire plutôt basse température (800-900oC) ou a revêtement argileux sombre (950-1100oC), il faut un autre type de four comportant une coupole fixe. Ces couvertures permanentes permettent de mieux régler le flux des gaz de combustion dans le laboratoire et ainsi de faire des cuissons en atmosphère confinée. Ceci fera l’objet d’une prochaine présentation.

Valete !

Illanua

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 Sujet du message: Re: La cuisson des céramiques tardo-antiques
Nouveau messagePublié: 20 Oct 2008, 20:39 
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Inscrit le: 04 Sep 2008, 11:09
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Super intéressant ! Merci beaucoup de cette synthése.

A+

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Brito-Romain an 500, ... A Brest, y'a deux Saisons, l'hiver et le 15 août ! Sauf que cet année le 15 août fut pire que l'hiver ...


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 Sujet du message: Re: La cuisson des céramiques tardo-antiques
Nouveau messagePublié: 22 Oct 2008, 14:14 
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Pour ce qui est de la céramique sigillée d'Argonne, certains tessons ont été retrouvés sur le site que je dirige, dans des contextes IVe voire Ve siècle. Ces tessons sont accompagnés de ce qu'on appelle communément "céramique à l'éponge".

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 Sujet du message: Re: La cuisson des céramiques tardo-antiques
Nouveau messagePublié: 22 Oct 2008, 15:06 
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Inscrit le: 08 Sep 2008, 14:05
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la céramique à l'éponge, je la vois souvent citée. Ne provient-elle pas de la Région Charentes? En tous cas je me souviens qu'à Bourges, la nécropole du Lazenay en a fourni un certain nombre. Malheureusement les quelques images que j'en ai sont en N/B et très sombres. Difficile donc de me faire une idée précise. Et surtout de tenter de reproduire...

Si jamais tu en trouvais un exemplaire complet ou au moins un gros tesson où l'on puisse se faire une idée de l'organisation du décor, pourrais-tu m'en faire un cliché numérique et me la faire parvenir par MP' ?

ça me permettrait aussi de faire une comparaison avec une cruche tardive provenant de Vienne, mais dont je ne suis pas sûr de la provenance, ainsi qu'avec des tessons portant des décors, apparemment posés au pinceau provenant de Heerlen (NL) et qui pourrait s'apparenter au groupe dit "à engobe rouge brossé"

Vale!

Illanua

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 Sujet du message: Re: La cuisson des céramiques tardo-antiques
Nouveau messagePublié: 23 Oct 2008, 10:28 
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Inscrit le: 07 Sep 2008, 01:16
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Je n'ai malheureusement pas de formes entières, mais par contre je croix que je peux trouver un tessons assez gros et relativement parlant.

Par contre, les centres de fabrication de ce genre de céramiques ne sont pas connus. Pas mal de gens voudraient voir un ou plusieurs ateliers dans le village de Civaux, près de Poitiers, en gros à l'endroit où se trouve plus ou moins la centrale nucléaire "locale". Cependant, il y a une sorte de polémique sur ça. Plusieurs céramologues commencent à croire en l'existence d'ateliers du côté de Saintes et de la Saintonge en générale, zone très riche en potiers, certaines formes précoces étant a priori distribuées jusqu'à Rezé (et peut-être même jusqu'en Angleterre, l'étude est en cours).
Cette céramique à l'éponge ne doit son son qu'à son décor qui présente des sortes de fleurs dont on pensait qu'elles étaient faites avec une éponge posée sur l'engobe généralement de couleur orange. Or on s'est aperçu que ces "fleurs" étaient simplement des sortes de décors digités, c'est à dire que ce sont les doigts posés sur l'engobe qui laissent ces traces.

Voici un exemple de cruche présenté au Musée Dobrée bien que je trouve l'engobe très marron

http://img529.imageshack.us/my.php?image=epongeny0.jpg

D'après les derniers éléments que je possède quant à ce type de céramique, il semble qu'il y ait plusieurs traitements de surface, suivant l'argile utilisée. Du coup, on peut avoir un engobe plus ou moins clair. Peut-être cela dénote-t-il l'existence de plusieurs ateliers. Quoiqu'il en soit, une typologie existe réalisée par M. Raimbault. Certaines formes reprennent le répertoire des sigillées, notamment en ce qui concerne les coupes.

Je recherche donc un tesson "parlant" et je te fais parvenir ça dès que possible.

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 Sujet du message: Re: La cuisson des céramiques tardo-antiques
Nouveau messagePublié: 23 Oct 2008, 14:13 
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Inscrit le: 08 Sep 2008, 14:05
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Salut Clovis!

Merci pour ce renseignements! En fait l'image de la cruche est bien précisément celle que j'avais dans mon disque. Je ne l'avais pas trouvée sur le siite du musée Dobrée, mais sur une autre page qui l'avait pompée, qui précisait "région de Vienne", alors qu'elle a peut-être été découverte dans LA Vienne... D'où les doutes que j'avais, ainsi que la dénomination "céramique à l'éponge".
Sur ce dernier terme, tu as parfaitement raison, le revêtement n'est pas posé à l'éponge, mais par trempage, les motifs étant obtenus par pressions du doigt ou de la paume de la main avant que l'eau de l'engobe ne soit absorbée.
Quant à la couleur, il faut se méfier des appréciations "plus clair" ou "plus foncé". Dans une même fournée il peut y avoir de nombreuses tonalités dues aux flux de gaz de combustion et aux irrégularités de température. je viens tout juste de défourner un gros lot de tardives, dont des cruches, justement. Or certaines sont rouges et d'autres presque marron, et pourtant elles sont toutes faites de la même terre, et ont été engobées à sec et en même temps. Il en est exactement de même pour plusieurs autres lots de pièces. Mon four ressemble un peu au No 4 de Meaux. Il fait exactement le même diamètre, mais au lieu de 8 carneaux périphériques de 60 mm. j'en dispose de 24 de 45 mm. La machine est donc un peu plus puissante ( 65% pour être précis). Il chauffe un peu plus sur la périphérie que sur le centre, mais très régulièrement en profondeur. C'était impressionnant, toute la périphérie était marron alors que le centre du lot était rouge. Pas pu prendre de photos, malheureusement, le temps était pourri et la lumière impossible... Dès que j'ai un rayon de soleil, je tenterai quelques prises de vue pour illlustrer tout ça et dès que j'ai les clichés de la cuisson je ferai un petit post sur ce sujet. ça prendra quelques jours, on a fait toute une série d'images de nuit en lumière naturelle.

