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 Sujet du message: Potiers et tourneurs de l’antiquité tardive
Nouveau messagePublié: 12 Sep 2008, 17:21 
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Voilà, j'ouvre le feu. je vais traiter dans ce sujet des méthodes de tournage, tournage au colombin et modelage des céramiques de l'antiquité tardive. En fait les techniques de travail ne différent guère des périodes précédentes, notamment du Haut-Empire. Une évolution importante se produira dès le VIème siècle avec l'apparition des techniques médiévales, sujet que je n'aborderai pas parce que je suis un parfait ignare en la matière. Mes connaissances et ma pratique cessent là où apparaissent les pichets à bec tubulaire... :mrgreen:

la céramique de l'antiquité tardive se distingue de celel des périodes précédentes plus par son répertoire formel et ses styles de décors que par des techniques particulières. Une évolution parfois difficilement saisissable, conséquence de l'évolution et du métissage des cultures avec l'arrivée de peuples nouveaux aux traditions parfois bien différentes.

Donc, je vais à coup sûr "oublier" des périodes, des peuples ou des régions. A vous de compléter opu de me le faire savoir et je comblerai les manques...

Posez vos questions, faites vos commentaires, ils seront les bienvenus!



Potiers et tourneurs de l’antiquité tardive

L’immense majorité de la céramique gallo-romaine tardive est confectionnée au tour. Les techniques de modelage, tout à fait performantes n’ont pourtant jamais entièrement disparu, mais sont réservées à des classes particulières de vaisselle à feu, marmites et cocottes, qui nécessitent une argile trop grossière pour être facilement tournée. Il s’agit là généralement d’une fabrication domestique qui fera l’objet d’un chapitre particulier à venir.

Mais revenons au tournage.

Pour mieux appréhender les techniques utilisées, il convient de faire un petit voyage dans le passé et d’aller faire une petite ballade en Grèce, au temps des céramiques à figures noires. Un petit saut de mille ans pour retrouver des techniques qui sont vraisemblablement très proches de celles pratiquées aux temps de l’Empire romain. Par chance, on a retrouvé de fort beaux tessons et plaquettes corinthiennes qui illustrant le travail des potiers d’alors. Ces tessons étaient conservés au Musée Historique de Berlin, et ont hélas disparu lors des bombardements de la seconde guerre mondiale, mais on en a conservé d’excellents relevés…


Ci-dessous un potier contrôlant le diamètre et la hauteur de sa pièce au moyen d’un outil à calibrer. Il est intéressant de voir son geste, le bras tendu agrippant le disque par l’arrière pour le lancer d’un geste vigoureux. Sa tournette est ici de dimensions assez importantes, son diamètre pourrait atteindre 50 à 60 cm. Si le pivot et la mèche n’engendrent pas trop de frottements, il est possible de tourner seul des pièces relativement importantes au moyen de ce genre de tour.

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Et ici, le travail à deux. C’est évidemment la solution la plus facile. Un aide lance le tour et lui imprime une rotation continue. Cela permet au potier de se tenir debout pour le centrage de la balle d’argile, qui demande une certaine force et freine sévèrement la rotation.

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On remarquera qu’aucun de ces potiers n’utilise de bâton pour lancer sa roue. La méthode existait-elle ? On n’en sait rien actuellement.

Rapprochons-nous maintenant des époques qui nous intéressent plus particulièrement. La période romaine dans son ensemble est malheureusement moins riche en documents iconographiques. En fait on n’en connaît que deux.

Ce premier exemple est un relevé d’une peinture faisant office d’enseigne à Pompeï. On voit un atelier dans lequel quatre tourneurs au moins sont au travail, et une cliente venue acheter deux vases, probablement des cruches. Les roues des tourneurs sont épaisses et d’un diamètre important. Et surtout un bâton est à disposition de chaque tourneur. Inséré dans un trou pratiqué à la surface du disque, il permet de lancer vigoureusement le tour qui maintiendra relativement longtemps sa rotation grâce à l’inertie conférée par le poids important de l’installation. Ces tours à bâton, comme les tournettes plus légères étaient probablement stabilisées, c’est à dire munies d’un guide évitant les oscillations latérales qui rendraient le travail plus pénible, et interdiraient les retouches ultérieures.

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Ci-dessous, un extraordinaire document du IV-Vème siècle de notre ère provenant des environs d’El-Aoudja et issue des ateliers de sigillée d'El-Mahrine (Nord tunisien) : Une cruche munie d’un décor d’applique montrant un tourneur à son travail. Ce potier utilise une tournette légère, de 30 à 40 cm. de diamètre, pour un poids qui peut aller de 10 à 25 kg. selon le matériau utilisé. Ce genre de tournette peut aussi être lancé au bâtonnet qui vient accrocher dans les crantages latéraux. On voit que cet instrument est fourchu, et on se perd encore en conjectures quant à cette particularité…

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Tourner au moyen d’un tel instrument est assez déroutant et très difficile dans un premier temps, mais avec une certaine habitude, on s’aperçoit que c’est un petit tour tout à fait performant qui permet le tournage fin et régulier de la plupart des pièces de vaisselle habituelles. La confection de grosses pièces en techniques mixtes (colombins tournées) y est également tout à fait possible.
Le lancement se fait au début au moyen du bâtonnet, puis directement à la main quand la pièce est devenue trop haute.

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Ici, animation à Coriobona, village des Gaulois d’Esse. La posture de tournage est assez particulière. La jambe gauche repliée sous soi laisse un maximum d’espace pour lancer la tournette de la main gauche, et le genou droit relevé sert d’appui pour la main droite qui guide le tournage.

Cet exemple est le seul dont on peut garantir qu’il fut pratiqué durant l’antiquité tardive. Mais en fait, cette technique, qui apparaît en Egypte vers le début du IIème millénaire avant notre ère, sera pratiqué au moins jusqu’en l’an mil, et même jusqu’au XXème siècle notamment au Portugal !

Prochain chapitre : Le tour à bâton et sa pratique.
Bientôt…
Peut-être…

Valete !

Illanua

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 Sujet du message: Re: Potiers et tourneurs de l’antiquité tardive
Nouveau messagePublié: 16 Sep 2008, 14:55 
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super article!! merci!

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 Sujet du message: Re: Potiers et tourneurs de l’antiquité tardive
Nouveau messagePublié: 17 Sep 2008, 11:53 
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Oui très intéressant bravo à toi! Il faudra que je le relise!

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 Sujet du message: Re: Potiers et tourneurs de l’antiquité tardive
Nouveau messagePublié: 19 Sep 2008, 13:34 
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Le tour à bâton, sa conception…

Par tour à bâton, nous entendons ici toutes les installations constituées d’un disque de bois, de pierre ou éventuellement de terre cuite monté sur un pivot ou un axe fixe. Ce disque fait office de lest. Plus il sera lourd, et plus une fois lancé la durée de rotation sera longue

Ce disque peut être en rotation libre, c'est-à-dire sans stabilisateur d’axe, étant simplement posé sur une pointe en pierre, bois ou métal. Dans ce cas seul l’effet gyroscopique le tiendra plus ou moins à l’horizontale lors des opérations de tournage.
Avec ce système, les frottements seront réduits au minimum, mais les oscillations qui peuvent se produire interdiront tout autre travail que le tournage d’ébauche, comme expliqué plus haut. On peut imaginer la présence de ce genre d’installations dans des ateliers relativement importants pratiquant la division de travail. (tourneurs spécialisés dans l’ébauche, la finition, le décor, etc…)

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Les découvertes archéologiques d’installations de tournage sont rarissimes. Une seule installation complète (et encore toutes les parties de bois ou presque ont disparu) a été découverte à Speicher, en Allemagne. Ce tour était comme beaucoup de ses semblables installé dans une fosse peu profonde. Le volant d’inertie était constitué d’une meule de moulin hydraulique usée et devenue trop fine. Elle a été ainsi recyclée, heureuse seconde vie pour ce disque de basalte d’un poids approximatif de 80 kg ! Des encoches ont été aménagées à sa périphérie pour permettre au bâton de s’y accrocher et permettre ainsi le lancement de l’installation. Cette installation était apparemment stabilisée par un emboîtement cônique.