Ceci dit, c'est un peu galère, ces dénominations. En Suisse orientale, on trouve ce qui est nommé de la "céramique flammée" qui provient probablement d'un atelier de Rhétie. Or, elle a été précisément engobée à l'éponge ou avec un tampon de laine brute, et n'est pas flammée du tout. L'effet est totalement différent! Quant à la céramique du Lazenay à Bourges, les clichés noir-blanc étaient tellement sombres qu'on avait vraiment l'impression d'une cuisson réductrice noire sur pâte grise! .... """" //

Des avis comme les tiens me sont extrêmement précieux, parce que si l'on se fie uniquement aux publications, c'est pas toujours facile... -"-

Ilanua

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 Sujet du message: Re: La cuisson des céramiques tardo-antiques
Nouveau messagePublié: 23 Oct 2008, 14:48 
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Le problème des dénominations en céramologie sont malheureusement très fréquents, tant sur le plan de l'aspect que sur la forme. Chacun y va de sa propre typologie, ce qui nous amène à un joyeux bazar, orchestré par une bande de savants souvent dominés par un égo démesuré. Il y a peu, j'assistais à une réunion d'un Programme commun de recherche dont je fais partie, et j'ai été stupéfait de voir qu'une "spécialiste" qui a fait ses armes à Lyon (les terres d'Armand Desbat) ne comprenait les gens de chez nous quand ils utilisaient la dénomination "mode A" et "mode B" pour la post-cuisson. Bref, je crois qu'on est pas sortis de l'auberge.

En ce qui concerne la cruche du musée Dobrée, il est dit, suivant les recherches du XIXe siècle, qu'elle aurait été fabriquée à Civaux dans la Vienne. Mais bon, comme je l'ai dit plus haut, c'est pas encore prouvé qu'il y a eu un atelier là bas.

Sinon, un point sur mes préoccupations actuelles :
Toujours dans mes recherches à moi sur le site où je me trouve, nous avons des niveaux tardifs très intéressants où on trouve pêle-mêle céramique à l'éponge, sigillée d'Argonne, et surtout une catégorie de pots à pâte dite "granuleuse" (souvent destinés à la cuisson). L'étude plus précise des pâtes est entrain de me faire penser qu'il y avait atelier pas loin d'où je me trouve. A ce sujet, nous avons fait des prélèvements d'argile à plusieurs endroits (avec les Taïfali) pour tester la plasticité de celle-ci. Le résultat est mitigé : nous avons une rivière qui offre une argile très bonne et avec un taux de rétractation au séchage faible (plutôt couleur sable). A côté de ça, nous avons une terre très riche en oxydes de fer, que nous appelons communément terres rouges à châtaigniers. Et devinez quoi ? Cette argile à oxyde de fer, qui demande un travail pas possible et qui a une rétractation super forte, et bien c'est la même que celle de certains pots à pâte granuleuse.
Prochaine étape : construction d'un bon vieux four pour tester la réactivité de ces argiles.

Tout ça pour dire qu'à la période qui nous intéresse, on s'aperçoit qu'on s'enquiquine pas à attendre que le marchand ambulant passe avec ses pots : on fabrique sur place, avec les moyens du bord. Après, les formes évoluent en fonction du niveau de technique de l'homme qui travaille...

Je termine par une petite anecdote du "cru" :
Il y a quelques temps, je faisais une visite conférence sur la maîtrise des éléments à l'époque romaine. Dans l'assemblée, il y avait un gugusse qui pensait tout savoir et qui me gonflait prodigieusement, notamment par ses impolitesses. J'en ai eu assez et, pour le larguer un peu, j'ai parlé de thermorémanescence et de Fluorescence X. Bien sûr, il a fermé sa poire, mais j'ai continué dans cette voie. Pour la première technique, j'ai expliqué le procédé qui permet de retracer des courbes de références en fonction de l'orientation du nord magnétique de la planète (les cristaux présents dans l'argile, en cuisant, s'alignent suivant le nord magnétique). Ensuite, j'ai parlé de Sonorémanescence (une technique purement fictive, bien sûr). J'ai alors dit au type ceci :

- Cette technique est récente et, après le nord magnétique, on s'est aperçu que ces mêmes cristaux piégeaient également le son, et qu'en mettant une poterie entière à l'envers sur un vieux tourne disque, avec un saphir spécial, on pouvait entendre ce que le potier disait en fabriquant sa poterie. Seul hic : le latin qu'il utilisait étant mêlé avec des mots gaulois, on comprend pas bien ce qu'il dit.

Cette histoire a duré un bon quart d'heure, et le type est reparti en croyant ça (bien sûr c'est la version résumée ici...). Enfin bon... délire d'archéo exaspéré quoi ---

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 Sujet du message: Re: La cuisson des céramiques tardo-antiques
Nouveau messagePublié: 23 Oct 2008, 16:30 
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XD personne a filmé?

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http://white-horse-540.oldiblog.com/


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