Image Image

Ce genre d’emboîtement est nécessaire pour les opérations de finition. Muni d’un guidage, le disque se stabilise en position horizontale. Le freinage est plus important lors du travail, mais les problèmes d’oscillations lors de rotations lentes disparaissent, et tous les travaux de finition, comme le tournassage (amincissement des parois d’un récipient par enlèvement de copeaux) deviennent possibles, ainsi que le polissage et les décors en rotation (décors à la molette et guillochage). Comme la quasi-totalité de la céramique antique, et c’est ce qui la distingue de la médiévale, est retouchée après tournage, on suppose maintenant que la majorité des installations devait être ainsi guidée, c'est-à-dire munie d’un système d’emboîtement de l’axe, un peu comme une roue de chariot.

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Ci-dessus, l’axe tourne avec la roue, est maintenu par un traverse et est fiché dans une pierre appelée crapaudine, pièce qui est fréquemment retrouvé en fouilles et demeure souvent le seul élément survivant lorsque l’installation est entièrement constituée d’éléments en bois

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Et ici, l’axe est fixe, c’est un pieu de bois planté en terre, et dont la pointe vient reposer directement sous le disque. De tels tours ne laissent souvent pas d’autres traces que la fosse où ils se logeaient ainsi que les pierres qui calaient ce pieu. Découvertes fréquentes aussi. Ce système est très proche de celui du tout de Speicher qui pourrait aussi avoir été ainsi monté.


L’inde et le Népal utilisent encore massivement ce genre d’outil, traditionnellement sans guidage d’axe dans ces pays. Les rares installations guidées sont le plus souvent constituées de roues de camion montées sur leur essieu qui a été coupé à la longueur voulue et fiché simplement dans un bloc de béton. C’est un système très efficace !


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Changez le costume et le décor, et vous verrez un potier antique très réaliste !


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Version plus moderne, tournage sur une roue de camionnette.

La suite au prochain numéro...

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 Sujet du message: Re: Potiers et tourneurs de l’antiquité tardive
Nouveau messagePublié: 19 Sep 2008, 16:37 
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…et sa pratique

Ci-dessous, démonstration de tournage expérimental sur un tour à pivot, c'est-à-dire non stabilisé. Le tournage au moyen de ce genre d’installations est physiquement assez éprouvant, nous autres occidentaux modernes n’étant plus habitués à ce genre d’effort qui nécessite une musculature dorsale et une colonne en bon état…

La roue est un disque de chêne muni de 18 contrepoids de plomb de 4 kg chacun, puis d’un bandage externe également en plomb. Poids total environ 120 kg. Lancée au maximum de sa vitesse, elle peut tourner environ 10 minutes à vide. C’est une installation assez sommaire mais efficace, remontée sur le châssis d’un tour plus ancien.

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1. Lancer a roue. Le sens de rotation est à l’inverse des aiguilles d’une montre. Le bâton vient s’emboîter dans un des logements prévus à cet effet. Le système se lance un peu comme un vilbrequin

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2. Centrer la balle d’argile. Cela demande beaucoup d’énergie et nécessite une relance immédiatement après.

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3. Première passe de montage.

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4. Deuxième passe de montage

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5. Former la panse. Les fins observateurs verront que la roue s’incline un peu sur ma droite, conséquence de l’effort de freinage engendré par le tournage. Plus on est haut, et plus le diamètre est grand, plus l’inclinaison est importante. Cela complique un peu l’évaluation des diamètres en cours de tournage, car il faut corriger la courbe de la panse et l’encolure en fonction de l’importance de la pente, qui peut atteindre 10 degrés d’angle. Et la conséquence d’une telle inclinaison non corrigée, c’est 6 cm. sur le diamètre du col d’un vase de 30 cm. de haut…

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6. Former la lèvre et c’est fini ! ( ça a l’air assez facile, mais en fait ça ne l’est pas du tout. Vraiment pas du tout !
Cete dernière opération se pratique parfois en position accroupie, les coudes appuyés sur les genoux, si le diamètre de la roue n'est pas trop grand. Cela améliore la stabilité du geste.

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Et ici, c’était à Marle en juin de cette année, tournage sur une installation plus légère, Conçue par Stephane Gaudefroy, président des Ambiani, que l’on aperçoit à droite en train d’officier comme assistant, à lancer la roue à la main. Cette installation est montée sur axe fixe guidé. C’est un parfait exemple d’installation légère (30 kg. ) tout à fait archéocompatible permettant le travail seul en lançant à la main ou au bâton (on aperçoit le trou dans lequel il se logera pour le lancement) ou avec assistant, qui lancera à la main, mais pourrait aussi lancer au bâton. le principe général du travail reste le même que sur les images ci-dessus.


En conclusion, malgré le peu de découvertes archéologiques, on peut dire sans trop de risques que ce sont principalement les installations à axe guidé qui ont été utilisées durant toute l’antiquité. Toutes les grandeurs se sont probablement côtoyées, depuis la petite tournette à main jusqu’à de grands tours à bâton munis de disques de plus d’un mètre de diamètre et, comme en Asie, de poids pouvant atteindre les 200 kg.

Et le tour à pied ?

Techniquement ils étaient parfaitement réalisables, mais assurément hors des modes techno-culturelles du temps. Quelques indices permettent de croire qu’ici ou là une telle installation a pu être utilisée. Cependant si cela devait se confirmer, ce ne serait que dans une infime minorité de cas. L’environnement technique et culturel gréco-romain a joué comme un rouleau compresseur dont il était bien difficile d’éviter le chemin…

En fait les premières réalisations de tours à pied connues par l’iconographie datent des débuts de la renaissance italienne ou allemande… vers le XIVème siècle !



Alors, lorsque vous verrez en fouille ou dans un musée quelques tessons, ou des céramiques entières, pensez à tout le travail nécessaire réaliser cette pièce (et encore nous n'avons abordé ni finitions, ni décor, ni cuisson...), et qu'au delà d'une simple céramique, il se cache toujours celles et ceux qui l'on fabriquée, qui celles et ceux qui s'en sont servis...

L'archéologie et la reconstitution, c'est aussi et surtout redonner la parole à ceux qui sont partis depuis longtemps...

Valete !

Illanua

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 Sujet du message: Re: Potiers et tourneurs de l’antiquité tardive
Nouveau messagePublié: 19 Sep 2008, 21:01 
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Impressionnant et sympathique appareil de muscu. :D

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 Sujet du message: Re: Potiers et tourneurs de l’antiquité tardive
Nouveau messagePublié: 20 Sep 2008, 01:09 
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Je ne pensais pas que les tours de potier pouvais être aussi intéressant à étudier, expliqué comme ça on se rend tout de suite mieux compte du travail qu'il fallait pour les concevoire mais surtout, pour bien les utiliser.


Juste une question bête :

Tu dis qu'il faut faire tourné les tours dans le sens inverse des aiguilles d'une montre.
Soit, mais pourquoi c'est si imprtant que ça :?: , je vois pas du tout ce que ça changerais si ça
tournait dans l'autre sens. :roll:


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 Sujet du message: Re: Potiers et tourneurs de l’antiquité tardive
Nouveau messagePublié: 20 Sep 2008, 09:11 
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Tu as très bien vu, ça ne change absolument rien. c'est juste une question de mode. Durant toute l'antiquité européenne, comme aujourd'hui, on tourne dans le sens inverse des aiguille de la montre.
Par contre, en Asie on tourne dans le sens contraire. Ce qui est curieux, c'est que pour les Hindous et les Népalais, tourner dans le sens inverse leur semble "l'envers du bon sens", voire carrément une hérésie, car c'est l'envers du sens de rotation de la roue cosmique...

En ce qui me concerne, j'ai précisé le sens de rotation, parce que de ce sens découlent toutes les postures de travail. Si on change de sons, on inverse donc tous les appuis, postures et autres.

Vale!

Illanua

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 Sujet du message: Re: Potiers et tourneurs de l’antiquité tardive
Nouveau messagePublié: 20 Sep 2008, 11:33 
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Impressionnant...

Ça et la lame de l'Alaman, c'est à rebalancer dans les dents des défenseurs du "éqopque des barbares incapables, frustres et maladroits"...

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White Horse avec son costume devient Maelcolm, né de père scot et de mère picte!

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 Sujet du message: Re: Potiers et tourneurs de l’antiquité tardive
Nouveau messagePublié: 23 Sep 2008, 20:20 
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Et tu n'a encore rien vu, Maelcolm! Là je viens juste de décrire les aspects techniques du tournage.
Un de ces jours je posterai un sujet sur les céramiques des Alamans. Faites à partir de quasiment rien, et la plupart du temps sans tour, certaines sont proprement renversantes! Entièrement modelées à main levée, ou éventuellement sur une tournette ultra-légère, une ou deux plaquettes de bois pour amincir les parois, un ou deux galets pour le polissage et le décor, et c'est tout l'outillage utilisé... _____
Et ça, pour l'avoir tenté, je peux t'assurer que c'est la preuve d'un IMMENSE savoir-faire, et pour nous autres artisans du XXIème siècle une vraie épreuve de force, à mes yeux infiniment plus difficile que le tournage. Mais c'est une question d'habitude aussi. Lors d'un rassemblement tardif en Allemagne, j'ai rencontré une potière alamane que ne travaille que sur le modelé Alaman et Thuringien, et qui avoue ne rien connaître au tour. Ben, faut le dire, ses productions sont à tomber par terre!

Vale!

Illanua

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 Sujet du message: Re: Potiers et tourneurs de l’antiquité tardive
Nouveau messagePublié: 23 Sep 2008, 21:31 
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Wouaw! merci pour tes explications techniques.... et la démonstration des positions de tournage!
Déjà le tour à pied, c'est assez physique, mais là.....argh!


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 Sujet du message: Re: Potiers et tourneurs de l’antiquité tardive
Nouveau messagePublié: 23 Sep 2008, 23:20 
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Et ben moi je dit tt ça c'est chouette, on apprend beaucoup, sinon moi je dit j'ai pas vue d'autres reconstitution de poteries alamannes mais en tout ca Pierre Alain moi je dit que tes poteries elles sont super classe et en tt cas nous on n'en est super content. ^^

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 Sujet du message: Re: Potiers et tourneurs de l’antiquité tardive
Nouveau messagePublié: 10 Mai 2009, 23:16 
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Premiers tours sur une roue à bâton

1. les sources :

Les origines du tour à bâton sont très anciennes, on l'a vu plus haut. Peut-être datent-elles de la Grèce antique, assurément de l’époque romaine. Preuve en est cette fresque de Pompei, ici redessinée parce qu’en tellement mauvais état qu’une photographie serait illisible.
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On y voit une représentation d’un atelier de potiers, dans lequel 4 tourneurs au moins sont au travail, et une cliente venant y faire ses emplettes. Curieusement, les tourneurs travaillent en position assise, très peu pratique pour tourner sur de telles installations. Peut-être sont-ils occupés à des travaux de finition ? Les bâtons servant à lancer l’installation sont bien visibles. Les roues sont ici de gros disques très épais, donc très lourds. Terre cuite, pierre ou bois, ils seront suffisamment pesants pour assurer une inertie correcte et pourront tourner une minute ou deux sur leur lancée.

Un tel tour a été retrouvé en fouille à Speicher, en Allemagne. Il est constitué d’une meule de moulin hydraulique, aussi de 60 à 70 cm. de diamètre. Montée sur un moyeu en bois, elle constituera un très bon volant d’inertie pesant un soixantaine de kilos probablement. Des encoches ont été aménagées sur son bord externe ou y accrocher le bâton qui la lancera telle une toupie.
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De telles découvertes sont rares, malheureusement, si rares qu’on en est venu à admettre que la majorité des volants d’inertie devait être faire de bois. Roues de chariots, disques spécialement construits à cet effet, tout est possible. Des archéologues allemands militant actuellement pour la solution de la grande roue à rayons de sur un axe fixe. L’hypothèse est séduisante, d’autant plus qu’on a retrouvé de nombreuses fosses de tournage, vides malheureusement ou éventuellement conservant quelques traces seulement du poteau qui faisait office d’axe. Installations entièrement en bois qui n’ont hélas pas survécu aux vicissitudes du temps…
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La position du tourneur est ici vraisemblablement plus correcte que celle figurée sur la fresque de Pompei. En plaçant les jambes au-dessus de la roue, la position est bien meilleure et permet plus facilement le tournage de grandes pièces. Les jambes croisées en demi-lotus (Siddarthasana, la « posture parfaite » des adeptes du Hata Yoga) est tout à fait envisageable dans le monde gallo-romain, les exemples en statuaire gauloise sont nombreux montrant des personnages assis dans de telles postures. Néanmoins travailler ainsi limite la force latérale que l’on peut exercer sur la balle de terre et pose quelques problèmes pour le centrage.

Les meilleures illustrations de la roue de tournage proviennent du Moyen-âge, telle cette miniature parisienne de la fin du XIIIème siècle. Ici le tourneur travaille déjà jambes écartées, les pieds reposant sur des barres latérales. Pratique parce que très stable, la position est néanmoins dangereuse pour qui souffre de vertèbres lombaires peu solides.
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2. La construction:

Par chance, l’automne dernier, j’ai pu récupérer une grosse roue de char. Diamètre environ 1 mètre pour un poids de 60 Kg environ. L’idéal pour envisager une telle installation. Un axe en chêne soigneusement tourné et poli sur lequel viendra reposer la roue préalablement équipée d’une crapaudine en bronze en forme de coupelle, placée juste sous la girelle. L’axe, ordinairement un pieu fiché en terre au fond d’une fosse est ici monté sur un socle bien robuste. Le banc est fait d’une branche courbée de chêne refendue dans la longueur et montée sur pieds. Un plateau fait office de banc.
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La courbure de la branche est positionnée de manière à faire office de cale-pieds.

3. La pratique :

La posture que j’ai choisie est mixte, une jambe repliée et l’autre reposant sur la cale permet à la fois une bonne stabilité et une grande force de tournage, et évite les contraintes dans mes vertèbres déjà bien abîmées par le temps. Elle nécessite tout de même une certaine souplesse dans les genoux…
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Première opération, lancer la roue au moyen du bâton! Geste millémaire que de nombreux potiers d'Asie pratiquent encore aujourd'hui.
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Centrer la balle d'argile. Geste qui terrorise les apprentis potiers, mais indispensable pour obtenir un tournage bien régulier. Une balle mal centrée, et c'est un pot qui assurément ressemblera plus à une patate géante qu'à la belle cruche ou jarre dont vous rêvez! Centrer une balle d'argile demande beaucoup d'énergie, et il faudra déjà relancer la roue après cette opération...
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Une fois que la balle est bien centrée, on la creuse et on forme un cylindre à parois épaisses.
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Une première passe permet ensuite de monter le cylindre à la hauteur presque définitive de la future pièce.
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On forme la panse...
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et on amorce le col en une seule passe.
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Et enfin le col est resserré pour obtenir une cruche.
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Un petit coup d'estèque puis un lissage à l'éponge est l'ébauche de la cruche sera terminée. Un petit temps de séchage, et la pièce sera polie sur sa partie supérieure, puis détachée du rondeau pour affiner et terminer le fond. L'anse se colle en dernier lieu.

Un peu acrobatique? On peut le considérer ainsi. pas évident pour qui a pris l'habitude de travailler sur des installations modernes. Et même pour moi qui habituellement travaille sur un tour à pied, cela reste assez compliqué, tant il faut repenser chaque geste, et aussi penser à son propre équilibre. gare à qui viendrait à chuter dans la roue en mouvement...

Autre opération acrobatique: caser tout ce matos dans le coffre de ma voiture. Des fois que j'aurais l'intention de prendre ce tour à Grand...

Mais elle en a vu d'autres, mon auto, et tout est démontable. Faudra ruser quand même...

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 Sujet du message: Re: Potiers et tourneurs de l’antiquité tardive
Nouveau messagePublié: 11 Mai 2009, 07:32 
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Et une nouvelle "petite" roue pour Illanua. "O"
Une jolie réalisation d'ailleurs. o'

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 Sujet du message: Re: Potiers et tourneurs de l’antiquité tardive
Nouveau messagePublié: 11 Mai 2009, 12:24 
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